L'Oise Agricole 05 février 2026 a 08h00 | Par Christophe Soulard

Le gouvernement mise sur les «contrats d’avenir» et le 100 % origine UE

Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, s’est déplacé le 30 janvier dans une exploitation d’amandiers à Baigneaux (Eure-et-Loir). Il y a annoncé une réforme de la commande publique et le déploiement des «contrats d’avenir», notamment réclamés par les Jeunes agriculteurs.

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- © ministère de l'Agriculture

C’est entouré de trois ministres* que le chef du gouvernement a effectué un déplacement sur une exploitation eurélienne produisant des amandiers. Tout un symbole dans ces terres qui sont plutôt réservées aux grandes cultures.

Car l'objectif affiché du gouvernement est clairement de pousser à l’adaptation des fermes au changement climatique ainsi qu’à leur trouver des débouchés, tout en garantissant que l'argent du contribuable ne finance plus de produits agricoles et agroalimentaires hors Union européenne.


Reprendre en main la commande publique
Dans la ligne de mire de Sébastien Lecornu : la commande publique. En effet, chaque année l’État commande entre 900 millions et un milliard d’euros de produits agricoles bruts et transformés pour alimenter ses cantines : armées, hôpitaux, universités… «J’ai demandé aux différents services combien allait en dehors de l'Union européenne et combien restait en France, et on n'a toujours pas la réponse», a-t-il admis.

Le Premier ministre a déploré l'opacité actuelle de ces flux : «On ne sait pas dire où va l'argent». Pour remédier à ce dysfonctionnement, le gouvernement prévoit de «reprendre en main la commande publique» via un système de récompenses et de sanctions pour les acheteurs publics.

Aux termes de la loi Egalim, les restaurants collectifs assurant un service public doivent, en théorie, et depuis le 1er janvier 2022, proposer 50 % de produits de qualité et durables, dont au moins 20 % de produits biologiques. Depuis le 1er janvier 2024, les viandes bovines, porcines, ovines et de volaille et les produits de la pêche répondant aux mêmes conditions doivent représenter au moins 60 % de la valeur totale de ces produits servis. L’État lui-même peine à respecter ces critères, allant jusqu’à s’approvisionner hors UE.


Le système de récompenses et sanctions évoqué par Sébastien Lecornu devrait être inscrit dans les lois à venir, en particulier «celle sur la décentralisation» et «dans la loi d’urgence agricole», a-t-il indiqué.


«Enjeu stratégique»
Le chef du gouvernement a également apporté son appui aux «contrats d'avenir», projet porté par les Jeunes agriculteurs (JA). Ces contrats sont destinés à aider les exploitants à diversifier leur production face au réchauffement climatique, via une planification territoriale puis des contrats tripartites entre agriculteurs, pouvoirs publics et transformateurs.

L'idée est de créer un cadre «régulier et prévisible» pour la production, permettant aux outils de transformation de s'adapter aux nouvelles cultures, comme l'illustre la visite du verger d’amandiers d'Aude et Jules Sevestre à Baigneaux, une exploitation autrefois dédiée aux céréales et à la betterave. La ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, a rappelé que la souveraineté alimentaire est un «enjeu stratégique», soulignant que trop de filières sont aujourd'hui en difficulté.

Le président, des Chambres d’agriculture France, Sébastien Windsor, présent lors de la visite ministérielle, a assuré que les chambres d'agriculture devraient également voir leur rôle renforcé pour piloter cette nouvelle planification locale. Le président des JA, Pierrick Horel, voit dans ce projet gouvernemental «une prise de conscience collective, un engagement pris au plus haut niveau du gouvernement autour de ce sujet, cela pose les bonnes bases».
«Ces annonces sont un engagement fort du gouvernement, qui change de paradigme et qui fait des contrats d’avenir l’outil de notre souveraineté alimentaire», a commenté. Il restera maintenant à concrétiser ces bonnes intentions.

* Annie Genevard (agriculture), Serge Papin (PME), Françoise Gatel (ruralité)

Viandes blanches et conférence de la souveraineté : les premiers chiffres connus

Dans le cadre des Conférences de la souveraineté lancées en décembre par Annie Genevard, la filière porcine table sur «une quasi-stabilité de la consommation dans les années qui viennent», a dit la directrice d’Inaporc, Anne Richard. La problématique exposée est celle des 8 millions de porcs devant changer de mains dans les dix ans. «Il conviendrait d’installer ou d’assurer la reprise de 100 élevages par an avec en moyenne 300 truies», établit Anne Richard. La filière des volailles de chair, sûre d’un besoin croissant, «doit encore affiner son chiffrage (évolution de la consommation, nombre de bâtiments d’élevage, évolution de la production et des capacités d’abattage, etc.)», a déclaré le 29 janvier le directeur d’Anvol, Yann Nédelec, à l’issue du troisième et dernier groupe de travail sur les viandes blanches, réuni le 27 janvier. Quant aux oeufs, «nous essayons d’avancer sur la priorisation des demandes tout en essayant de chiffrer le nombre d’élevages et d’entreprises supplémentaires nécessaires pour retrouver un taux d’auto-approvisionnement en oeufs de 100 % en 2030», indiquait le 26 janvier la directrice du CNPO, Alice Richard.

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