L'Oise Agricole 14 mars 2019 à 09h00 | Par Dorian Alinaghi

L’agriculture a-t-elle un rôle à jouer dans l’économie régionale ?

Pour la première fois, la Chambre d’agriculture de l’Oise participait aux rencontres régionales de l’économie. C’était l’occasion de faire le point sur la situation économique, mais aussi sur l’agriculture en 2018 et de dessiner les perspectives pour 2019 pour les Hauts-de-France.

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De gauche à droite : Édith Carton, chargée d’études de la CCI Oise, Grégory Stanislawski, directeur des études CCI de la région, Isabelle Gastal, directrice départementale de la Banque de France, Hervé Ancellin, président de la Chambre d’agriculture de l’Oise, Hélène Grandclaudon, chargée des affaires économiques et prospective de la Chambre régionale d’agriculture, et Philippe Enjolras, président de la CCI de l’Oise.
De gauche à droite : Édith Carton, chargée d’études de la CCI Oise, Grégory Stanislawski, directeur des études CCI de la région, Isabelle Gastal, directrice départementale de la Banque de France, Hervé Ancellin, président de la Chambre d’agriculture de l’Oise, Hélène Grandclaudon, chargée des affaires économiques et prospective de la Chambre régionale d’agriculture, et Philippe Enjolras, président de la CCI de l’Oise. - © Dorian Alinaghi

Pour mieux comprendre le contexte économique de la région, il est préférable de revenir sur le contexte conjoncturel national. Après une nette embellie en 2017, l’activité économique a marqué le pas au tournant de l’année 2018. Le ralentissement a été sensible dans l’industrie avec, au final, un repli du climat des affaires* mesuré par la Banque de France à 103 fin 2018, contre 107 fin 2017. La dégradation du climat des affaires a en revanche été plus modéré dans le secteur marchand (102 en décembre 2018, contre 104 en janvier) et le secteur de la construction a mieux résisté encore, avec une stabilisation de l’indicateur du climat des affaires autour de 105 en 2018. La dégradation de la conjoncture française s’inscrit dans uns contexte plus global de détérioration de l’environnement international, sur fond de tensions commerciales, de vulnérabilité des économies émergentes et de volatilités des marchés financiers.

«Cependant, au delà des facteurs internationaux, l’économie française reste handicapée par des faiblesses structurelles propres, en particulier une dette publique élevée (99 % du PIB en 2017) dont la charge pèse sur les finances des pays (1,9 % du PIB en 2017) et une compétitivité insuffisante, qui se traduit par un solde des transactions courantes négatif chaque année depuis 2007 (- 0,6 % du PIB)» explique Isabelle Gastal, directrice départementale de la Banque de France.

En 2018, la croissance du PIB de la France s’est établie à 1,5 %. Elle avait atteint 2,3 % en 2017, soit son plus haut niveau depuis 2007. Le ralentissement de l’investissement, notamment, a été sensible (+ 2,9 % en 2018 contre + 4,7 % en 2017). La consommation des ménages n’a crû que de 0, 8 % en 2018 (après + 1,1 % en 2017), pénalisée par un redressement de l’inflation (hausse de 2,1 % de l’indice des prix à la consommation harmonisé en 2018, après 1,2 % en 2017) lié à la hausse jusqu’à l’été des prix énergétiques.

«Selon les projections macroéconomiques publiées en décembre par la Banque de France, la croissance du PIB demeurerait à 1,5 % en 2019, tandis que l’inflation fléchirait à 1,6 %» poursuit-elle.

Le taux de chômage poursuivrait sa décrue, atteignant 9,1 % en moyenne en 2018, puis 8,9 % en 2019. La France, comme les autres économies de la zone euro, a continué de bénéficier en 2018 du soutien apporté par la politique de taux d’intérêt bas et le programme d’achats d’actifs menés par la Banque centrale européenne. De fait, le rythme de croissance des crédits reste élevé, avec une hausse sur un an de 6,1 % en 2018 pour les sociétés financières comme pour les particuliers.

