Burn-out en agriculture: prévenir avant l'installation
Au lycée agricole d'Airion, une demi-journée organisée dans le cadre du PAIT a réuni futurs agriculteurs, porteurs de projets et formateurs autour d'une question trop souvent négligée : comment préserver son équilibre de vie avant même de se lancer ?

C'est un mal qui ronge le monde agricole en silence. L'épuisement professionnel, ou burn-out, touche un nombre croissant d'agriculteurs, et la MSA Picardie a fait de sa prévention une priorité. Mardi 31 mars, Alice Martinet, psychologue du travail à la MSA Picardie, est intervenue devant des élèves du lycée agricole d'Airion qui ne sont pas encore installés.
Un choix délibéré. «C'est dans l'idée de démystifier le fait qu'on puisse avoir besoin de solliciter de l'aide à un moment donné. Si on l'a entendu à un moment où ça va bien, ça reste ancré, et le moment venu, ça laisserait peut-être le souvenir de se dire : si ça va mal, je peux me faire aider.»
Pour transmettre ce message, la MSA a conçu un Serious Game - un jeu de rôle à visée pédagogique - pensé à partir des préoccupations recueillies directement auprès de jeunes en stage d'installation. Passion du métier, assertivité, charge mentale : autant de thèmes abordés sous un angle résolument positif. «La passion, c'est quelque chose de bénéfique si elle est en harmonie avec les autres activités de la vie. Le problème, c'est que quand elle devient une obsession, elle mène à l'épuisement professionnel.»
Alice Martinet a particulièrement insisté sur la notion d'énergie - pas seulement le temps passé à travailler, mais la façon dont le travail peut occuper l'esprit même en dehors des heures de travail. Un signal d'alerte souvent sous-estimé.
Le message qu'elle souhaite ancrer chez ces futurs professionnels est clair : «Ils se lancent dans un beau métier, source d'épanouissement, mais un métier dans lequel il y a de vrais pièges. Et surtout, ce réflexe de ne pas vouloir le montrer, de garder ça pour soi, peut mener à un mal-être très préoccupant. La prévention, c'est vraiment le maître-mot de cette action.»
En amont de cette intervention, l'après-midi avait débuté par des ateliers animés par Élise Lemaire, chargée d'installation à la Chambre d'agriculture de l'Oise, autour du guide du temps de travail, un outil de réflexion développé à destination des porteurs de projets et des élèves en formation. «C'est une problématique qui n’est soit pas envisagée, soit largement sous-estimée au moment de l'installation», explique-t-elle. Travailler en petits groupes a permis des échanges concrets : comment s'organiser, embaucher si nécessaire, miser sur la mécanisation ou anticiper les itinéraires techniques pour pouvoir, tout simplement, partir en congé.
Les participants ont également calculé leur «journée type» pour vérifier qu'elle tenait en 24 heures - un exercice révélateur. Parmi les groupes, celui des futurs céréaliers a eu du mal à trouver des solutions immédiates, signe que la réflexion sur l'organisation du travail en grandes cultures reste un chantier ouvert. Chacun est reparti avec le guide en main, pour continuer à cheminer à son propre rythme. «C'est pour ça qu'on a fait ces groupes, résume Elise Lemaire, pour éviter les burn-out, pour pouvoir avoir un travail viable et vivable.»
Les opinions emises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. L'Oise Agricole se reserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et reglements en vigueur, et decline toute responsabilite quant aux opinions emises,