«Le lait, pour l’instant indispensable à la réussite de mon installation»
À 25 ans, Thibault Antrope est installé depuis décembre dernier avec son père, à Rémécourt, près de Clermont, sur une exploitation de polyculture-élevage laitier.

«Je ne suis clairement pas passionné par l’élevage, mais je commence à y prendre goût ; force est de constater qu’aujourd’hui, même si le prix du lait est à la baisse, c’est toujours plus intéressant que du blé», reconnaît le tout jeune installé. Il a repris seul une exploitation de 55 ha ainsi que les parts de sa mère Véronique dans la SCEA familiale, qu’il partage dorénavant avec son père Jean-Claude. «J’ai une sœur jumelle, Eugénie, qui est infirmière, et nos parents ont bien fait les choses, mon installation n’a posé aucune difficulté familiale», précise Thibault Antrope.
Le jeune homme a attrapé le virus agricole dès l’enfance et il n’a jamais envisagé une autre profession. Son parcours scolaire en témoigne : un BPREA (brevet professionnel de responsable d’entreprise agricole) au lycée d’Airion, en apprentissage chez Jean-Baptiste et Nicolas Fourdrain, à Allonne, puis entrée dans la vie active. «Je suis devenu salarié sur l’exploitation familiale et, en même temps, je travaillais pour une entreprise de travaux agricoles à Barisseuse où j’ai pu effectuer de nombreux chantiers : arrachage de betteraves, ensilage, épandage... Même aujourd’hui, au besoin, j’y travaille toujours.»
Parcours d’installation
Le jeune homme songe rapidement à s’installer et entame son parcours, sa mère souhaitant quitter la SCEA. Il apprécie le stage 21 heures «où j’ai appris pas mal de choses et où j’ai pu échanger avec d’autres candidats à l’installation. Je l’ai fait avec deux autres jeunes de mon secteur, c’était vraiment un bon moment.»
Dans son projet, se pose la question du maintien de l’élevage laitier qui ne l’enthousiasme pas. «J’aurais pu abandonner les 45 laitières, mais il aurait fallu les remplacer par une soixantaine de vaches allaitantes. Certes, il n’y a pas la traite matin et soir, mais cela nécessite quand même un travail quotidien. J’ai donc choisi de garder le troupeau laitier et j’ai même reçu un quota de 150.000 l de lait en plus sur trois ans», expose Thibault. Et puis les chiffres sont là : la trésorerie apportée par l’activité laitière est indispensable au jeune installé.
La SCEA exploite 134 ha dont la majorité (127 ha) en terres labourables : blé, colza, betteraves sucrières (6 ha), escourgeon, pois de printemps et maïs ensilage pour le troupeau composent l’assolement. 7 hectares de pâtures éloignées permettent la production de foin et accueillent les génisses. En plus d’exploiter la ferme familiale, le père de Thibault a créé une entreprise de travaux agricoles pour effectuer de la prestation de services sur une autre exploitation, activité que le jeune homme garde tant que la demande existe, «mais rien n’est jamais certain.»
Ce qui est sûr, c’est que son père envisage de prendre sa retraite en 2027 et Thibault se retrouvera alors seul aux commandes. Il rachètera les parts de son père, le corps de ferme et la maison d’habitation. «Cela me conforte dans l’idée de garder la production laitière pour le moment», confie-t-il.
Main-d’œuvre
Pour l’instant, c’est essentiellement le père de Thibault qui se charge de la traite le matin et très souvent le soir, «quand je suis en plaine et que je ne peux pas revenir à temps», admet le jeune homme. Dans les premiers temps de sa retraite, il espère que son père continuera à assurer au moins une traite, mais il sait qu’il devra trouver des solutions à terme. «Comme il y a de bonnes chances que je garde le troupeau et si je veux faire le quota qui m’a été attribué, je devrais sans doute agrandir le bâtiment existant pour loger plus de vaches. Mais je ne suis pas très loin d’une ligne haute tension et je ne sais pas si je pourrais obtenir un permis de construire, il faudra que je me renseigne.»
Il s’interroge également sur la modernisation de la salle de traite en 1x4 d’un côté et 1x5 de l’autre. «On ne pouvait agrandir que d’un côté, sinon il fallait casser le mur», sourit-il. Il se prend à rêver d’un robot dans les années à venir, histoire de se décharger d’un emploi du temps qui va devenir de plus en plus lourd lorsque son père lèvera le pied. Entre les deux traites, le travail en plaine, l’entreprise de travaux agricoles, difficile de tout faire seul.
En attendant, il envisage très sérieusement de prendre un jeune en apprentissage et l’a peut-être déjà trouvé : «il est en CAP agricole à Airion et cherche un maître d’apprentissage. J’ai moi-même été apprenti, je dois maintenant permettre à d’autres jeunes de se lancer dans le métier.»
Il tient à continuer de chasser l’hiver, de se garder du temps libre le week-end pour se reposer et voir ses amis et surtout réserver une semaine de vacances pour les sports d’hiver. Pour cela, il promet d’être encore plus éleveur !
Engagements
Avant ses 18 ans, Thibault Antrope était déjà adhérent à JA 60 et il s’est investi dans le canton de Saint-Just-Maignelay en tant que vice-président, puis a été élu président en décembre dernier. «C’est important de défendre notre métier ensemble au sein de JA. Dernièrement, nous avons été manifester devant ma laiterie, Lactalis, à Clermont et j’ai été ravi de voir que les JA du Valois étaient là. C’est cela la solidarité entre jeunes», apprécie-t-il. Sans compter la convivialité qui entoure toutes les rencontres syndicales. «Adhérer à JA, c’est avoir des informations régulières ur le métier et s’organiser pour faire entendre notre voix !»
Thibault en profite pour annoncer la soirée du 18 avril à la salle des fêtes de Lieuvillers. Repas jambon à la broche, entrée et une boisson à 30 €, 15 € l’entrée seule. Il est à la recherche de sponsors («cela permet de rencontrer des personnes») et se félicite de la participation aux actions des JA du secteur, «très motivés».
Enfin, Thibault vient tout juste d’être élu au conseil municipal de Rémécourt dont l’installation est prévue ce vendredi 20 mars.
64 votants, mais quand même deux listes au départ ! «C’est important de s’investir dans sa commune quand on est agriculteur, histoire d’éviter des aménagements routiers qui ne tiennent pas compte du gabarit des matériels agricoles.»
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