L'Oise Agricole 28 janvier 2020 à 15h00 | Par Pierrick Bourgault

En Finlande, l’agriculture se réchauffe

Les forêts de Finlande deviendront-elles le grenier à blé de l’Europe ? Non, car le réchauffement n’est pas un simple glissement de climat. Les agriculteurs anticipent d’autres changements.

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Gustav et Jenny Hildén ont créé leur Lillbreds Berry Farm and Cafe, une exploitation de 40 ha de myrtilles, pommes de terre, oignons, melons d’eau, choux de Bruxelles et 8 ha de fraises, qu’ils plantent et récoltent avec une cinquantaine de saisonniers ukrainiens payés au tarif finnois de 8,62 €/h.
Gustav et Jenny Hildén ont créé leur Lillbreds Berry Farm and Cafe, une exploitation de 40 ha de myrtilles, pommes de terre, oignons, melons d’eau, choux de Bruxelles et 8 ha de fraises, qu’ils plantent et récoltent avec une cinquantaine de saisonniers ukrainiens payés au tarif finnois de 8,62 €/h. - © Pierrick Bourgault

Dans leur ferme Gårdskulla, à 50 km à l’ouest d’Helsinki, Gustav et Heidi Rehnberg élèvent près de 400 bovins Angus dont ils vendent la viande bio à la ferme. Ils cultivent 150 ha en seigle, avoine et pois pour nourrir leur troupeau et l’industrie agroalimentaire, et 450 ha en trèfle et herbe, pâturés de mai à octobre ou conservés en ensilage. «Car pour les foins, on n’est jamais sûr d’avoir deux jours secs successifs». Ils observent l’évolution du climat, «davantage d’eau, de sécheresses, de tempêtes. Cela devient plus extrême.» Le réchauffement favorise pluies et moisissures : Anders Wickholm et son fils Marcus, producteurs de semences, ont dû investir dans une usine de séchage. Les insectes prédateurs survivent aux hivers désormais plus cléments. Au positif, l’herbe et la forêt poussent davantage. Or, l’agriculture n’est pas seulement une question de température, mais aussi de photosynthèse. En Finlande, il ne serait pas possible de cultiver les mêmes variétés qu’en France car ce pays, situé à l’extrême nord de l’Europe, manque de lumière, comme l’explique Max Schulman, cultivateur et responsable syndical : «Il n’y a que quatre mois par an durant lesquels les plantes peuvent pousser, cinq au Sud. Les multinationales ne vendent pas de semences adaptées à notre faible insolation. Nous avions des variétés locales, qu’on a oubliées».

Au Nord, la nuit d’hiver dure trois mois. Inversement, les longs jours de l’été sont très actifs, notamment pour le maraîchage : Gustav et Jenny Hildén ont créé leur Lillbreds Berry Farm and Cafe, une exploitation de 40 ha de myrtilles, pommes de terre, oignons, melons d’eau, choux de Bruxelles et 8 ha de fraises, qu’ils plantent et récoltent avec une cinquantaine de saisonniers ukrainiens payés au tarif finnois de 8,62 €/h : «Ils veulent travailler tout le temps, ils ne veulent même pas dormir !» s’enthousiasme Gustav, qui vend la moitié de sa production à la ferme, le reste via un réseau de distribution. Il reconnaît que «les gens souhaitent acheter des produits locaux, mais la nourriture importée est toujours moins chère». Vaut-il mieux importer des tomates ou les cultiver sous serre chauffée ? Un débat aussi économique qu’écologique.

Un pays forestier

La Finlande est le pays le plus boisé d’Europe : 76 % de sa superficie. On le devine dès l’aéroport, décoré de panneaux de bois et de meubles créatifs, en arpentant le centre d’Helsinki où portes et fenêtres sont en bois ou en métal - pas en PVC - et à la campagne, semée de maisons de bois couleur rouge brique. Les menuisiers et artisans du bois y sont nombreux et actifs, contrairement à la France couverte à 32 % de forêts, mais qui a choisi le plastique pétrolier. Comme tant d’agriculteurs, Gustav et Heidi Rehnberg amortissent les variations de prix de leurs productions grâce à la vente des arbres de leurs forêts, 1.300 ha valorisés également par le tourisme : «En hiver, nous organisons des Christmas tree safaris, afin que les familles choisissent leur sapin de Noël». D’autres les louent aux chasseurs. Le réchauffement se mesure dans les données fournies par le prestataire forestier Metsä, qui annonce des revenus croissants pour les propriétaires : de 58 €/ha en 2009 à 160 €/ha en 2018. Le stockage du carbone généré par les activités humaines augmente donc et il a presque doublé depuis le début du XXe siècle.

Les débats du CO2

Argument d’actualité, ce bilan carbone rend hommage à l’activité forestière, mais se retourne contre les éleveurs. En effet, Unicafe, le restaurant de l’université d’Helsinki, qui sert 10.000 repas par jour, supprime désormais le bœuf de ses menus et réduit de moitié les produits laitiers, «pour réduire les émissions de carbone» Une décision symbolique et médiatisée, basée sur sitra.fi, «fonds pour le futur et le développement durable», qui affirme que produire 100 g de bœuf génère 1,5 kg de CO2, trois fois plus que le porc et dix fois plus que le café. Ces chiffres laissent perplexe si l’on considère les itinéraires planétaires du café et des aliments pour porcins. Tel Max Schulman, les agriculteurs finlandais s’insurgent contre les protéines végétales importées de pays lointains et contre l’huile de palme, «tandis que le bovin, c’est de l’herbe, écologique et locale».

 

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