L'Oise Agricole 05 février 2026 a 08h00 | Par Stéphane Lefever

Une conjoncture défavorable aux céréaliers

Lors de l’assemblée générale de Cerfrance, plusieurs ateliers ont permis de faire le point sur les productions agricoles, notamment celles des céréaliers. Comment se préparer à la prochaine récolte qui s’annonce avec beaucoup d’incertitudes, notamment au niveau des engrais et sans vision de prix. Essayons de faire le point.

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- © Bernard Leduc

Après des rendements records en 2025 et une qualité au rendez-vous, les prix de marché sont au plus bas et les charges restent élevées. La dernière récolte s’est faite dans de bonnes conditions : rendements, qualité des céréales et des oléoprotéagineux, météo favorable.
Dans un contexte économique mouvant, les repères mondiaux ont été perturbés, que ce soit au niveau de la production mondiale, de la parité euro/dollar ou encore de l’instabilité politique. Cela inquiète les producteurs de céréales, qui voient leur marge se réduire et s’interrogent sur l’avenir.


Inquiétude sur les charges
En effet, après une baisse des engrais en 2025 d’environ 5%, il faut s’attendre cette année à une hausse de l’ordre de 10%. Pour ce qui est des autres intrants (semences et produits phytosanitaires), les prix devraient rester stables, permettant de limiter les hausses récurrentes observées depuis plusieurs années.
En revanche, au niveau des charges de structure (main-d’oeuvre, mécanisation, cotisations sociales, frais financiers et frais généraux), on constate une hausse de 230 € sur les six dernières années, selon les chiffres de Cerfrance. Elles sont passées de 1 260 €/ha en 2020 à 1 490 €/ha, soit une augmentation de près de 20 %. En 2026, les prévisions s’annoncent à la baisse pour certains postes, ce qui permettrait d’aboutir globalement à une stabilité des charges de structure, ce qui serait déjà une bonne nouvelle.

Les postes concernés par la baisse sont notamment les cotisations sociales, qui devraient diminuer de 15%. Cette baisse sera toutefois nuancée par la moyenne triennale. La récolte 2022, jugée comme la meilleure de ces dernières années, ne sera plus, dans certains cas, prise en compte pour le calcul de cette moyenne. Par ailleurs, on peut s’attendre à une hausse des frais financiers sur les exploitations dont la trésorerie a été impactée par des rentrées plus faibles que prévu, et en raison de la récolte 2026 qu’il va falloir financer.


Connaître son prix de revient
Déterminer son prix de revient est indispensable. Ce calcul permet d’identifier des dysfonctionnements ou des leviers d’amélioration pour réaliser des économies de charges. Le prix de revient comprend les charges de semences, de produits phytosanitaires, d’engrais, de main-d’oeuvre directe et de travaux réalisés par des entreprises.

À cela s’ajoute la rémunération de l’exploitant, souvent oubliée dans ce calcul. Cette méthode permet d’avoir une vision complète du prix de revient et, par conséquent, de déterminer son objectif de vente. Si l’on examine les chiffres prévisionnels de Cerfrance pour le blé, sur les trois dernières années, le prix de revient était supérieur au prix de vente, notamment en 2024. Comme le rappelle Audrey Kosinski, conseillère d’entreprise, «l’objectif de vente retenu en 2026, pour un rendement de 8,8 t/ha, serait de 190 €/t, ce qui permettrait d’obtenir une marge de 1 020 €/ha».
Sur une moyenne de dix ans, la marge est de 1 087 €/ha avec un rendement de 8,8 t/ha.
Pour le colza, l’objectif pour 2026 serait une marge de 978 €. Sur une moyenne de dix ans, la marge est de 980 € avec un rendement de 3,7 t/ha.


En betteraves, la marge prévue pour 2026 est plutôt en baisse, avec un prix «annoncé» de 27 €/t. La marge brute serait de 1 067 €/ha, soit 600 € de moins que la moyenne sur dix ans. Ce serait une première en 2026 si le prix de revient devenait supérieur au prix de vente.
À partir des éléments présentés au cours de la mini-conférence, il apparaît nécessaire de se fixer des objectifs de marge afin de couvrir les charges de structure en 2026.


Piloter sa marge
Pas facile de trouver l’équilibre entre les intrants et les rendements. L’agronomie à l’échelle de l’exploitation doit être étudiée avec davantage d’attention qu’auparavant. La rotation des cultures est un élément clé : bien déterminer son assolement et son prévisionnel est indispensable.
Autre aspect à ne pas négliger : la mécanisation. Il ne faut surtout pas raisonner «fiscal», comme le rappelle Audrey Kosinski, qui insiste par ailleurs sur le fait que «tout investissement doit se raisonner». En clair, il faut savoir choisir son investissement, le faire vieillir ou encore le mutualiser.
Comme l’a souligné Jean-Baptiste Griffon, conseiller d’entreprise, il peut être judicieux de déléguer certaines tâches à un prestataire, mais il faut pour cela «établir un cahier des charges, savoir ce que je cherche, ce que ça me coûte et ce que ça me rapporte».


Bilan
Sur six ans, les prix de vente sont globalement supérieurs aux prix de revient et les structures financières apparaissent plutôt saines. Mais il est désormais temps de travailler finement sur ses prix de revient, car la conjoncture n’est pas favorable. Retrouver de la compétitivité devient indispensable. Pour cela, plusieurs leviers existent : augmenter sa production en améliorant ses rendements (ce qui n’est pas toujours évident avec le contexte climatique), mettre en place des doubles cultures, travailler sur les prix ou encore élargir ses sources de revenus. Cela peut passer par l’intégration de Maec, la transformation, les circuits courts ou l’orientation vers un nouvel atelier agricole (poules pondeuses, tourisme, énergie, nouvelles cultures, valorisation de son temps, etc.).


En clair, comme l’ont rappelé les deux conseillers en conclusion : «Poser les chiffres sur la table, dégager des solutions adaptées, voir ce qui est possible, faire le bilan de sa structure, connaître ses forces et ses faiblesses.» Cela apparaît comme le seul moyen, pour tout agriculteur, de piloter ses marges, d’améliorer son revenu, de maintenir une trésorerie saine et de se projeter dans l’avenir.

- © AAP

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