Pré’Ad : «La situation est inadmissible»
Régis Desrumaux vient d’être élu à la tête de la FRSEA Hauts-de-France. L’un de ses premiers dossiers est brûlant : le retard accumulé par la Région dans le traitement des dossiers Pré’Ad, un dispositif d’aide à l’investissement agricole qui permet aux exploitants de financer constructions de bâtiments et achats de matériels spécifiques. Entre trésoreries tendues, projets à l’arrêt et agriculteurs à bout de nerfs, le nouveau président syndical monte au créneau.

Le retard de traitement des dossiers Pré’Ad par la Région est votre premier grand dossier depuis votre élection. Quelle est l’ampleur du blocage aujourd’hui ?
Il y a eu beaucoup de retard dans l’instruction des dossiers. Un problème d’outil informatique, qui n’était pas au point, a impacté à la fois le traitement des dossiers et les paiements. Tout ça a généré du retard. Tout n’est pas de la faute de la Région, mais on voit clairement qu’il va falloir y mettre plus de personnel. En tout cas, nous, à la FRSEA, on a une position de fermeté totale sur ce dossier.
Nous avons eu une réunion hier avec Marie-Sophie Lesne, vice-présidente en charge de l’agriculture au Conseil régional. On était là, FRSEA et les cinq fédérations départementales, et on a affirmé notre position. Marie-Sophie Lesne s’est engagée à remettre des personnes supplémentaires sur ces dossiers pour rattraper le retard et régulariser les paiements. On va avoir un suivi mensuel : chaque mois, on exige un état des lieux des dossiers instruits, des conventions envoyées, des dossiers mis en paiement. C’est non négociable.
Concrètement, quelles sont les conséquences pour un agriculteur qui attend sa subvention depuis des mois ?
Il y a plusieurs cas de figure. D’abord ceux qui attendent un paiement : c’est une vraie tension de trésorerie. Ils doivent aller chercher des crédits court terme, contracter des emprunts pour compenser l’absence de subvention. Ensuite, il y a ceux dont le dossier est en attente de traitement, sans savoir s’ils rentrent dans les critères. Et là, avec l’inflation, attendre six mois de plus, c’est prendre le risque de voir son projet renchérir de quelques points de pourcentage. Et puis il y a une vraie lassitude. Des agriculteurs qui ont lancé un projet il y a deux ou trois ans, qui n’ont toujours pas de retour, qui téléphonent toutes les semaines... Certains ont purement et simplement abandonné leur projet. C’est ça la réalité, et c’est inadmissible.
Comment expliquez-vous cette «panne» administrative ?
D’abord, il faut reconnaître que le Pré’Ad est victime de son succès. C’est un bon dispositif : il accompagne concrètement les agriculteurs dans leurs projets d’investissement, que ce soit pour des bâtiments ou du matériel spécifique. La demande a été forte. Mais à côté de ça, c’est aussi un travers bien français : on demande toujours aux agriculteurs d’être réactifs à 300 %, mais parfois, derrière, ça ne suit pas. C’est ce qu’on a dénoncé. La Région prend conscience qu’il y a des choses qu’elle peut maîtriser, et d’autres — comme l’outil informatique — qui lui ont échappé. Mais la prise de conscience est là, et c’est ce qui nous permet d’espérer que le retard sera rattrapé cette année.
Si les retards persistent, quelles actions la FRSEA est-elle prête à engager ?
On aura cette fermeté, c’est sûr. Je peux vous assurer que tous les départements sauront mettre la pression et se mobiliser si ça n’évolue pas dans le bon sens. Ce ne sera pas du juridique dans un premier temps, mais des actions syndicales. Et il y a aussi un message clair à faire passer à la Région : quand un agriculteur est contraint de souscrire un crédit court terme à cause du retard de paiement, il y a des frais, des intérêts. Ces frais-là, c’est la Région qui devra les prendre en charge. Que ce soit bien clair.
Xavier Bertrand se dit allié du monde agricole. Si vous l’aviez en face de vous aujourd’hui, que lui diriez-vous ?
On voit bien que le Conseil régional est aux côtés des agriculteurs, ça, il n’y a pas de doute. Mais sur le Pré’Ad, sur ces dossiers précisément, la région pèche — et la réalité, elle est là. On a eu l’engagement hier de Marie-Sophie Lesne que les problèmes avaient été identifiés et qu’ils allaient y remédier au plus vite. Alors nous, on attend de voir. On a dénoncé, on a proposé des choses, on va travailler côte à côte avec les services techniques de la Région pour fluidifier les process, et on sera d’une vigilance extrême sur le suivi. Chaque mois, je veux les chiffres sur mon bureau.
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