Le plastique, c’est pas si fantastique !
Mathieu Lefèvre, ministre délégué chargé de la Transition écologique, est venu dans l’Oise ce lundi 15 juin pour présenter le plan plastique du gouvernement. Il a visité le centre de tri de Villers-Saint-Paul et le site Bic Rasoir à Longueil-Sainte-Marie avec un constat : la gestion du plastique est un véritable enjeu.

Les élus et responsables du SMDO (Syndicat mixte départemental de l’Oise), en charge du traitement des ordures ménagères, sont fiers de présenter leur activité : presque la totalité des déchets des habitants de l’Oise sont traités, avec 88 % valorisés. Ils sont recyclés à 46 %, valorisés en énergie pour 42 % et le reste est enfoui (en baisse constante).
De plus, loin de l’idée selon laquelle nos déchets partent à l’autre bour du monde, 80 % sont valorisés dans les Hauts-de-France.
Dans le centre de tri, les déchets arrivent essentiellement par train, ce qui reste rare en France ; tout est pesé, trié, séparé dans un immense bâtiment où tout est automatisé. Après un dernier tri manuel, les matières repartent en ballots compressés vers d’autres usages et notamment les plastiques vers un recyclage.
Enjeu financier
Certains plastiques ne sont pas recyclables, mais d’autres sont tout à fait valorisables et, malheureusement, il s’agit de ceux pour lesquels la consigne sera mise en place dès le premier janvier 2029.
D’où la volonté des élus d’interpeller le ministre. «Cette consigne va remettre en cause l’équilibre de notre structure, avec une perte de revenus, qui va entraîner une hausse de nos coûts de fonctionnement. Les habitants qui pratiquent le tri depuis longtemps vont devoir changer leurs habitudes et aller porter leurs consignes dans des points de collecte alors qu’aujourd’hui, ils les mettent dans leurs poubelles ou des sacs jaunes ramassés à leur porte», se désolent-ils.
Qu’importe : le ministre se montre clair. Le calendrier sera respecté pour plusieurs raisons. D’abord, la France ne recycle que 26 % des plastiques alors que l’objectif fixé par l’Europe est de 55 %. Pour les canettes métalliques, c’est 60 % de reyclage contre 90 % à atteindre. Résultat : l’Etat français paie tous les ans 1,5 milliard d’euros à l’Union européenne pour cette défaillance.
«Nous préférons mettre cet argent pour activer des leviers, que nous avons identifiés au nombre de 12, pour faire plus et mieux. D’autant plus que nos pays européens voisins font largement mieux que nous. 20 pays sur 27 atteignent un taux de recyclage de 90 %. Pourquoi ne pourrions-nous pas remplir nos objectifs ?», développe Mathieu Lefèvre.
Recycler, pas toujours évident
Le cercle vertueux du recyclage se heurte à des difficultés de mise en œuvre. Pour preuve, les responsables de l’usine Bic Rasoir utilisent en partie du plastique recyclé dans les manches des rasoirs jetables. Le plastique recyclé n’a pas les mêmes caractéristiques que le neuf, et notamment la couleur qui doit être toujours la même pour le consommateur. Chaque lot est ainsi analysé par Bic avant utilisation, y sont recherchés notamment le cadmium et le plomb.
Pour mélanger les matières neuves et les recyclées grâce à des vis san fin, l’usine a dû trouver le bon procédé et l’adapter à chacune des machines qui façonnent les manches des rasoirs. Des adaptations constantes, des contrôles toutes les deux heures... être vertueux a un coût.
D’autant plus que les fournissseurs de plastiques recyclés, souvent européens, n’ont pas toujours les quantités requises et le prix peut être supérieur au neuf. D’autres pratiques sont alors mises en place, comme réduire l’épaisseur du manche et supprimer le bouchon pour consommer moins de plastiques et réutiliser tous les ratés et déchets produits dans l’usine.
Réduire, réutiliser, recycler : les bonnes pratiques pour une gestion éco-responsable des ressources et déchets. Chez Bic, le plastique recylé remplace en partie le plastique neuf, mais pas sans poser de difficultés.
Réduire, c’est pratiqué dans les limites du possible pour conserver les propriétés demandées aux rasoirs jetables et le recyclage interne est largement promu. Le meilleur plastique est celui qu’on n’utilise pas.
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