Une attaque de loup confirmée après trois mois d'incertitude
Fin mai, un troupeau ovin est attaqué dans un pâturage collectif de Caisnes, dans le Noyonnais. Il aura fallu attendre la mi-septembre pour que l'Office français de la biodiversité confirme la piste du loup. Éleveur touché pour la première fois, Willy Balderachi raconte l'attente, les mesures de protection impossibles à mettre en place et une indemnisation qu'il juge insuffisante.

Le 26 mai dernier, le troupeau de Willy Balderachi paissait dans un pâturage de Caisnes, dans le Noyonnais. Jusqu'à ce coup de téléphone : «On m'a téléphoné pour me dire que des brebis étaient étalées sur la route», raconte l'éleveur. Deux sont tuées. D’autres se sont échappées en sautant par-dessus la clôture. Sur le moment, personne n'ose se prononcer, même si des rumeurs circulent : un loup aurait été filmé par une caméra de chasse à une quinzaine de kilomètres. Ce sont les blessures des brebis qui mettent la puce à l'oreille de l'éleveur. «Vu les morsures, ça ne pouvait être qu'un loup. Ils avaient sectionné la colonne vertébrale. Un chien n'a pas assez de force dans la mâchoire pour faire ça».
Le jour de l'attaque, l'éleveur est en réunion pour défendre la profession. C'est son fils qui gère les premiers prélèvements. Au départ, les services évoquent la piste d'un chien. L'éleveur n'y croit pas une seconde : quatrième génération dans le métier, il sait faire la différence. Pour en avoir le cœur net, il remet le même nombre de bêtes dans le même enclos trois semaines après. Aucune nouvelle attaque n'a lieu. «Un chien revient sur ses traces, il serait revenu», assure-t-il. Il faudra attendre la mi-septembre pour que l'OFB confirme la piste du loup grâce à des prélèvements salivaires. «Ça a été confirmé il y a à peine une semaine. Les analyses salivaires prennent du temps, et en plus c'est tombé pendant les grandes vacances».
La confirmation ouvre droit à une indemnisation, fixée au niveau national selon le barème de la Fédération nationale ovine (FNO), dont l'éleveur est adhérent. Le chiffre annoncé le déçoit. «Je suis tombé un peu sur le cul. Pourtant je fais partie de la FNO, mais quand vous n'êtes pas touché vous n'allez pas chercher les petits détails. Quand ça vous arrive et que vous voyez l'indemnité, c'est un peu léger», confie-t-il. Les brebis perdues avaient trois ans. «Ce n'est pas une jeune brebis qui débute. C'est comme un ouvrier qui a déjà de l'expérience face à un jeune, vous n'avez pas le même rendement».
Fréquentée par des enfants, cette zone de pâturage exclut les chiens de protection. «On ne peut pas en mettre, il y a des enfants qui passent. Dès qu'un chien de protection sent quelqu'un s'approcher de la clôture, il aboie fortement, ça gêne», regrette Willy Balderachi.
Pour Willy Balderachi, cette attaque illustre une erreur de fond. «Il ne fallait pas implanter le loup, c'est la plus grosse erreur qui ait été faite. Nos ancêtres ont combattu pendant des années pour protéger leurs troupeaux, et on l'a réintroduit. En plus, on le protège», dénonce-t-il, rappelant qu'un loup peut parcourir 40 kilomètres en une nuit pour trouver un nouveau territoire. Selon lui, d'autres témoignages ont depuis émergé dans le secteur, dont celui sur un loup aperçu il y a moins de trois semaines près de bovins à Carlepont.
L'éleveur regrette aussi le manque d'accompagnement après une attaque. «On est perdu, on ne sait pas qui appeler, on n'a pas les numéros. Il faudrait une brochure avec les numéros d'urgence en cas d'attaque de loup.» Une nouvelle attaque n'est pas à exclure. «C'est quand il est affamé qu'il revient attaquer», prévient-il.
L'OFB et la préfecture de l'Oise n'ont pour l'heure pas souhaité répondre à nos questions.
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