L'Oise Agricole 09 avril 2026 a 15h00 | Par Pierre Poulain

À Catenoy, la chambre d’agriculture ouvre ses essais avant l’heure

Jeudi 2 avril, la Chambre d’agriculture des Hauts-de-France accueillait agriculteurs, conseillers et étudiants sur sa plateforme régionale d’expérimentation à Catenoy, dans l’Oise. Une visite de printemps, inhabituelle, mais délibérément choisie pour son intérêt agronomique.

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Sophie Wieruszseski, chargée de mission en innovation agronomique à la Chambre d’agriculture de l’Oise.
Sophie Wieruszseski, chargée de mission en innovation agronomique à la Chambre d’agriculture de l’Oise. - © PP

Traditionnellement programmée en juin, la visite Innov’Expé s’offre désormais un rendez-vous supplémentaire. «En avril, on est au meilleur stade d’observation pour certains essais. Pour les désherbages, pour les colzas, pour les variétés qu’on voit à un autre moment de leur cycle, c’est intéressant», explique Sophie Wieruszseski, chargée de mission en innovation agronomique à la Chambre d’agriculture de l’Oise. Pour les couverts permanents notamment, le timing est stratégique : «C’est vraiment le bon moment, le moment un peu crucial. Est-ce qu’on est au bon équilibre entre la couverture des sols et pas de concurrence pour le blé ? C’est là où les agriculteurs vont se poser le plus de questions.»

Premier atelier sur le parcours : l’essai désherbage, conduit sur blé tendre d’hiver et orge d’hiver, avec deux dates de semis, début octobre et début novembre. L’objectif est de tester toutes les configurations possibles pour limiter l’enherbement, notamment en ray-gras. «L’idée, c’est vraiment de tester toutes les combinaisons de leviers possibles pour avoir le meilleur résultat en termes de gestion du salissement. On a le décalage de semis, le changement d’espèce entre l’orge et le blé, les désherbages chimiques d’automne, et les combinaisons mixtes avec le désherbage mécanique qu’on a pu passer trois fois cette année», détaille Sophie Wieruszseski. Le verdict provisoire est clair : «Retarder la date de semis, c’est intéressant, l’orge est plus concurrentiel que le blé, et la combinaison de leviers, c’est vraiment ça qui va nous aider à gérer au mieux le salissement.»

Colza : mélanges variétaux et crucifères associées

L’essai colza, implanté en août 2025 sur précédent orge de printemps, explore deux axes : les mélanges de variétés d’une part, une approche déjà éprouvée en blé, et les associations de cultures d’autre part. Parmi les pistes les plus originales : l’introduction de crucifères (navette, chou fourrager) dans l’interrang pour attirer les altises loin du colza. «L’objectif, c’est que les autres crucifères comme la navette ou le chou fourrager sont plus appétants que le colza en termes d’altises. On se pose la question : est-ce que c’est intéressant d’attirer le plus d’altises, mais qu’elles ne soient pas sur le colza ?» Et l’intérêt va plus loin. La chargée de mission détaille le cycle de l’insecte : «Elle pond à l’automne dans la crucifère, est en larve pendant tout l’hiver, et sort en sortie d’hiver vers avril. Quand on détruit les crucifères à ce moment-là, on enlève une partie du stock des larves d’altise.»

Couverts permanents : trois enjeux, un équilibre délicat

C’est peut-être l’essai le plus ambitieux de la plateforme. Dans une succession colza-blé, trois espèces de couverts — lotier, sainfoin, trèfle blanc — ont été implantées simultanément au colza. «Ils n’ont pas du tout concurrencé le colza au moment de son cycle. Ils ont vraiment pris leur ampleur à la récolte.» Plusieurs stratégies de gestion sont comparées : destruction par labour, travail simplifié (TCS) avec broyages à différentes dates, ou maintien du couvert avec semis direct du blé dedans. La réflexion est conduite sur trois enjeux : couvrir le sol en été, valoriser l’azote pour le blé, et maîtriser le salissement. «L’objectif, c’est vraiment d’aller jusqu’au rendement net sur la rotation. Quand on intègre un couvert, on a un surplus en termes d’achat de semences, du travail mécanique potentiel, de la chimie qui peut rentrer ou non. Donc c’est travailler le coût économique sur toute la succession», insiste Sophie Wieruszseski.

Du côté du blé, comment implanter un couvert vivant sans nuire à la culture ? Plusieurs modalités ont été testées : semis au moment du blé, au stade tallage, ou en interculture. «Au semis du blé, c’est un échec cette année parce que le lotier et le trèfle blanc ont disparu. Par contre, on a aussi testé la modalité où on l’implante au stade tallage et là, pour le coup, le trèfle blanc est présent.» Les conclusions définitives attendent la récolte.

Vitrine variétés et pâturage ovin : deux essais à part

La vitrine variétale blé, avec 28 entrées dont des lignées jamais encore vues sur le marché, joue un rôle pédagogique assumé. «On a un tiers de références, un tiers de nouveautés à tester et un tiers de vraiment nouveautés qui vont être inscrites cette année. L’objectif, c’est que les agriculteurs puissent choisir par eux-mêmes, de les voir en vrai, c’est un peu différent.»

Enfin, une expérimentation moins habituelle a retenu l’attention : l’effet du pâturage ovin sur blé au stade tallage. «L’idée pour les ovins, c’est d’avoir un apport supplémentaire en fourrage, c’est important pour l’éleveur. Mais il ne faut pas que ça impacte trop son blé. Si le rendement est très peu impacté ou inférieur à ce qu’on a gagné en fourrage, l’éleveur est gagnant.» Cet essai est conduit en partenariat avec un étudiant qui mène un travail similaire sur avoine et petit épeautre en agriculture biologique dans la Somme.

Rendez-vous en juin pour les premiers résultats sur céréales et protéagineux.

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