L'Oise Agricole 13 mai 2026 a 07h00 | Par Dominique Lapeyre-Cavé

De la fourche à la fourchette, un projet d’installation qui se démarque

Fils d’agriculteur et passionné depuis toujours par la cuisine, Louis Backeroot se lance dans un ambitieux projet de production de fruits rouges, de transformation et de de vente dans un restaurant repris à Crèvecoeur-le-Grand.

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- © DLC

«Je suis un vrai bec sucré et j’ai toujours voulu être dans la restauration et plus particulièrement en cuisine», confie Louis Backeroot, 25 ans. Il commence son cursus en lycée hôtelier par un bac pro cuisine, puis un BTS, un master et une licence en management hôtellerie-restauration. Il suit de nombreux stages dans des maisons prestigieuses, La Brasserie  Paul-Bocuse à Lyon, l’Édouard VII à Paris, La Flamiche à Roye... «Ce qui me plaisait, c’était gérer le personnel, les achats, les menus», explique-t-il. Il profite d’une période creuse pour passer son BPREA car une idée a fait son chemin : produire et transformer.
Ses parents, Catherine et Xavier Backeroot, sont exploitants agricoles à Auchy-la-Montagne, en polyculure-élevage allaitant sur 80 ha. «Imaginez le choc que cela a été quand Louis nous a dit qu’il voulait s’installer, arrêter l’élevage et lancer une production de fruits rouges !», en sourit encore sa mère.

Projet ficelé
Louis a imaginé son avenir : «je voulais à la fois garder la ferme familiale pour produire et mettre en valeur mes compétences professionnelles : transformer, faire de la cuisine et plus particulièrement de la pâtisserie.» 
Son projet de reprise de la ferme familiale tient la route : installation de deux serres équipées du goutte-à-goutte pour des fraises hors sol, 200 pieds de framboises, 50 de cassis, 50 de groseilles et 50 de mûres et 100 pieds de rhubarbe. Il fabriquera glaces, desserts et pâtisseries qui seront vendus à Crèvecœur-le-grand (voir encadré) où il a repris le local d’un restaurant, parfaitement équipé. Il y confectionnera des plats en bocaux pasteurisés, à consommer sur place ou à emporter.
Le Crédit agricole Brie-Picardie le suit et il est accompagné par le Cer France Picardie Nord de Seine pour ce long processus d’installation. Son père Xavier prend sa retraite, Louis prend des parts dans l’EARL avec sa mère et monte une SAS pour le restaurant. Toute la famille s’investit dans ce projet qui déborde largement du contour de la production agricole simple. D’autant plus que les contretemps se multiplient. Les deux serres de Degrav’Agri (40.000 € investis) arrivent avec un mois de retard, ce qui empêche la première plantation de fraisiers prévue en février. Les serres sont complexes à monter, ainsi que le goutte-à-goutte qui apporte eau et nutriments. Les 6.000 plants de quatre variétés différentes (Marly, Magnum, Joly et Anabelle, la seule remontante qui assure une production jusqu’en septembre) sont plantés dans des substrats en forme de boudins fin mars et ne devraient commencer à produire que fin mai-début juin. Des bourdons installés dans les serres assurent la pollinisation.
Depuis son smartphone, Louis peut programmer l’arrosage et la fertilisation. «Chaque serre devrait produire 1,4 tonne de fraises. Une est destinée à la transformation, la production de l’autre sera vendue en barquettes dans le distributeur de Crèvecœur.» Toute la famille participe aux travaux et des saisonniers seront embauchés pour la cueillette. Le reste des pâtures sera loué à d’autres agriculteurs, les terres labourables sont exploitées en prestations de service par Sylvain Antrope.

Sourcing
Pour son restaurant et ses bocaux, Louis souhaite au maximum faire travailler d’autres producteurs, mais ce n’est pas toujours possible. Les volailles viennent de la ferme du Val de Noye, les viandes de la boucherie Deguine (Grandvilliers) qui s’approvisionne directement dans les fermes, les lentilles sont de Romaric Paucellier (Le Plessiers-sur-Bulles), les champignons de Laigneville, les pommes de terre de Lihus, le lait de Thomas Bocquet, les œufs de Sylvain Antrope, le pain de chez Tour de mains... Louis Backeroot cherche encore des producteurs dans le secteur pour les légumes et les truites. Seule la crèmerie vient d’Amiens car il utilise beaucoup de crème liquide à 35 % de matière grasse, réservée aux professionnels, pour ses glaces et pâtisseries. Il a mis au point ses plats complets en bocaux, pasteurisés à 80°C deux heures. Pour l’instant, carbonnade flamande-purée, poulet sauce champignons et riz, choucroute de la mer et lasagnes végétariennes sont proposés, la carte sera revue régulièrement.
L’activité du restaurant a été lancée jeudi 7 mai (voir encadré) et toute la famille s’active pour cette période de rodage entre suivi de la pousse des fraises et des autres fruits rouges, cuisine, pasteurisation, service du déjeuner et bistronomie le week-end. «Il va falloir que nous nous rôdions pour être les plus efficaces possible.»
D’autant plus que la foire-à-tout de Crévecœur le 14 mai devrait être un temps fort de la vie communale. 500 exposants et des milliers de visiteurs sont attendus et auront sans doute envie de se restaurer. «Nous avons la chance d’être dans un bourg où le commerce est vivant». Une raison de plus pour découvrir son offre gourmande de qualité.

Aux beaux champs, un concept de restaurant original

Le 8 place-de-la-mairie à Crèvecœur-le-Grand accueille dorénavant un concept original. C’est un lieu hybride : à l’avant, un distributeur dans lequel vous trouverez essentiellement des produits concoctés par Louis Backeroot : des bocaux pasteurisés à déguster chauds après trois minutes au micro-ondes, des pâtisseries et des glaces maison ainsi que des œufs frais. Les plats en bocaux changeront très régulièrement, plusieurs seront proposés, avec viande et garniture, pesant entre 350 et 370 g.
Si vous préférez manger assis, un restaurant situé derrière ce premier espace vous invite à déjeuner du mardi au jeudi. Soit on réchauffe et on vous sert le bocal que vous aurez choisi pour 12,50 €, soit vous optez pour le menu entrée-plat-dessert à 19,50 € ou plat-dessert ou entrée-plat pour 17 €.
Quelques entrées et desserts au choix et le plat du jour (steak-frites) ou un bocal réchauffé. «Tout sera fait maison», assure Louis qui cherche (et trouve) des producteurs locaux à même de lui fournir des matières premières de qualité.
Le vendredi et le samedi, Aux beaux champs se transforme en lieu de la bistronomie, au déjeuner et au dîner, avec une carte resserrée (3 entrées, 2 plats et des desserts) et de saison.
Le lieu qui accueillera au maximum 20 personnes a subi des travaux pour être en phase avec le concept, Charlotte Backeroot, la sœur de Louis, en a assuré la direction artistique : choix des couleurs (du rouge comme les fruits de la ferme), du bleu évoquant les glaces et un marron évoquant le gratiné des plats. «Nous voulions une identité forte, en lien avec les productions de la ferme»,explique-t-elle.
Ce lieu vient compléter une offre limitée à Crèvecœur-le-Grand, pour des déjeuners rapides entre collègues ou des rendez-vous professionnels, sans proposer de produits semblables à ceux des remarquables artisans de bouche déjà présents sur la commune.

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