L'Oise Agricole 21 mai 2026 a 07h00 | Par Pierre Poulain

«Nos sols à vau-l'eau : agissons !»: le lycée d'Airion rend compte d'une année de travail

Le 12 mai, le lycée agricole d'Airion a organisé la restitution d'un projet pédagogique financé par l'Agence de l'eau Seine-Normandie. Pendant une année scolaire, 180 élèves de formations différentes ont travaillé ensemble sur la préservation des sols et de la ressource en eau.

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«On avait des élèves de formations très différentes qui partagent un même territoire. On s'est dit qu'il fallait trouver une thématique qui leur permette de travailler ensemble», explique Angélique Prins, professeure en agronomie et organisatrice du projet. L'érosion des sols et le ruissellement s'y prêtaient parfaitement : dans une région dominée par les grandes cultures, ces phénomènes ont des conséquences directes sur les rivières, la qualité de l'eau et les rendements agricoles.
Le projet a été rendu possible grâce à un partenariat éducatif avec l'Agence de l'eau Seine-Normandie. Ce cadre impose des conditions précises : sensibiliser un minimum de 100 élèves et travailler avec des acteurs locaux. Le lycée a largement fait plus, avec 180 élèves impliqués et un réseau de partenaires étendu - syndicats de rivière (Syndicat Mixte Oise Aronde, syndicat de la Nonette, syndicat de la Brèche), fédération de pêche de l'Oise, AgroTransfert, Adopta, CAUE, Agence Bio Hauts-de-France, et les coopératives Noriap et Agora. «C'est un projet réellement multi-partenarial», résume Angélique Prins.
Concrètement, les élèves ont suivi sept séquences pédagogiques entre septembre 2025 et mai 2026 : projection d'un film sur les pratiques agricoles durables, rencontres avec des acteurs de l'eau, ateliers sur le fonctionnement des sols et chantiers de terrain. Chaque classe a choisi des activités en lien avec sa formation : installation de fascines, plantation de haies, suivi d'intercultures, reconception de systèmes de cultures, lutte contre le tassement des sols.

De la peupleraie à la zone humide
À l'atelier «mares et zones humides», deux élèves de terminale GMNF, Adam Boilland et Hector Fromont, ont guidé les visiteurs sur un site en pleine transformation. «Jusqu'en 2020, l'endroit était une peupleraie. Après l'abattage des arbres, quatre mares ont été creusées en 2021. Depuis, la biodiversité a progressivement repris ses droits.»
Les deux élèves ont présenté les espèces végétales présentes : consoude, reine des prés, massette, grande prêle, aulne. Ils ont aussi signalé la découverte récente d'une espèce exotique envahissante, l'aster américain, qui forme déjà un tapis préoccupant sur le site. Pour la faune, des comptages annuels réalisés avec le CTIE révèlent la présence de tritons palmés, crêtés et ponctués, ainsi que de libellules et demoiselles.
Les élèves assurent eux-mêmes une partie de l'entretien : fauche en septembre et novembre, arrachage des rejets de peupliers, introduction progressive d'aulnes pour remplacer les peupliers moins favorables à la biodiversité. Ils gèrent aussi des arbres taillés en têtard, «une technique qui crée des cavités et des abris appréciés par les rapaces nocturnes.» Adam résumait l'enjeu simplement : «Pour certains riverains, ce n'est pas assez esthétique. Pour nous, on sait que ce type de milieu abrite une grande diversité d'espèces, même s'il peut paraître moins soigné.»

Ralentir l'eau, retenir la terre
À l'atelier «cours d'eau et fascines», l'enseignant en BTS aménagements paysagers Jean-Christophe Vanbreugel a expliqué le principe des fascines. «Une fascine, c'est une structure en bois tressé, fagots de branches liés et maintenus par des pieux, installée perpendiculairement au sens du ruissellement pour ralentir l'eau et retenir les sédiments. L'eau qui passe derrière la fascine ressort à peu près limpide.»
La technique fonctionne aussi dans la durée. Les pieux, plantés en saule de préférence, s'enracinent au contact de la terre et de l'eau. La fascine morte se transforme progressivement en haie vivante, qu'il suffit d'entretenir en rechargeant régulièrement avec du bois pour compenser la dégradation naturelle du matériau.
Sur le chantier réalisé par les élèves, 35 mètres linéaires ont été posés en trois jours, avec une cinquantaine d'élèves. Le bois utilisé était du saule, disponible directement sur place en bordure de cours d'eau. Jean-Christophe Vanbreugel est lucide sur les limites de la technique à grande échelle : «C'est très chronophage. Je ne suis pas certain que ce soit compétitif en milieu professionnel. Mais ça a fait ses preuves, et en contexte pédagogique, c'est irremplaçable.»

Couvrir le sol pour le protéger
L'atelier agroéquipement s'est déroulé directement sur la parcelle en agriculture biologique de l'exploitation du lycée. Samuel Quinton, enseignant en agronomie, a organisé la démonstration avec ses élèves de terminale STAV option agroéquipement, dans le cadre du club ferme du lycée.
La technique présentée : le sursemis de trèfle blanc dans du blé, réalisé le 9 mars. Les élèves ont d'abord présenté les principales adventices présentes dans la parcelle, capselle bourse-à-pasteur, vulpin des champs, ray-grass, avant d'expliquer l'intérêt du trèfle blanc. 
Semé à la volée à 2,5 kilogrammes par hectare avec un épandeur centrifuge, le trèfle s'est bien installé grâce à quelques millimètres de pluie dans les jours suivant le semis. Légumineuse, il fixe l'azote de l'air via des bactéries logées dans ses racines, ce qui réduit le recours aux engrais pour la culture suivante, ici de l'avoine de printemps.
«En bio, l'azote est le facteur limitant du rendement. Mais même en conventionnel, l'autonomie en azote va devenir un enjeu croissant. On est content d'avoir avancé sur ça», contextualise Samuel Quinton. 
Le couvert végétal joue aussi un rôle direct sur l'érosion : en maintenant le sol couvert entre deux cultures, il limite le ruissellement et fixe les particules de terre sur des parcelles où la pente favorise les phénomènes d'emportement.
Eglantine Ducly, étudiante en BPREA, a présenté une variante plus précise : le sursemis de luzerne dans de l'épeautre, réalisé avec un semoir à disques travaillant à 4 centimètres de profondeur. 
«La graine est placée directement dans le sol humide, ce qui fiabilise beaucoup la levée par rapport au semis à la volée», expliquait-elle. La luzerne, maintenue trois à quatre ans sur la parcelle, sera fauchée et déshydratée à usage animal, offrant un débouché pérenne en complément de l'intérêt agronomique.
«C'est la première année qu'on mène ce projet d'envergure, reconnaît Angélique Prins. Mais les résultats sont là. Des mares vivantes, des fascines en place, des couverts végétaux qui repoussent, des élèves capables d'expliquer à des adultes pourquoi et comment ils agissent sur leur territoire. Le projet a aussi renforcé des liens entre des formations qui, dans un lycée agricole, coexistent parfois sans vraiment se croiser. Des élèves en GMNF ont parlé de ruissellement avec des étudiants en agronomie. Des apprentis paysagistes ont réalisé des chantiers sur des cours d'eau que d'autres élèves suivent depuis la salle de classe.»

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