L’année 2019 devrait être marquée un coup d’arrêt aux deux dernières années de croissance avec une production quasiment stable. Pour autant, la rentabilité est attendue en hausse.

Et l’agriculture dans tout ça ?

«L’agriculture est un élément de plus en plus important de l’économie régionale» affirme Hervé Ancellin, président de la Chambre d’agriculture de l’Oise. «Et c’est pourquoi, cette année, les rencontres régionales de l’économie se sont déroulées, pour la première fois de leur histoire, avec la Chambre d’agriculture» ajoute Philippe Enjolras, président de la CCI de l’Oise.

Statistiquement, la production agricole représente 2 % de la valeur ajoutée brute régionale et 1,8 % de l’emploi. «Si on reprend plusieurs indicateurs en fonction des autres régions, on a 24.000 exploitations dans la région, ce qui nous place à la 9e place sur 13. De plus, en Hauts-de-France, on a 2,1 millions d’hectares de surface agricole. Ce qui est intéressant, c’est d’analyser ce que cela produit au niveau de la richesse. La région se place à la première place pour la valeur ajoutée nette par actif avec 50.147 €» affirme Hélène Grandclaudon, chef de service études à la Chambre régionale d’agriculture. Première région par l’importance de la surface agricole dans le territoire, première région pour la valeur ajoutée agricole nette par actif, première région dans de nombreuses productions, l’emploi de près d’un actif régional sur dix... les Hauts-de-France agricoles ont de nombreux atouts. «Mais les défis à relever sont nombreux», rappelle-t-elle. Elle indique dans un premier temps la baisse continue du nombre d’exploitations (- 12 % depuis 2010). Celle-ci est toutefois plus contenue qu’au niveau national (- 18 %). «Les derniers chiffres montrent que ça se maintient au niveau du nombre d’installations», tempère-t-elle.

Le résultat économique de la branche agricole est de plus en plus volatile et les besoins en main-d’œuvre sont croissants. L’emploi agricole est en repli de 1,8 % depuis 2010 dans les Hauts-de-France (contre - 2,3 % au niveau national). Enfin, «si les indicateurs économiques (taux d’endettement, annuités sur chiffre d’affaires, annuités sur EBE et rentabilité) sont encore défavorables en 2017 et entraînent un risque sur la pérennité des exploitations, il y a tout de même des signaux positifs, notamment au niveau de la solvabilité : les difficultés de paiement s’atténuent» dit-elle.

Hervé Ancellin, quant à lui, a mis en avant le commerce extérieur qui est de moins en moins excédentaire. «On exporte surtout des produits bruts qu’on ré-importe une fois transformés ailleurs. Pourquoi devons-nous être aussi dépendants de la Belgique par exemple ? Nous avons tous la même législation et nous devons la respecter. Si les produits agricoles sont transformés dans notre région, la plus-value sera chez nous et il y aura du travail pour ceux qui n’en n’ont pas. Nous ne devons pas être dépendants des autres, nous sommes une région puissante. Qui plus est, l’Oise a de nombreux avantages, dont celui d’être proche du bassin de consommation parisien.»

*l’indicateur permet une lecture rapide et simplifiée de la situation conjoncturelle. Il résume l’évolution des soldes d’opinion qui présentent des évolutions similaires dans le temps. En hausse, il traduit une amélioration du climat conjoncturel ; en baisse, sa dégradation (100 est la moyenne).

Quelques chiffres

 

  • 2 pommes de terre sur 3 sont produites en Hauts-de-France (7 frites sur 10 viennent de la région).
  • 1 betterave sucrière sur 2 est produite en Hauts-de-France (1 bonbon sur 4 vient de la région).
  • 1 tonne de blé sur 5 est produite en Hauts-de-France (et 3 litres de bières sur 10 viennent de la région).
  • 3 bouteilles de lait (liquide UTH) sur 10 sont produites en Hauts-de-France (1 yaourt sur 5 et 3 glaces sur 10 viennent de la région).
  • 28.000 emplois générés par l’agriculture (13.000 emplois directs, 15.000 emplois indirects).

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