L'Oise Agricole 15 janvier 2026 a 08h00 | Par Pierre Poulain

Les agriculteurs isariens obligent le gouvernement à s’engager et ne lâchent rien sur le Mercosur

L’échec d’Emmanuel Macron à convaincre un nombre suffisant de pays de s’opposer à l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et les pays du Mercosur n’a pas freiné les ambitions des principales formations syndicales agricoles (FNSEA et JA) de voir le texte abandonné. Dans l’Oise, les mobilisations ont repris depuis le début de l’année et les agriculteurs du département sont venus en nombre dans la capitale. Un mouvement d’ampleur qui va se poursuivre la semaine prochaine, à Strasbourg, lors de la session plénière du Parlement européen.

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Mardi 13 janvier, près de tracteurs de la FNSEA et des Jeunes Agriculteurs sont entrés dans Paris peu avant 6 heures. Les manifestants ont passé la journée devant l’Assemblée nationale.
Mardi 13 janvier, près de tracteurs de la FNSEA et des Jeunes Agriculteurs sont entrés dans Paris peu avant 6 heures. Les manifestants ont passé la journée devant l’Assemblée nationale. - © Actuagri / CS

La colère agricole n’a pas commencé à Paris. Durant toute la semaine précédente, les feux de la colère se sont succédé aux quatre coins du département, malgré les intempéries. Pas moins d’une cinquantaine de tracteurs s’étaient donné rendez-vous dans la soirée du jeudi 8 dans le centre-ville de Compiègne pour déverser du fumier devant les grilles de la sous-préfecture. «Laissez-nous travailler», a clamé Luc Smessaert, vice-président FNSEA et président de la Chambre d’agriculture de l’Oise.

Le lendemain vendredi 9 janvier, la FDSEA et JA 60 ont lancé une opération péage gratuit sur les sorties de l’A1 à Ressons, Compiègne-Ouest, Pont-Sainte-Maxence, et de l’A16 à Beauvais-Nord. «Avec le traité UE/Mercosur, la France va laisser entrer n’importe quoi sur son territoire, sans droit de péage. Alors, nous aussi, on supprime les péages dans l’Oise».

De même, une vingtaine de tracteurs s’est rendue en centre-ville de Beauvais pour déverser du fumier devant la préfecture et distribuer des pommes de terre pour «échanger avec les habitants.» «La Commission européenne veut passer en force et signer le traité le plus tôt possible. Madame von der Leyen se fiche de l’agriculture française et européenne et n’a aucun scrupule à la sacrifier !» a lancé Régis Desrumaux, président de la FDSEA de l’Oise, sur le rond-point de l’échangeur nord de l’A16, investi par les tracteurs, et sur lequel des pneus ont été déversés.

À Paris pour réclamer du «bon sens»

L’accord des pays européens sur le Mercosur entériné dans la journée du 9 janvier n’a pas entamé la détermination des opposants au traité. Mardi 13, pas moins de 400 tracteurs – parmi lesquels une centaine en provenance de Picardie – déferlaient dans les rues de Paris et se sont rejoints devant l’Arc de triomphe puis devant l’Assemblée nationale, à l’appel de la FDSEA du Grand Bassin parisien. Les agriculteurs et les représentants syndicaux ont perpétré plusieurs actions – près de 20 tonnes de pommes de terre ont notamment été déversées sur le pont de la Concorde, face au palais Bourbon – et pu s’entretenir avec différentes personnalités politiques venues à leur rencontre, comme l’ancien et éphémère premier ministre Michel Barnier, le sénateur et président des LR Bruno Retailleau, ou encore le vice-président de l’Assemblée nationale, Sébastien Chenu (RN).

Outre la dénonciation du traité de libre-échange avec les pays d’Amérique du Sud, «on y est aussi allé pour obtenir des avancées concrètes pour nos exploitations», insiste Régis Desrumaux. En restant bivouaquer le soir du 13 dans la capitale, le président de la FDSEA de l’Oise a réussi à interpeller la ministre de l’agriculture Annie Gennevard : «Il y a deux ans étaient signés des prêts de restructuration pour soutenir les exploitations les plus en difficultés. La signature du premier d’entre eux a eu lieu dans notre département. Or, ça s’est avéré n’être que de la poudre aux yeux ! Aucun soutien n’a été versé car les critères sont beaucoup trop restrictifs. La ministre a accepté d’assouplir ces critères pour permettre aux banques de verser les prêts.»

Mobilisation à Strasbourg le 20 janvier

En fin de journée, le Premier ministre Sébastien Lecornu a tenté d’apaiser la situation en promettant une loi d’urgence agricole. «J’ai demandé à la ministre Annie Gennevard de préparer pour le Salon de l’agriculture une loi d’urgence agricole autour de plusieurs priorités : eau, prédation, moyen de production», a-t-il posté sur le réseau social X.

Dans ses annonces, le premier ministre reconnait la complexité d’application des règles sur les nitrates. «Je suis prêt à demander à la Commission européenne de faire évoluer le cadre existant, en prenant en compte l’agronomie et le bon sens.» D’ici là les préfets pourront user de dérogations. «On a d’ores et déjà pris rendez-vous dans les prochains jours avec notre préfet (Jean-Marie Caillaud, ndlr) pour discuter de dérogations concernant, entre autres, les calendriers d’épandages ou encore les interdictions de labour», indique Régis Desrumaux. En attendant, la FNSEA appelle à une mobilisation le 20 janvier à Strasbourg avec, pour l’Oise, deux bus au départ de Beauvais et Arsy, histoire de maintenir la pression sur le Parlement européen, réuni en session, qui lui peut encore refuser de ratifier l’accord Mercosur, avec un seul mot d’ordre : «Ne lâchons rien !»

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