L'Oise Agricole 20 août 2026 a 08h00 | Par Pierre Poulain

La Région promet plus de souplesse

Face à la sécheresse qui frappe la partie nord du pays, Marie-Sophie Lesne, vice-présidente de la Région Hauts-de-France chargée de l’Agriculture, s’est rendue dans deux exploitations de l’Oise à l’invitation de la FRSEA.

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Marie-Sophie Lesne s’est rendue à Bonnières et à Hodenc-en-Bray, dans l’Oise, pour constater les dégâts causés par la sécheresse sur les productions maraichères et laitière.
Marie-Sophie Lesne s’est rendue à Bonnières et à Hodenc-en-Bray, dans l’Oise, pour constater les dégâts causés par la sécheresse sur les productions maraichères et laitière. - © Pierre Poulain

Premier arrêt à Bonnières, dans l’élevage laitier bio de Michaël Mos. Ici, les 80 vaches sont déjà passées en ration hivernale, en plein mois d’août. «Mes prairies ne suffisent plus à nourrir mes vaches, elles mangent au bâtiment matin et soir, témoigne l’éleveur. J’ai déjà entamé une grosse partie des stocks prévus pour l’hiver.» Sans oublier des avortements en hausse et une production en baisse.
Situation guère plus reluisante à Hodenc-en-Bray, chez Ludovic Sanglier. Ce maraîcher bio cultive une vingtaine d’hectares de légumes et de pommes de terre, entre serres et pleine terre. Depuis trois ans, il attend la régularisation administrative de sa réserve collinaire, un bassin qui recueille les eaux de ruissellement l’hiver. Sans ce feu vert, il n’a pas pu stocker assez d’eau pour arroser cet été. Résultat parmi d’autres : «10.000 choux cramés sur mes parcelles». «Je ne demande pas des méga-bassines, explique-t-il. Je demande juste qu’on me laisse le droit d’avoir quelques milliers de mètres cubes d’eau pour irriguer.» Le manque à gagner se chiffre déjà en dizaines de milliers d’euros. «Une belle arrière-saison, comme l’an dernier, pourrait limiter la casse. Mais l’incertitude pèse sur l’automne et l’hiver.»
Pour Marie-Sophie Lesne, la situation est «dramatique». «Même les zones les plus vertes et les plus humides sont complètement grillées», observe-t-elle. «Chez ce maraîcher, c’est une autorisation de prélèvement supplémentaire, de l’ordre de 3.000 m3, qui manque encore. Sans elle, c’est toute la récolte du printemps prochain qui est menacée, avec des emplois à la clé.» Chez Ludovic Sanglier, cela représente 4 salariés permanents et entre 4 et 6 saisonniers.
La Région annonce plusieurs pistes : des aides pour ventiler et isoler les bâtiments d’élevage, un soutien au rachat de semences pour ressemer les prairies grillées, et des démarches pour assouplir certaines interdictions réglementaires, comme celle qui empêche de retourner certaines prairies permanentes pour y semer de la luzerne, plus résistante. La vice-présidente du conseil régional insiste aussi sur l’assurance récolte, déjà subventionnée à 70 % par l’Europe mais encore peu souscrite par les agriculteurs. «Il faut vraiment que tout le monde s’assure, il y a trop d’aléas aujourd’hui», martèle-t-elle. Elle attend surtout un geste fort de l’État, avec un plan de crise annoncé pour la fin du mois d’août. «On sera aux côtés des agriculteurs, mais on est sur une course de rapidité qui peut effrayer», prévient-elle.
Régis Desrumaux, président FRSEA et FDSEA de l’Oise, partage cette urgence. «Aucune production du département n’échappe à la crise, de la polyculture à l’arboriculture en passant par le maraîchage et l’élevage.» Le syndicat demande un accompagnement financier rapide, des reports de charges auprès des banques et de la MSA, et une simplification des démarches administratives. «Il nous faut de l’argent sur les comptes», résume-t-il, réclamant des mesures simples plutôt que de nouveaux emprunts.
Pour Marie-Sophie Lesne, l’urgence dépasse la seule question financière. «Quand il n’y a plus d’argent public, il faut de la souplesse réglementaire», affirme-t-elle. «La souveraineté alimentaire française passe par l’adaptation de nos exploitations».
Egalement présent lors de cette visite, le crédit agricole : «Il y a une «sur-crise» de l’agriculture. En plus du conflit en Ukraine, le conflit iranien génère une augmentation des prix des matières premières. S’ajoute maintenant la sécheresse. Notre rôle est d’être auprès des agriculteurs durant cette période, par exemple en permettant de moduler les crédits, c’est-à-dire diminuer les annuités et étaler le remboursement dans la durée afin d’alléger la pression financière et d’avoir une capacité de trésorerie supplémentaire», explique Olivier Vieubled, directeur de secteur au Crédit agricole Brie Picardie.

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