L'Oise Agricole 16 novembre 2023 a 07h00 | Par Dominique Lapeyre-Cavé

«C'est son prix qui déterminera l'avenir de la betterave dans nos régions»

Alors que les pluies très importantes des dernières semaines rendent les travaux d'arrachage difficiles, L'Oise Agricole fait le point de la situation betteravière avec Alexis Hache, président de la CGB Oise.

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Alexis Hache.
Alexis Hache. - © DLC

Où en est la récole en cours ?
Alexis Hache : à ce jour, environ 60 % des betteraves ont été récoltées dans l'Oise et 45 % sont réceptionnées en usine. Les pluies ont ralenti un peu le rythme des arrachages, mais il y a toujours une dizaine de jours d'avance. Je ne parle pas des conditions dans le Nord et le Pas-de-Calais où les inondations ont fortement ralenti la marche des usines.
Avec les températures douces du moment, il risque d'y avoir des problèmes de conservation des silos ; j'invite les planteurs à utiliser l'outil Silobet pour gérer au mieux ces difficultés.

Quels rendements sont attendus ?
A.H. : 2023 sera une année dans la moyenne des cinq ans : il y a peu de croissance de richesse, la courbe est plate.
La cause en est la cercosporiose qui a attaqué les feuilles et les a empêché de faire du sucre. La gestion de cette maladie s'appuie sur deux familles chimiques de molécules, mais leur efficacité est en baisse suite à des phénomènes de résistance. Le choix variétal reste le moyen le plus sûr de lutte, avec des variétés de plus en plus tolérantes selon l'avancée des tours.
Actuellement, nous sommes à un rendement moyen de 78 t/ha à 16° de richesse, avec des richesses variant de 15 à 17 dans un même secteur selon un facteur variétal et l'itinéraire cultural. Il nous faudrait une bonne semaine sans précipitations pour terminer les arrachages.


Les surfaces en betteraves sucrières évoluent-elles dans l'Oise ?
A.H. : oui, elles sont à la baisse  car la rentabilité de la betterave a été mise à mal ces dernières années. 2023 est l'année où les planteurs peuvent espérer avoir un prix attractif. Il faut se rendre à l'évidence : la betterave est devenue une culture à risques, comme le lin ou la pomme de terre. Les agriculteurs adaptent leur assolement en fonction de la rentabilité des cultures et il leur faut un signal fort. Les sucriers ont ainsi limité les surfaces pour 2024 car ils craignent un retournement de situation des marchés. L'Europe importe du sucre ukrainien dont les betteraves sont produites avec des néonicotinoïdes et un possible recours à des OGM uniquement pour des raisons politiques, pour permettre à l'Ukraine de financer son effort de guerre. Là encore, l'agriculture est une variable d'ajustement de la politique.

Comment se porte le marché du sucre ? Quel prix pour les betteraves ?
A.H. : la consommation mondiale est toujours en hausse, mais le bilan sucrier mondial est mauvais suite à une baisse de production en Thaïlande et en Inde. Malgré les exportations brésiliennes, le marché reste tendu et les cours élevés, de l'ordre de 700 EUR/t. Au niveau de l'Union européenne, malgré un prix de l'éthanol déprécié qui pénalise le prix de la betterave, on est à 850 EUR la tonne de sucre. Hors pulpes, on devrait être à un prix de base betterave de 47 EUR/t, 50 EUR/t avec pulpe, hors indemnités.
Tereos a annoncé 42 EUR/t, sans explication. Y a-t-il dans ce prix le coût du désendettement du groupe ? Les planteurs auraient besoin de comprendre le pourquoi de cette annonce. De son côté, Saint Louis Sucre n'a rien annoncé et c'est la commission de répartition de la valeur qui définira le prix final fin juin. Comme le groupe ne produit pas d'éthanol et n'est pas endetté, en toute logique, il devrait annoncer un prix supérieur à Tereos.

Quelles conséquentes pour les semis 2024 ?
A.H. : Je m'inquiète car malgré la dynamique du prix, la betterave est une culture plus risquée qu'avant. Le meilleur moteur pour maintenir la production est le prix qui permettrait aux planteurs de supporter les années à perte grâce aux bonnes années. Pour cela, il faudrait un signal fort des industriels cette année. Je sais bien qu'ils doivent payer leur décarbonation dans les prochaines années et que cela va coûter cher, mais ils doivent expliquer le prix auquel ils vont payer les betteraves.

Comment se déroule la compensation des pertes dues à la jaunisse en 2023 ? Et, plus globalement, où en est le PNRI (programme national de recherche et d'innovation) ?
A.H. : c'est surtout le sud du bassin parisien qui a été touché, parfois très fortement. Le département de l'Oise a été peu touché. N'empêche que cela prouve que la jaunisse est bel et bien là et que le PNRI a toute sa justification. Plusieurs pistes sont suivies, souvent autour de la réduction des populations de pucerons. Mais il suffit de peu de pucerons virulifères pour toucher toute une parcelle. Diminuer les populations de pucerons ne garantit pas contre la jaunisse.
L'autre axe est la recherche de variétés tolérantes, mais avoir des critères de tolérances aux maladies de plus en plus nombreux se fait au détriment du potentiel de rendement des variétés. Les rendements seront amenés à baisser ou stagner, d'où le poids du prix payé dans la décision de semer ou pas des betteraves. Par ailleurs, il faut rappeler que dès 2025, le Movento sera retiré du marché, lançant les planteurs avec la possibilité d'un seul passage avec du Teppeki contre les pucerons.  Je le redis, dans l'attente de solutions durables que nous donnera sans doute le PNRI, il faut que les planteurs tiennent et c'est le prix payé qui maintiendra leur intérêt. D'ailleurs, il faudra être patient puisqu'un deuxième volet du PNRI a été annoncé par le ministre de l'Agriculture, dont nous attendons les précisions.
Heureusement, pour ce qui est du désherbage, deux nouveaux produits vont être commercialisés dont le Conviso, avec des résultats contre chénopodes résistants et betteraves sauvages encourageants. Par contre, rien de prévu en fongicides et insecticides. Les planteurs vont devoir rester motivés pour continuer.

Un mot sur le sucre bio ?
A.H. : au motif de demandes sociétales toujours plus fortes, on a poussé les groupes sucriers à se lancer dans le bio. Résultat : avec le retournement de conjoncture, Tereos se retrouve avec des stocks importants et arrête la production. Des planteurs, qui ont parfois fortement investi dans des moyens de production adaptés, sont dans le mur. La betterave bio restera sans doute un marché de niche, concurrencée par les importations de sucre de canne bio.

- © CGB HDF

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