«Sans irriguer plus, impossible de continuer à produire autant»
Installé en polyculture maraîchage bio depuis 2004 à Hodenc-en-Bray, à 49 ans aujourd’hui, Ludovic Sanglier s’interroge sur la pérennité de son exploitation si, face à la sécheresse qui sévit et qui se répètera dans les années à venir, des moyens de production ne lui sont pas donnés.

Et ces moyens de production, c’est d’abord l’irrigation, indispensable pour mener ses cultures de légumes, fruits et pommes de terre sur 20 ha de maraîchage, auxquels s’ajoutent 10 ha de prairies temporaires et 70 ha de céréales biologiques. Ludovic Sanglier est un important maraîcher bio : il produit tous les ans 250 tonnes de légumes dont 25 de tomates et 40 à 50 tonnes de pommes de terre. Tout est vendu en direct à des Amap en Île-de-France, au marché de Beauvais le samedi matin et dans trois marchés de la région parisienne, dans des quartiers populaires ou plus bourgeois. «Je nourris 1.200 personnes grâce à 45 légumes différents produits sur l’année et 70 variétés. J’emploie 4 salariés permanents et entre 4 et 6 saisonniers. Si, à cause de la sécheresse, je ne peux pas irriguer plus, je vais devoir abandonner une partie de la production et donc les emplois», se désole-t-il. Il emploie essentiellement des Marocains ou des Syriens, «courageux au travail et efficaces.»
L’eau, indispensable
La production de Ludovic Sanglier est répartie sur trois sites. Le premier est à Hodenc-en-Bray, au hameau de la Place, avec 14 serres tunnels pour ses tomates, haricots verts grimpants, concombres notamment, toutes irriguées au goutte-à-goutte grâce à un forage. «Il me faut entre 50 et 100 m3 par semaine pour mes 4.000 pieds de tomates et je suis obligé d’acheter de l’eau car le débit est très faible en ce moment.» Le deuxième site est à la sortie du hameau, avec les planches de courgettes, choux, basilic, haricots verts... Le maraîcher a installé en 2004 une retenue collinaire en fond de parcelle, qui reccueille toutes les eaux de ruissellement pendant l’hiver. 1.600 m3 y sont stockés mais l’exploitant aimerait pouvoir remonter la hauteur d’un mètre pour stocker plus. Le site est entouré d’arbres et l’exploitant y laisse toujours de l’eau en été pour que canards et foulques y trouvent un lieu de vie préservé.
Enfin, son troisième site est plus loin, à Milly-sur-Thérain, où il exploite 44,5 ha dont 8,5 pour des pommes de terre, carottes et poireaux. «J’ai un quota de 3.800 m3, mais je voudrais pouvoir monter à 10.000 m3. J’utilise des canons enrouleurs et programme l’arrosage entre 19 h et 6 h du matin. Au delà, avec les températures actuelles, il y aurait un trop grand choc thermique entre l’eau très fraîche du Thérain et les légumes chauffés à blanc par le soleil ; il y a moins d’évaporation», explique Ludovic Sanglier. L’ensemble est alimenté en électricité par un groupe électrogène qui consomme 500 l de gazole par semaine.
Inquiétude pour les légumes d’hiver
Ludovic Sanglier n’a jamais vu cela : parmi les 10.000 plants de choux, bien qu’arrosés, beaucoup n’ont pas résisté à une seule journée de chaleur. Ses haricots verts non plus. «Les carottes semées en mai ont profité de la pluie de début juin, elles sont belles. Celles semées en juin ont brûlé.»
Il s’inquiète des légumes en pleine floraison, comme certaines variétés d’haricots verts et ses 20.000 courges repiquées pour l’hiver. La fécondation pourrait être perturbée par les conditions météorologiques actuelles sans aucun fruit formé. «La saison est faite à 80 % maintenant, c’est pour cet automne et cet hiver que je m’inquiète. Aurais-je des légumes, choux, carottes, pommes de terre à vendre ?»
2026 aura été une année à concombres, aubergines et courgettes, mais les légumes de printemps, épinards, navets et radis, n’ont pas donné beaucoup, brûlés fin mai. Côté tomates, après de belles premières récoltes, les calibres ont moindres actuellement, mais le maraîcher espère avoir une belle fin de saison s’il parvient à irriguer correctement dans les serres.
«Depuis le Covid, mes charges ont augmenté de 30 %. Entre l’achat des plants, des graines, des composts et engrais bio, je dépense environ 110.000 euros par an. Et pour les remboursements du matériel, il faut rajouter 120.000 €/an et 170.000 € de masse salariale. Vous voyez combien il me faut produire et vendre pour couvrir ces charges. Cette année, en juin et juillet, j’ai eu entre 15 et 20 mm de précipitations, alors qu’habituellement, c’est 40 mm par mois. Si je ne peux pas combler ce déficit par plus d’irrigation raisonnée, je ne vois pas comment continuer à produire.»
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