L'Oise Agricole 12 février 2026 a 07h00 | Par Christophe Demeester

Entretien des cours d’eau: la profession veut sortir de l’immobilisme!

Le vendredi 30 janvier dernier, la FDSEA de l’Oise, le service environnement de la DDT, le secrétaire général de la préfecture, ainsi que l’Entente Oise Aisne, compétente en matière de Gemapi (gestion des milieux aquatiques sur le territoire du Noyonnais), se sont rendus sur le terrain à Béhéricourt, au bord du ru, afin de faire avancer la problématique de l’entretien des cours d’eau.

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- © CD

Cette visite de terrain a permis de confirmer les constats déjà établis lors du déplacement du préfet le 30 novembre dernier : le ru est toujours envasé, l’eau est à fleur de berge et déborde à la moindre précipitation. Premièrement, face à cette situation, il a été proposé, en accord avec le secrétaire général de la préfecture, de mener une opération test de curage d’ici le mois de septembre, afin de remettre le lit mineur à son niveau d’origine et d’évaluer les bénéfices de cette action avant d’envisager une ouverture vers des travaux d’entretien plus poussés à l’échelle du département.
Dans le même temps, l’Entente Oise Aisne a présenté les travaux envisagés sur le territoire du Noyonnais. Comme la profession agricole, les syndicats de rivière sont eux aussi soumis à la réglementation liée à la loi sur l’eau, ce qui limite parfois leur capacité d’action sur le terrain. Pour autant, ils restent des interlocuteurs clé dès lors qu’il s’agit d’engager des opérations plus lourdes ou des travaux collectifs. Leur mobilisation, aux côtés des techniciens rivières des communautés de communes, est nécessaire pour permettre d’avancer concrètement, sécuriser les projets et mutualiser les moyens.
Deuxièmement, d’ici septembre, les services de la DDT et la profession continueront à travailler ensemble à l’élaboration d’une FAQ (foire aux questions) afin de clarifier l’interprétation des notions liées au curage ponctuel, notamment pour les drains, les atterrissements ou encore les méthodes opérationnelles.
Troisièmement, il a été convenu de procéder, d’ici septembre, à une visite pédagogique en présence des exploitants, des services de la DDT, de la préfecture et du syndicat de rivière, afin de faire une démonstration d’une opération d’entretien léger avec une pelle mécanique. L’idée de réaliser des vidéos montrant concrètement ce qu’est une opération d’entretien léger par rapport à des travaux lourds de curage a également été évoquée (méthodes à appliquer, profondeur d’intervention, enlèvement des atterrissements, etc.). Ces vidéos enregistrées permettront aux acteurs du terrain de mieux appréhender, de façon concrète et pratique, les opérations d’entretien.

