«J'ai encore la gniaque pour continuer !»
Régis Desrumaux entame son troisième mandat à la tête de la FDSEA de l'Oise. L'occasion de brosser avec lui la situation agricole du moment, alors que le Salon de l'agriculture s'est terminé dans une ambiance morose et que se profile le congrès de la FNSEA fin mars.

La présidente de la Commission européenne vient d'annoncer l'application provisoire du traité de libre-échange avec les pays du Mercosur, malgré l'opposition de la France. Quelle est votre réaction ?
Régis Desrumaux : Connaissant Ursula Von der Leyen, ce n'est qu'une demi surprise, elle est capable de tout ! Elle n'a jamais été élue et roule clairement pour l'Allemagne. Ce qu'elle vient de faire est un véritable déni de démocratie, elle piétine clairement les pays européens dont la France, opposée à ce traité. Cela en dit long sur le fait que la France ne pèse plus rien, mais n'enlève en rien la colère des agriculteurs. Je le dis : c'est loin d'être terminé. Nous surveillerons l'application qui en sera faite et bien courageux sera celui qui mettra en rayon de la viande sud-américaine ou l'affichera sur son menu, restaurant ou cantine. Nous sommes en cours de réflexion sur des actions à mener.
Un mot sur le Salon de l'agriculture qui vient de se clôturer ?
RD : Sans bovins, l'ambiance a été très particulière au salon cette année, marqué par une forte baisse de fréquentation. On voyait bien que les agriculteurs ont pour beaucoup le moral dans les chaussettes et pourtant, le Sia reste un formidable outil de communication et l'occasion de faire découvrir au grand public nos productions, animales et végétales, ainsi que toutes nos spécialités. Ont d'ailleurs été organisées deux visites pour les responsables de l'Oise, préfet, administrations, Conseil départemental, puis députés. Cela nous a permis d'échanger avec eux dans un autre contexte et de faire passer nos messages.
Vous venez d'être réélu pour un troisième mandat à la tête de la FDSEA de l'Oise. Qu'est-ce qui vous a motivé à rempiler ?
RD : Défendre mon métier et les agriculteurs de l'Oise est toujours mon ADN. Je suis révolté contre les injustices que je vois en agriculture, qu'elles se situent dans l'Oise ou au niveau national. C'est cela qui me motive à poursuivre mon engagement. Je le vois bien : seul, on ne peut rien faire. Il n'y a que collectivement que les agriculteurs peuvent espérer peser. Si on n'arrive pas à fédérer autour de soi, on est mort. J'ai encore la gniaque ! Le jour où je ne l'aurais plus, j'arrêterai ! Car gérer ma ferme et être président de fédé, c'est beaucoup de temps et d'énergie à déployer.
Quels ont été les éléments les plus marquants du mandat qui vient de s'achever ?
RD : D'abord, les blocages sur les autoroutes A 16 et A 1 en 2024 restent gravés dans ma mémoire, c'étaient des moments très forts où nous étions portés par un sentiment d'unité et motivés comme jamais. Cette période a agi comme un déclic sur l'opinion publique qui a pris conscience de la nécessité de préserver notre autonomie alimentaire.
Ensuite, au niveau départemental, j'ai eu à suivre les dossiers de plusieurs adhérents confrontés à des difficultés et à devoir monter au créneau pour les défendre. Je pense ainsi à l'emblématique affaire Vincent Verschuere, mais pas seulement, il y a tant de nos collègues qui sont dans des situations compliquées.
Enfin, au niveau du réseau national FNSEA, lors du congrès 2025, j'ai entendu s'exprimer tous les présidents de région venus exposer leurs difficultés : zones intermédiaires, montagne, agriculture péri-urbaine, viticulture... On réalise alors que chacun dans son département se bat avec le même engagement et la volonté de faire contrepoids aux décisions réglementaires et politiques qui nous concernent. Je trouve que la FNSEA évolue depuis ce dernier congrès vers une nouvelle approche, plus à l'écoute des départements, et je m'en réjouis.
Comment vous projetez-vous sur ce nouveau mandat (contexte et difficultés, dossier Oise plus impactant sur l'ensemble des exploitations) ?
