L'Oise Agricole 02 janvier 2020 à 09h00 | Par Dominique Lapeyre-Cavé

Betteraves, une campagne finalement dans la moyenne

L'Institut technique de la betterave (ITB) Oise-Val d'Oise organisait pour la première fois sa réunion annuelle le vendredi 20 décembre dernier à la salle du Crédit agricole du Haut-Villé, à Beauvais. L'occasion de faire le point sur la campagne presque terminée et sur les actualités de la filière.

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Réunion technique annuelle de l'ITB.
Réunion technique annuelle de l'ITB. - © Dominique Lapeyre-Cave

En préambule, Vincent Laudinat, directeur général de l'ITB, rappelait que celui-ci est un institut qualifié par l'État suite à des audits effectués tous les ans. Ceci pour dire que la science doit être remise au coeur du discours ambiant car, dans une société urbanisée loin des cycles de la nature, génétique et phytosanitaires sont devenus des gros mots. Les demandes sociétales en produits alimentaires biologiques ou issus d'une agriculture responsable orientent forcément la recherche et donc le travail de l'ITB vers une évolution des pratiques agricoles. Déjà, la bataille est rude pour garder les homologations de produits phytosanitaires et, à ce titre, le dossier des néonicotinoïdes est emblématique : interdits en France, autorisés ailleurs et, dans la lutte contre la jaunisse, une dérogation d'usage pour un seul produit.

Plus globalement, Vincent Laudinat listait toutes les pistes de travail que suit l'ITB, souvent en partenariat : lutter contre les résistances des maladies avec l'Inra, améliorer la génétique pour des variétés tolérantes avec les semenciers, prendre en compte le réchauffement climatique pour continuer à produire des betteraves sous nos latitudes et, point commun à tous ces axes, «augmenter la communication de la recherche afin que les sciences soient visibles et comprises», détaillait le directeur de l'ITB.

Dans la moyenne

C'est Philippe Delefosse, délégué régional Oise-Val-d'Oise, qui présentait ensuite la campagne betteravière 2019. Celle-ci commence en janvier par des conditions de froid avec de la neige et des reliquats azotés très variables. En février, un ensoleillement exceptionnel incite certains agriculteurs à semer, malgré les risques de gel : 200 ha sont ainsi emblavés. Des pluies abondantes plaquent parfois ces semis précoces, provoquent des levées de chénopodes. La lutte contre les parasites du sol (blaniules, taupins, tipules...) passe par le traitement des semences essentiellement. Une deuxième vague de semis a lieu du 21 mars à début avril. Les levées sont bonnes et les premiers désherbages se font dans de bonnes conditions. Ensuite, jusqu'en septembre, l'eau manque et l'ensoleillement est supérieur à la moyenne. Les betteraves souffrent de la canicule. Elles survivent, mais ne se développent pas.

Le stress hydrique augmente la richesse en sucre, mais limite le poids des betteraves. En plus, des parasites aimant le sec, comme les teignes, s'installent parfois au coeur du bouquet foliaire, créant des dégâts qui ouvrent la voie à l'entrée de champignons comme le rhizopus. La pluie est la solution naturelle mais, si le seuil de 10 % de pieds touchés est atteint, deux traitements contre la teigne à 10 jours d'intervalle avec un volume important de 200 à 300 l/ha sont la parade. Cette année, les maladies se font discrètes et, grâce au réseau d'observation Résobet-fongi, on apprend que la cercosporiose est la première maladie. Globalement, un premier traitement est effectué le 9 juillet en moyenne et le second mi-août.

Au final, malgré la sécheresse et la chaleur et après le retour des pluies abondantes en septembre-octobre, la campagne se termine dans l'Oise à un rendement moyen de 82 t/ ha à 16, contre 85 t en moyenne nationale.

Les variétés à semer en 2020

Guislain Malatesta, responsable du département expérimentation et expertise régionale, brossait ensuite le tableau des variétés, anciennes ou nouvelles, à semer pour 2020. Il édictait les trois règles de base qui doivent permettre au planteur de faire son choix. D'abord, choisir une variété adaptée au risque sanitaire de la parcelle à implanter ; ensuite, en l'absence de problème sanitaire dominant, choisir parmi 18 variétés confirmées et 9 variétés remarquées. Enfin, affiner son choix. Sont proposées des variétés tolérantes aux nématodes et à la rhizomanie, ou aux nématodes et à la cercosporiose, ou seulement à la rhizomanie. Toujours est-il que les essais ITB montrent qu'en cas de risque fort, le choix d'une variété résistante est important. Et puis la vitesse de levée joue un rôle car le sol doit être plus vite couvert pour limiter la concurrence des adventices. Enfin, dans le cas d'une année sèche comme 2019, la résistance au stress est un facteur à prendre en compte. Plus une variété est stressée, plus elle récupère vite au retour des pluies, mais plus elle fait de feuilles au détriment de la racine.

En conclusion, la génétique s'avère être de plus en plus l'unique solution contre les maladies et les parasites ; le planteur doit choisir ses variétés en fonction de ses parcelles et surtout répartir les risques entre plusieurs variétés.

Utilisez Beta'stat

Ce nouvel outil, disponible sur le site de l'ITB www.itbfr.org, remplace l'enquête Site réalisée auparavant. Depuis 1997, cet observatoire permet de récolter des données sur les techniques mises en oeuvre dans les exploitations betteravières françaises et d'analyser la diversité des pratiques agricoles. Les résultats obtenus permettent à l'ITB de conseiller toujours plus finement les agriculteurs et d'évaluer la prise en compte de ces conseils, mais aussi de défendre les intérêts de la filière et de valoriser ses progrès.

Dorénavant, il vous est proposée de rentrer vous-même les données de votre exploitation sur le site internet et de pouvoir avoir une vue globale de vos pratiques et le comparer aux autres producteurs. Vous situerez ainsi votre exploitation et pourrez entrevoir des marges de progrès.

Plus globalement, la collecte et l'analyse des données ainsi recueillies par l'ITB permettront de mettre en valeur l'évolution des pratiques, notamment en termes de réduction d'utilisation de phytosanitaires, des betteraviers. Autant de données utiles à faire valoir, souvent sous forme d'infographies, auprès de l'administration et du grand public.

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