L'Oise Agricole 10 septembre 2026 a 08h00 | Par Christophe Soulard

Plan sécheresse: les organisations agricoles très déçues

L’annonce par le gouvernement d’un plan d’aide d’un milliard d’euros face à la sécheresse historique de cet été a suscité des réactions immédiates et contrastées dans les rangs syndicaux.

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Si ce dispositif d’urgence prévoit le renforcement de l’Indemnisation de solidarité nationale (ISN), l’accélération des versements et un fonds de réarmement agricole, il est perçu comme une réponse à court terme.

«Insuffisant»
Pour la FNSEA, réunie le 4 septembre en bureau extraordinaire sous la présidence d’Arnaud Rousseau, le «compte n’y est pas». Le syndicat exprime sa «déception» face à un plan insuffisant pour permettre le redémarrage des exploitations après un été sans précédent. Si la FNSEA reconnaît que «l’urgence a été entendue», elle estime que l’ampleur des mesures est «déconnectée de la gravité de la situation». Elle fustige en particulier l’absence d’appui à la trésorerie via des reports ou des facilités de crédits bancaires à court terme, un levier crucial pour passer le cap de l’année. De plus, elle qualifie d’ «insuffisante» l’enveloppe de 20 millions d’euros allouée aux cotisations MSA, rappelant que le plan gel de 2021 avait mobilisé 170 millions d’euros pour le seul secteur viticole. Parallèlement, le syndicat réclame des dérogations immédiates sur les couverts «cultures intermédiaires pièges à nitrates» (CIPAN) et regrette que les aides de la PAC ne fassent pas l’objet d’un acompte anticipé avant le 16 octobre, comme l’autorise pourtant l’Europe.


Pour Jeunes Agriculteurs (JA), qui prend acte de ces arbitrages, le plan demeure lui aussi largement incomplet face à l’ampleur des pertes subies. Le syndicat regrette notamment l’absence de report des échéances bancaires et déplore qu’aucune mesure spécifique ne cible les jeunes installés, pourtant dotés des trésoreries les plus fragiles. Son président, Jocelyn Dubost, insiste sur la nécessité de passer d’une logique de réaction à une réelle planification de la production face au changement climatique.


Même son de cloche du côté de La Coopération Agricole, dont le président Jean-Luc Duval rappelle que si l’enveloppe répond à une partie de l’urgence, la véritable bataille réside dans la préparation de la prochaine campagne et l’adaptation structurelle des filières. Les éleveurs en colère.


La colère est particulièrement vive chez les éleveurs de ruminants (FNB, FNPL, FNO, FNEC). Ces derniers estiment être «exclus du plan» car l’indice satellite Indice de production des prairies, utilisé pour évaluer les pertes sur prairies, est jugé totalement dysfonctionnel. Face à des pertes réelles dépassant parfois 50 % des fourrages, les éleveurs réclament d’urgence des expertises de terrain dans tous les départements pour déclencher les indemnisations de l’ISN, ainsi qu’une aide directe de 300 € par UGB pour nourrir leur bétail.


De son côté, la Confédération paysanne dénonce un plan qui laisse de nombreuses fermes sur le carreau. Elle pointe du doigt un dispositif d’ISN inadapté pour les 82 % de producteurs non assurés et regrette que l’allègement de la taxe foncière profite aux propriétaires plutôt qu’aux fermiers locataires.
Pour l’ensemble du secteur, au-delà de ces aides immédiates, c’est bien la transition à long terme et l’adaptation des bâtiments qui restent sans réponse solide. Alors que les arbitrages budgétaires du futur plan de relance de 2027 demeurent incertains, le monde agricole attend désormais des engagements fermes pour pérenniser sa capacité productive. La ministre a promis un plan de rebond et de relance qui doit être «présenté dans les prochaines semaines». Mais il devra sans doute passer sous les fourches caudines du Parlement, notamment de l’Assemblée nationale où les dissensions restent vives sur le dossier agricole.

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