L'Oise Agricole 31 mai 2019 à 16h00 | Par Dominique Lapeyre-Cavé

L’enherbement au cœur des journées techniques dans l’Oise

L’Apad (Association pour la promotion d’une agriculture durable) organisait ses journées techniques nationales les 22 et 23 mai dernier pour la première fois dans l’Oise. Rencontre avec Simon Peaucellier, agriculteur à Mouchy-le-Châtel et président de l’Apad Picardie, à quelques heures du début de la manifestation.

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Simon Peaucellier, président de l’Apad Picardie, dans un champ de pois d’hiver.
Simon Peaucellier, président de l’Apad Picardie, dans un champ de pois d’hiver. - © Dominique Lapeyre-Cavé

L’Apad a installé ses tentes en plein milieu de la plateforme d’essais qu’accueille Simon Peaucellier sur une parcelle de son exploitation de grandes cultures. Ici, pas de micro-parcelles séparées par des bandes permettant le passage, mais une grande parcelle de 18 ha occupée par 10 ha de trèfle, 4 ha qui viennent d’être semés en maïs grain, 2 ha de pois d’hiver et 2 ha de ray grass destinés à être vendus en fourrages.

Tout a été semé en semis direct et la moitié des cultures a reçu à un moment ou un autre un passage de glyphosate alors que l’autre n’a pas été désherbée par ce moyen. «C’est l’enjeu fort de l’agriculture de conservation. Nous voulons tester dans quelle mesure nous pouvons réduire voire supprimer le glyphosate dans nos rotations. Et, pour cela, nous avons besoin de tester en conditions réelles différents itinéraires. C’est le cœur de notre travail en réseau» explique le jeune président.

Car l’agriculture de conservation, même si elle connaît un intérêt croissant auprès des agriculteurs qui seraient passé de 2 % à 4 % à la pratiquer, ne dispose de réels moyens pour tester des itinéraires avec l’aide d’instituts techniques. Du coup, dans les différentes régions de France, des agriculteurs testent in situ des solutions pour réduire les doses de glyphosate et échangent leurs résultats au travers de ces journées techniques auxquelles sont invités les chercheurs et notamment l’Inra.

«Ce sont des agriculteurs qui présentent leurs travaux à d’autres agriculteurs et à des chercheurs. Cela se fait d’abord sur la plateforme de Mouchy-le-Châtel, sur les parcelles de Simon, puis au cours d’une journée d’échanges, d’ateliers et de conférences» détaille Sophie Gardette, directrice de l’Apad national. C’est bien entendu l’enherbement le sujet central de ces journées techniques.

«En agriculture de conservation, avec l’arrêt du travail du sol, notre principale difficulté est la maîtrise de l’enherbement et notamment la prolifération des graminées. Je suis en semis direct depuis 2010, même pour les betteraves sucrières. Sur certaines parcelles, après la moisson, on a dénombré jusqu’à 3.000 ray grass par m2. Comme il n’y a pas de travail du sol pour les faire lever et les détruire, l’idéal est de semer très vite un couvert après la moisson, dans les jours qui suivent. Malheureusement, en cas de sécheresse estivale comme en 2018, les couverts n’ont pas bien levé et j’ai traité au glyphosate pour me débarrasser des ray grass» confesse Simon Peaucellier. Dans l’idéal, la destruction chimique d’un couvert ne présente pas d’intérêt car celui-ci est normalement aplati devant le semoir par des rouleaux type Faca, ce qui permet à la biomasse de retourner au sol. Les racines du couvert ont joué leur rôle de restructuration du sol et la partie aérienne retourne au sol lors du semis de la culture.

Un travail de réseau

«Nous voulons penser différemment l’utilisation du glyphosate et ce, pour plusieurs raisons. D’abord parce que son usage reste toujours suspendu à une épée de Damoclès et parce que des phénomènes de résistance apparaissent. Le glyphosate doit être l’ultime recours quand tous les leviers agronomiques n’ont pas abouti : la rotation, l’implantation de couverts, les dates et densités de semis…

Nous devons chercher dès le départ à faire sans. Comme il y a peu de recherche en agriculture de conservation sur des itinéraires sans glyphosate, ce sont nos adhérents qui expérimentent en conditions réelles. Cela se veut très pragmatique comme méthode mais elle a l’avantage, au travers de nos échanges, d’être transposable relativement facilement d’une exploitation à l’autre» développe Simon Peaucellier.

Tous les adhérents de l’Apad sont donc invités à venir partager leur expérience au cours de ces journées qui devaient attirer plus d’une centaine de personnes dans l’Oise. C’est par ce biais et par la recherche génétique pour des couverts plus performants car se développant plus vite en conditions moins favorisantes que la réduction effective des herbicides pourra s’opérer.

Après avoir réussi à se passer des insecticides et avoir réduit fortement les fongicides, les exploitants en agriculture de conservation relèvent le défi d’apprendre à se passer ou presque du glyphosate. Des résultats attendus par tous.

L’Apad accompagne 1.000 agriculteurs

L’Apad compte plus de 1.000 membres, agriculteurs et techniciens qui identifient, développent, maîtrisent, reproduisent et promeuvent des techniques agronomiques conduisant à la protection des sols. Elle fonctionne autour d’une dynamique de groupe et fédère des agriculteurs animés par la volonté d’échanger et d’expérimenter des techniques sur leur exploitation, en conditions réelles.

L’Apad est organisée sur deux niveaux : une association nationale et 11 associations régionales dont les actions sont complémentaires :

- Promotion de cette troisième voie, entre agricultures conventionnelle et biologique, auprès des décideurs, des instituts techniques…

- Mise en réseau

- Actions de sensibilisation

- Formations, transfert de connaissances

- Acquisition de données via des projets en partenariat avec des acteurs locaux et nationaux

- Capitalisation des bonnes pratiques et rechercher en groupe des pistes de solution aux freins rencontrés.

www.apad.asso.fr

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