Simon Letellier : «L’envie d’abord, le reste suit»
À 27 ans, Simon Letellier cultive 90 hectares à La Neuville-sur-Oudeuil. Installé à 21 ans sur une exploitation céréalière indépendante, à deux pas de la ferme familiale, ce jeune agriculteur trace son sillon avec méthode, rigueur et une lucidité qui impressionne. Portrait d’un homme qui avance en regardant devant.

Octobre 2020. Simon Letellier a tout juste 21 ans quand il signe son installation à La Neuville-sur-Oudeuil. La ferme qu’il reprend jouxte celle de ses parents. Le foncier lui vient d’un exploitant en fin de carrière, sans repreneur, qui a choisi de faire confiance à ce jeune inconnu. «Quelqu’un de très sérieux, qui avait vraiment envie de faire progresser un jeune», se souvient Simon avec respect. Une rencontre qui a compté, dans un parcours qui ne doit pas grand-chose au hasard.
Issu d’une famille d’agriculteurs, la ferme parentale élève des vaches allaitantes et laitières, produit des céréales, du lin, des betteraves et des pommes de terre, et s’est diversifiée dans un atelier pommes et poires à cidre, il a baigné dans le métier depuis l’enfance. «Il n’y a pas eu de doute, depuis tout petit, c’était le cadre.» Après un bac pro conduite et gestion d’exploitation agricole passé à Brémontier-Merval, il travaille deux ans à l’extérieur à mi-temps, le temps de mûrir son projet, avant de franchir le pas.
Le parcours DJA, il l’a fait dans les règles : pré-rencontre au Point Accueil Installation, stage 21 heures, plan d’entreprise. Tout cela en plein Covid, «beaucoup de visios, c’était compliqué», concède-t-il, mais il garde un souvenir globalement positif de l’accompagnement. De janvier à octobre 2020, en neuf mois chrono, il passe de candidat à exploitant. À sa tête : une SEA individuelle de 90 hectares, avec escourgeons, colza et blé comme socle céréalier, auxquels il a ajouté dès son installation betteraves sucrières, lin et pommes de terre.
La structure juridique est délibérément distincte de celle de ses parents. «Pour apprendre la comptabilité, pour savoir gérer de son côté avant tout.» En pratique, les deux entités coopèrent au quotidien : partage du matériel, entraide sur les chantiers, regard bienveillant des parents qui ne s’imposent jamais. «Ils me laissent en libre choix, précise Simon. Si j’ai envie de faire un essai sur quelque chose, ils me laissent faire.» Une autonomie précieuse, tempérée par l’expérience des anciens. «On revient beaucoup au système des grands-parents. C’est des bons guides.»
Le stress des débuts, puis le recul
Les premiers mois ont été chargés en adrénaline. «À 21 ans, on a beaucoup de stress. Son petit confort de boulot à l’extérieur, pas trop de tracas le soir... Quand c’est vraiment pour soi, c’est différent.» La première moisson, au bout d’un an de semis, reste un souvenir marquant. «J’étais jusqu’au bout, jusqu’à ma première récolte.» Une année normale, des rendements classiques pour le secteur, suivie de deux bonnes années. Puis 2024 est arrivée, une année qui «a fait beaucoup de mal».
Avec les saisons, la pression a changé de nature. «C’est la pression administrative qui est énormément présente aujourd’hui. C’est sur ce volet-là qu’on n’a pas de visibilité.» Le terrain, lui, Simon le maîtrise : conduite assez traditionnelle, labour ou non-labour selon les années et les cultures, commercialisation via coopérative pour les céréales et sucrerie pour les betteraves.
Quand Simon répond à nos questions, la récolte 2026 vient de s’ouvrir plus tôt que jamais. Il a battu sur des terres le 18 juin, une date inédite sur l’exploitation. Un cycle de céréales précoce du début à la fin, avec de bonnes conditions printanières. Mais une récolte avancée ne suffit pas à effacer les incertitudes qui s’accumulent. Marchés volatils, prix imprévisibles, débouchés erratiques : «On a du mal à faire des assolements deux ans à l’avance. L’assolement pour l’année prochaine, on l’a fait la semaine dernière.»
Les betteraves ont reculé de 25 % l’an passé sur ses parcelles, remplacées au pied levé par du tournesol. Cette culture, Simon l’intègre plus durablement dans sa rotation cette année, en partie sous l’effet du changement climatique. Moins d’intrants, moins de passages mécaniques, meilleure marge potentielle. Mais ce qui préoccupe le plus le jeune exploitant, c’est moins la météo que l’explosion du coût du matériel. «Les tracteurs ont triplé en 20 ans. La marge du blé n’a pas triplé.»
À court terme, pas de grands projets d’investissement. Le parc matériel est récent, la diversification déjà conséquente. «Qui dit diversification, dit acheter du matériel. On a plutôt envie de se concentrer sur nos activités.» Et Simon pense déjà à l’après : quand ses parents partiront en retraite, il reprendra leur structure. Sur les deux entités actuelles, ils sont quatre à travailler ensemble. Ils ne seront alors plus que deux avec le salarié. «Il va falloir simplifier plutôt que de vouloir trop. Il faut penser aussi à soi et ne pas être esclave de son système.»
L’autre engagement
Simon Letellier n’est pas seulement exploitant. Il est aussi secrétaire général JA de l’Oise. Un engagement qui prolonge naturellement ce qu’il a lui-même reçu lors de son installation. «J’ai été énormément aidé par les anciens JA. C’est à moi maintenant de passer le relais.» Il voit des jeunes qui peinent à se motiver, et veut leur montrer que le chemin existe, que d’autres l’ont tracé avant eux. Son message aux candidats à l’installation est sans détour : ne pas regarder derrière, aller de l’avant, et surtout s’entourer. «Il faut être épaulé pour avancer.»
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