RD : J'y vais à 300 km/h ! Sinon, j'arrête tout ! Je ne suis pas encore découragé : il faut continuer à tenir les lignes pour les agriculteurs de l'Oise, dont beaucoup vont prendre leur retraite dans les années à venir, mais aussi pour tous les jeunes qui veulent faire ce métier. Nous ne devons laisser personne en souffrance et installer un maximum de jeunes. Et pourtant, par rapport à d'autres, nous sommes un petit département en nombre d'actifs. Mais, au niveau FNSEA, quand l'Oise parle, elle est écoutée, et quand elle agit, elle est regardée.
Comment voulez-vous organiser le travail des responsables FDSEA pendant ce troisième mandat ? Avez-vous pris quelques (bonnes) résolutions en ce sens ?
RD : Je ne sais pas avancer tout seul, j'ai besoin d'avoir avec moi un bureau et un conseil d'administration qui s'investissent. Je suis un loup qui chasse en meute ou un rugbyman qui a besoin des quatorze autres pour faire équipe. Chacun des élus de la FDSEA de l'Oise, que ce soit au niveau des SEA ou des sections, doit prendre ses responsabilités et savoir mobiliser et soutenir ses voisins.
Parfois, je me fais malmener par des adhérents, mais c'est utile d'avoir le ressenti des autres.
Et puis les élus peuvent s'appuyer sur des équipes de collaborateurs, à l'animation syndicale, au service juridique et à la main-d'oeuvre. C'est grâce à leur travail quotidien que les adhérents trouvent des solutions à leurs problèmes, sont accompagnés dans leurs démarches, conseillés dans leurs décisions.
Quels en seront, selon vous, les dossiers prioritaires ?
RD : Il y a bien entendu les dossiers de nos adhérents, mais aussi tous les combats syndicaux du moment. Je pense d'abord au Mercosur, au MACF (mécanisme d'ajustement carbone aux frontières), puis à la directive nitrates dont l'application française (Pan 7) et régionale (Par 7) est proprement inadmissible tant elle est déconnectée des pratiques possibles. Un mot également sur la future mouture de la Pac. Le grand bassin parisien et particulièrement les Hauts-de-France ont depuis 40 ans beaucoup perdu de soutiens, 40 %. Il est hors de question que cela perdure.
Sans oublier les dégâts de gibier et notamment de sangliers, dont les populations augmentent.
Les assemblées de SEA se sont terminées juste avant votre élection. Comment vont les agriculteurs de l'Oise ?
RD : J'ai clairement ressenti les difficultés financières qui frappent de nombreuses exploitations du département et ce, dans toutes les productions. On va me dire que l'élevage va mieux depuis deux ans. C'est vrai, mais après 40 ans de disette ! Et voilà que le prix du lait repart à la baisse.
Les agriculteurs de l'Oise sont moroses, mais restent malgré combatifs, ils ne veulent pas mourir en silence. C'est d'ailleurs là que je puise toute ma motivation pour continuer à me battre. On n'est pas toujours d'accord sur tout, ils me le disent droit dans les yeux, on peut en débattre. Il y a toujours de la loyauté et de la franchise entre nous.
Qu'attendez-vous du prochain congrès FNSEA ?
RD : Ce congrès sera particulier car nous sommes dans une année élective où le renouvellement s'est d'abord fait dans les départements. Les nouveaux élus font remonter à la FNSEA leurs problématiques et même si nous ne sommes pas concernés par l'ours et les vautours, entendre les collègues évoquer leur situation nous remue à chaque fois. Chacun doit bien comprendre qu'avoir un réseau aussi développé que la FNSEA dans chaque région et chaque production est une chance quand il s'agit de se faire entendre au niveau national. Seule la FNSEA a les services capables d'examiner les réglementations, d'écrire des propositions de loi et d'aller les défendre à Matignon ou à l'Élysée. La FNSEA fait le job qu'on attend d'elle, même si nos décideurs polititques ne sont pas à la hauteur de nos attentes. J'en profite pour dire que je trouve inadmissibles les attaques personnelles que subit Arnaud Rousseau alors qu'il doit être respecté comme toute personne. Il a été élu démocratiquement et il le sera peut-être à nouveau au prochain congrès.
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