L'Oise Agricole 09 avril 2026 a 15h00 | Par Dominique Lapeyre-Cavé

«Enterrer le soleil», plongée dans les mondes souterrains

Sous le commissariat d’Alexandre Estaquet-Legrand, conservateur et directeur de Mudo (Musée de l’Oise) et de Lucy Hofbauer, historienne de l’art et directrice du Quadrilatère, l’exposition emmène le visiteur sur un parcours qui traite des mondes souterrains, depuis les antiquités égyptiennes jusqu’à des œuvres contemporaines, photos, installations et vidéos.

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Reverse of volume.
Reverse of volume. - © Onishi Yasuaki

Les mondes souterrains, depuis la nuit des temps et dans toutes les civilisations, ont fasciné les hommes. Suscitant à la fois la peur et la curiosité, lieux de mort mais aussi source de vie et de richesses, ils concentrent tous les paradoxes de l’humanité.

Les concepteurs de l’exposition ont voulu proposer au public un parcours narratif qui résonne avec l’architecture du lieu et brosse plusieurs thématiques autour des mondes souterrains. Pour cela, il a fallu modifier l’ambiance du Quadrilatère, très lumineuse, pour l’assombrir à renfort d’argile étalée sur les vitres et de toiles peintes avec de l’argile locale qui délimitent le chemin du visiteur au travers l’exposition. Une scénographie particulièrement réussie et propice à l’immersion dans l’exposition.

Trois parties

La première partie traite de l’approche sacrée face au monde souterrain. Il faut faire allégence pour y pénétrer. Déjà, les Égyptiens vénéraient le scarabée, animal qui disparaît le nuit et réapparaît en même temps que le soleil, symbole de la vie qui revient tous les jours. Des amulettes antiques sont présentées à côté de dessins plus contemporains qui évoquent des souterrains et le labyrinthe du Minotaure.

Une vidéo raconte le destin d’enfants qui n’ont pas respecté le caractère sacré des lieux en pénétrant dans une carrière, symbole des Enfers, et qui sera leur tombeau.

Le parcours est ponctué de veilleuses d’Apolline Grivelet, en forme de vers luisants qui s’allument de rouge en présence humaine, le rouge étant la seule lumière qui ne dérange pas les animaux nocturnes.

La seconde partie évoque la vie sous la terre, la ville sous la ville, symbolisée par la photo d’un soupirail. Des photos présentent les catacombes de Paris, une vidéo interactive permet de s’y promener grâce à un vue scannérisée en trois dimensions, faisant écho au mythe de la caverne. Sous la ville se dessine une cité secrète qui a aussi permis aux populations de trouver refuge et protection.

C’est aussi la découverte d’un cimetière architecturé en sous-sol à Buenos Aires, puis nous accédons à la crypte du Quadrilatère où l’on admire les fondations et les remparts de l’époque romaine parfaitement conservés et objets de fouilles archéologiques.

Enfin, la troisième partie nous parle de notre intime souterrain, nos pensées les plus profondes, nos refuges intérieurs. Nous plongeons alors au sein d’une expérience spectaculaire. Il s’agit de la projection sur un immense écran de photos noir et blanc de la grotte Chauvet, fermée au public et dont l’accès est limité à quelques rares scientifiques.

L’artiste Raphaël Dallaporta a pu la photographier sous tous les angles pendant trois fois deux heures, ce que même des paléontologues n’ont pu faire. La succession de ces photos panoramiques produit un film lent, une sorte de travelling dans la grotte, qui nous donne l’impression d’y être. Dans cet univers minéral et scintillant, les formes de stalagmites et stalagtites sont organiques, irréelles, propices à l’imagination. Puis apparaissent sur les parois ces dessins vieux de 36.000 ans qui nous touchent par leurs qualités picturales et on imagine l’admiration de nos ancêtres devant les animaux qu’ils peignent : ours, lionnes, antilopes, bovins, rhinocéros... C’est ici le berceau de l’humanité, dans le monde souterrain.

Enfin, pour admirer les derniers dessins présentés, ceux d’Amélie Royer pour qui le monde souterrain est l’unique refuge pour échapper à la laideur du monde extérieur, nous passons sous Reverse of volume, une installation imposante d’un artiste japonais, Yasuaki Onishi. C’est un relief suspendu, fait d’une immense bâche plastique maintenue au plafond par des milliers de fils de colle noire, dont la forme s’adapte à l’architecture du bâtiment. Sa légèreté et sa taille impressionnent. Cette œuvre éphémère sera détruite à l’issue de l’exposition.

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