L'Oise Agricole 24 septembre 2026 a 10h00 | Par Pierre Poulain

Les fermes cumulent sécheresse et endettement

Réuni à Beauvais, le Caf de l’Oise a fait le point sur la situation des exploitations agricoles du département. Sécheresse, difficultés de la filière betteravière et endettement croissant dessinent une année particulièrement dégradée.

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Le Caf de l’Oise a fait le point sur la situation des exploitations agricoles.
Le Caf de l’Oise a fait le point sur la situation des exploitations agricoles. - © PP

La réunion du Caf de l’Oise, tenue à Beauvais, a permis de mesurer l’ampleur des difficultés que traversent les exploitations agricoles du département. Plus de 47.000 hectares de cultures ont été sinistrés (sécheresse, orages de juin, etc.), pour plus de 1.000 déclarations enregistrées à la mi-septembre. Le maïs est la culture la plus touchée, avec près de 5.800 hectares concernés et plus de 1,5 million d’euros d’indemnisation attendus. La betterave sucrière, le colza et les cultures d’automne suivent, avec respectivement 6.800, 7.700 et plus de 18.000 hectares touchés. Sur les 3,5 millions d’euros provisionnés par Groupama au titre de l’assurance multirisque climatique, 573.000 € ont pour l’instant été versés, ce qui inquiète les exploitants dans l’attente des acomptes de fin d’année.

La filière betterave concentre les tensions les plus vives. Les sucreries réduisent leurs prévisions de collecte et refusent des livraisons jugées non conformes, ce qui pénalise des trésoreries déjà fragiles. Pour le maïs, on évoque une production tombée d’environ 160.000 à 65.000 tonnes, et un doublement des provisions pour impayés, équivalent à une baisse de dix euros par tonne du prix versé aux adhérents.

Les indicateurs de la MSA confirment cette dégradation : le nombre de déclarations de revenus non retournées progresse depuis cinq ans, tout comme celui des cotisants débiteurs, ce qui prive certains agriculteurs de prestations maladie ou retraite. Les demandes d’échelonnement de paiement restent limitées malgré l’ampleur des difficultés.

Les experts-comptables de CerFrance notent qu’en dehors du blé, à peu près stable, toutes les productions reculent, avec des marges en baisse de dix à vingt points selon les filières. Le résultat net moyen d’une exploitation céréalière de l’Oise est ainsi passé de - 7.000 euros en 2025 à environ - 16.000 euros cette année, avec une impasse de trésorerie proche de 40.000 euros. L’endettement accumulé depuis 2023 empêche désormais tout rebond, y compris pour des exploitations jusque-là solides. Quelle que soit la typologie de l’exploitation, se pose la question du financement du cycle de production à venir. On craint déjà une prochaine récolte limitée. Or, il est impératif pour beaucoup de réussir la prochaine campagne afin de retrouver une dynamique vertueuse.

À titre d’exemple, sur environ 2.000 adhérents, Agora signale suivre 200 dossiers jugés préoccupants et une trentaine très difficiles à redresser. Un impact psychologique croissant est aussi relevé, certains exploitants envisageant d’arrêter leur activité faute de revenu correct. Un constat partagé par les autres coopératives.

Pour Jean-Marie Caillaud, préfet de l’Oise, le plan Casi présenté au début du mois par la ministre de l’Agriculture et qui se déploie localement, «n’a pas vocation à régler les problèmes structurels d’une exploitation» mais à «éviter le cataclysme». «On met en place des rustines, ce milliard ne résoudra pas tous les problèmes. Pour ça, il nous faudra revoir notre modèle agricole. En attendant, tout l’esprit de ce plan d’urgence est d’inciter les agriculteurs à demander de l’aide. Il n’y a pas de honte à avoir des difficultés.»

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