L'Oise Agricole 18 juin 2026 a 07h00 | Par Pierre Poulain

Transmettre, protéger, aménager : la Safer Hauts-de-France garde le cap vers 2030

Réunie en assemblée générale le 12 juin à Noyon sous la présidence de Benoît Thilliez, la Safer Hauts-de-France a organisé une table ronde sur le thème «Cap vers 2030 : continuer à transmettre et installer, protéger et aménager». Les représentants des comités techniques départementaux ont surtout dressé le bilan à mi-parcours de leur programme d’activité et rappelé les multiples missions de l’organisme.

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Sur le terrain, les résultats dépassent les prévisions : la Safer visait 700 hectares mobilisés pour l’installation en 2025, elle en a finalement attribué 1.500, en grandes cultures, vigne, maraîchage biologique ou arboriculture. La moitié de ces surfaces revient à de nouveaux exploitants. Sur le reste, Christophe Brancourt (Aisne) détaille : «20 % renforcent des structures de taille moyenne, le solde accompagne des fermiers déjà installés, parfois pour apaiser un différend avec leur propriétaire où on joue notre rôle de pompier», résume-t-il. Dans l’Aisne, son département, 800 vignerons exploitent 3.300 hectares à des prix pouvant atteindre 900.000 euros l’hectare : la Safer y privilégie les petites parcelles vendues à des vignerons locaux plutôt qu’à des investisseurs extérieurs. Pour financer l’installation, elle propose aussi du portage à des investisseurs hors agriculture, encadrés par un cahier des charges de vingt ans.

Vigilance environnementale
Protéger l’environnement n’est pas une option mais une obligation inscrite au code rural, renforcée par la loi biodiversité du 8 août 2016 et son principe «éviter, réduire, compenser». Depuis 1999, la Safer dispose d’un droit de préemption à vocation environnementale : 10 % des surfaces attribuées dans la région répondent à cet objectif. «Beaucoup d’agriculteurs ignorent le classement environnemental de leur propre territoire», relève Damien Carlier (Nord), qui rappelle l’obligation de maintenir en bio des terres déjà converties, une contrainte qu’un marché biologique en recul rend difficile à tenir.
L’organisme s’appuie sur des partenariats anciens, avec le Conservatoire du littoral face au recul du trait de côte ou le Conservatoire d’espaces naturels dans la vallée de l’Oise, en privilégiant le bail plutôt que la cession définitive. Depuis 2022, une convention avec CDC Biodiversité oriente une vingtaine d’hectares par an vers la compensation environnementale, avec une priorité affichée : réserver les meilleures terres à la production. Le contrôle des cahiers des charges a aussi été renforcé, de 5 à 10 % des dossiers.
Côté régulation du marché, la Safer reçoit plus de 20 000 notifications de vente par an, mais la préemption ne représente que 9 % de son activité, l’essentiel se réglant à l’amiable. Jérôme Muselet (Pas-de-Calais) distingue la préemption simple, «pour sécuriser un fermier menacé de perdre ses terres», de la préemption avec révision de prix, «pour freiner une inflation parfois alimentée par des acheteurs non agricoles». «Ces décisions, prises en comité technique, restent couvertes par une charte de confidentialité signée par chaque administrateur», ajoute-il.

Aménager les territoires, accompagner les projets
Avant toute convention avec une collectivité, la Safer pose un cadre rappelant la nécessité de préserver les terres agricoles. Près de 300 conventions sont en vigueur, contre 250 en 2022, et les équipes reprennent contact avec les nouvelles municipalités élues. Le chantier du canal Seine-Nord Europe l’occupe depuis vingt ans : le stock foncier nécessaire a été constitué, les travaux ont démarré, notamment dans l’Oise. D’autres dossiers mobilisent déjà du foncier, des routes aux data centers, signe que la pression persiste malgré le ralentissement de l’artificialisation.
Interrogé sur la loi Sempastous, qui encadre depuis 2023 les cessions de parts de sociétés agricoles, Olivier Varlet (Oise) rappelle que «l’avis de la Safer reste consultatif : la décision finale revient au préfet.»

Activité 2025 dans l’Oise

2.840 ventes réalisées pour 6.911 ha.
65 % concernent le marché agricole.
660 ha acquis en 51 actes.
6 conventions de réserves foncières avec les collectivités locales et territoriales pour 905 ha (dont 597 ha dédiés au Canal-Seine-Nord Europe)
Près de 165 candidatures enregistrées pour des attributions de biens
649 ha en 60 actes
12 projets d’installation des jeunes agriculteurs accompagnés (46 % des surfaces) dont 67 % en polyculture-élevage.

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