L'Oise Agricole 07 mars 2019 à 14h00 | Par Alix Penichou

Manifestation à la sucrerie d’Eppeville : «restons motivés !»

Ils étaient quatre cents planteurs, salariés, élus locaux, ou même simples soutiens, à manifester, ce 1er mars, à Eppeville, devant la sucrerie Saint Louis Sucre qui doit fermer en 2020. Tous espèrent que leur volonté permettra de sauver l’outil.

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A la suite de cette manifestation, et de celle de Cagny (14) une semaine plus tôt, une réunion avec les dirigeants de Südzucker est prévue.
A la suite de cette manifestation, et de celle de Cagny (14) une semaine plus tôt, une réunion avec les dirigeants de Südzucker est prévue. - © A. P.

Michel Kijun travaille à la maintenance de la sucrerie d’Eppeville depuis trente ans, tantôt saisonnier, tantôt intérimaire. Pour lui, l’annonce de la fermeture du site, le 14 février, a été un choc. «Il y avait des bruits de couloir, mais personne ne s’y attendait vraiment. Où vais-je aller travailler maintenant ? Il n’y a plus grand chose dans le secteur. Et que vont devenir les jeunes que j’ai formés ? Ici, on avait un savoir-faire qu’on transmettait. C’est du gâchis.» Avec son collègue, Pascal Vernel, qui enfourchait son scooter tous les ans, de septembre à janvier, pour aller laver les betteraves à Eppeville, ils ont répondu à l’appel de la CGB Hauts-de-France, ce 1er mars, pour dire «non» à la fermeture du site.

Message d’espoir

Et le message véhiculé était signe d’espoir : «Je suis revenu de Cagny confiant (une manifestation avait lieu le 22 février devant la sucrerie Saint Louis Sucre du Calvados, qui doit aussi fermer ses portes, ndlr), annonce Franck Sander, président de la CBG France. J’ai rencontré des agriculteurs qui ne sont pas prêts à renoncer à la betterave, et cela est motivant. La question est : «sommes-nous motivés à poursuivre notre travail de planteurs ?“» La vive réaction des manifestants en est la preuve positive. «Alors nous y parviendrons», assure Franck Sander.

Dominique Fievez, président de la CGB de la Somme, ne pouvait lui aussi que dénoncer cette «décision d’actionnaires à court terme, qui n’a pour but que d’engranger rapidement des dividendes», et vanter les atouts de la filière betteraves : «Nous sommes parmi les producteurs les plus performants du monde, et nous comptons le rester» , estime-t-il. Parmi les exemples cités, celui du programme Aker, qui oeuvre depuis 2012 dans l’amélioration de la compétitivité de la betterave.

Des atouts dont la Région Hauts-de-France a bien conscience. «Nous sommes totalement mobilisés à vos côtés en ce qui concerne cette fermeture que nous refusons et que nous ne comprenons pas», scande Marie-Sophie Lesne, vice-présidente en charge de l’Agriculture et de l’agroalimentaire à la Région Hauts-de-France.

8,8 M€ de crédit d’impôt à justifier

Le président de Région, Xavier Bertrand, aurait d’ailleurs demandé l’organisation d’une table ronde, pour réunir la direction générale du groupe Südzucker, auquel appartient Saint Louis Sucre, la CGB et les représentants du personnel des usines. Et d’ajouter : «Il ne faut pas oublier que Südzucker a bénéficié de 8,8 millions d’euros dans le cadre du CICE (Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi) entre 2014 et 2016. Ceci n’est pas un don des contribuables français mais un contrat abec l’Etat pour garantie la compétitivité et l’emploi en France. Il va falloir redire au chef d’entreprise ses responsabilités !»

Deux bus de planteurs de Roye et d’Eppeville, ainsi que de Cagny, se rendront à Mannheim le 12 mars, à l’occasion de la tenue du Comité central d’entreprise de Südzucker. L’occasion de faire entendre leur détermination. Le député LR de la 2e circonscription de l’Aisne, Julien Dive, a aussi lancé une pétition en ligne sur change.org le 3 mars, contre la fermeture des usines d’Eppeville et de Cagny. Affaire à suivre, donc…

Inquiétude aussi à Roye

Annie Dumortier livre ses betteraves à la sucrerie Saint Louis Sucre de Roye. Mais elle s’est sentie elle aussi concernée par l’annonce de la fermeture du site d’Eppeville, et a fait le déplacement ce vendredi matin. «S’ils ferment à Eppeville, il y aura certainement des répercussions à Roye», livre-t-elle. Comme elle, nombre de planteurs de Roye craignent que quelques-uns des leurs soient écartés, et remplacés par des ex-planteurs d’Eppeville, néanmoins plus proches de Roye.

Chez Annie Dumortier, la betterave a beau être plantée dans six petits hectares, elle représente tout de même un tiers de l’assolement. «La betterave est une tête d’assolement. Pour l’instant, nous n’avons pas d’alternative pour remplacer cette culture. Jusque là, notre petite exploitation était viable en partie grâce à la betterave. Mon fils vient en plus de s’installer…»

Stéphane Demilly interpelle le gouvernement

Lors de la séance de questions au gouvernement, mardi 5 mars, Stéphane Demilly, député de la Somme, a interpellé le gouvernement sur la fermeture de l’usine d’Eppeville. «Nous refusons de voir cette fermeture comme une fatalité ! La situation conjoncturelle actuelle ne saurait être utilisée pour casser des outils de production et réformer structurellement une filière avec des arguments courtermistes et purement capitalistiques ! La France paie ici un trop lourd tribu. Sur une baisse de production de 700 000 tonnes annoncée par SüdZucker, ce ne sont pas moins de 500 000 tonnes qui sont retirées à la France, soit 10 % de la production française ! C’est la France qui trinque !», a-t-il notamment déclaré.

Didier Guillaume, ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation, a répondu que des actions allaient être mises en oeuvre : «Nous allons essayer d’amener des aides aux planteurs, nous discutons d’ores et déjà avec la Commission européenne et vous serez associé aux rencontres avec la filière, qui se tiendront dans les jours qui viennent, car nous n’avons pas de temps à perdre», a-t-il notamment précisé.

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