Un feuilleton
L’entretien des cours d’eau n’est pas un sujet méconnu pour bon nombre d’exploitants et d’élus qui suivent cette problématique depuis plusieurs années. Déjà, en 2014, la profession avait travaillé avec les services de la police de l’eau à l’élaboration d’une charte pour l’entretien des cours d’eau. À cette période, le directeur de la DDT, l’interrégionale de l’Onema de l’époque, ainsi que les prédécesseurs du service environnement de la DDT s’étaient déplacés à Sermaize pour tester, sur le terrain, les faisabilités sur un cours d’eau test. C’est à partir de ces expérimentations qu’a été construite la charte d’entretien de 2014.
Aujourd’hui, en 2026, soit plus de douze ans plus tard, la profession fait le constat que rien n’a réellement changé, et pour une raison simple : «Les agriculteurs n’osent plus, les collectivités n’osent plus. Dès que l’on est en présence d’un cours d’eau qui déborde et qu’on intervient, c’est perçu comme une atteinte à l’environnement, à la faune et à la flore par la police de l’eau. Du coup, on ne fait rien !», exprime Éric Labarre, exploitant du secteur, impliqué dans le suivi de cette problématique. Une situation qui se retrouve à Béhéricourt comme sur de nombreux secteurs du territoire, avec un lit mineur à fleur de berges et une eau qui déborde régulièrement dans les parcelles environnantes.
Pourtant, dans beaucoup de communes, un travail est demandé par les Agences de l’eau pour limiter le ruissellement. Des études sont menées et en grande partie financées, avec parfois un reste à charge nul pour l’exploitant. Pourtant, les exploitants restent peu réceptifs à ces démarches. Pourquoi ? Pour une raison simple : avant de limiter le ruissellement, il faut déjà s’occuper de l’entretien des cours d’eau. Sans compter les contraintes parfois jugées excessives demandées par la police de l’eau pour des enjeux faune-flore parfois perçus comme quasi inexistants sur certains secteurs.
En début 2025, une vaste enquête avait été envoyée aux adhérents de la FDSEA de l’Oise afin de recueillir les problématiques de terrain en matière d’entretien des cours d’eau et des fossés dans le département. Cette enquête a recensé une centaine de retours, dont 89 % concernaient des cours d’eau, contre 11 % des fossés. Pour les cours d’eau, environ 40 % des demandes portaient sur des travaux lourds de curage et 30 % sur des travaux d’entretien léger.
Le 30 novembre 2025, le préfet de l’Oise s’était déplacé sur le territoire du Noyonnais pour plusieurs sujets, dont cette problématique. Il s’est rendu sur place à Béhéricourt avec les services de la DDT, et le constat était clair : des actions sont nécessaires. Un premier retour a alors été apporté par les services de la DDT sur la base de l’enquête menée : 23 actions ont reçu un avis favorable pour des opérations immédiates d’entretien. Parmi celles-ci, 10 concernent des fossés et 13 des cours d’eau pour des travaux d’entretien léger.
Nous sommes face à une réelle problématique de fond, liée à l’interprétation de ce qu’il est possible de faire ou non sur ces ouvrages hydrauliques.

Jean-Marie Caillaud, préfet de l'Oise
Jean-Marie Caillaud, préfet de l'Oise - © DLC

Restaurer les bassins versants


Quel constat de l’état des cours d’eau dans le Noyonnais avez-vous dressé lors de votre visite du 30 janvier dernier ?
Jean-Marie Caillaud, préfet de l'Oise : Dans le Noyonnais, un important retard d’entretien des cours d’eau et des modifications ayant impacté les bassins versants (obstacles à l’écoulement, déplacement, approfondissement et élargissement des lits) sont observés. On constate une dégradation de l’état physique, chimique et écologique des cours d’eau, confirmée par l’analyse de l’état des lieux 2025 du Sdage Seine-Normandie. Elle montre en effet, d’une part, que les bassins du Matz, de la Verse ou du Grand rû se sont nettement dégradés entre 2019 et 2025 ; d’autre part, elle pointe l’un des principaux facteurs de dégradation, à savoir le déséquilibre hydro-morphologique des cours d’eau, directement lié à leur manque d’entretien. Finalement, ces déséquilibres affectent les activités humaines (biens et personnes, activités économiques) comme les écosystèmes (biodiversité, zones humides, etc.). Les bassins versants doivent donc être restaurés, avec l’aide des structures compétentes en matière de gestion des milieux aquatiques et du ruissellement. Dans le Noyonnais, en particulier, un rattrapage de l’entretien des cours d’eau est nécessaire en raison d’une activité relativement faible des syndicats de rivière historiques. L’Entente Oise Aisne, qui a récupéré la compétence «Gema» en 2023, prévoit d’engager en 2026 près de 400.000 € pour des travaux sur les bassins du Grand rû, du rû à Ressons, du rû de Belle Fontaine, ainsi qu’à Béhéricourt. Une part importante sera dédiée à l’entretien des cours d’eau.

Selon vous, d’où vient le sentiment de blocage exprimé par les exploitants agricoles face à la problématique d’entretien ?
Il est d’abord justifié par la technicité du sujet. Lorsqu’un cours d’eau est déséquilibré, ses capacités hydrauliques et d’auto-curage sont altérées, son profil naturel se détériore, voire disparaît, rendant très difficile sa restauration. L’expertise «bassin versant» des structures Gemapi/ruissellement est alors essentielle. Il vient également d’un besoin de pédagogie pour expliquer ce que sont, concrètement, les bonnes pratiques d’entretien des cours d’eau. Par exemple, pour un retrait d’atterrissement, les exploitants agricoles s’interrogent sur la taille des engins, le sens de travail, le devenir des sédiments, la longueur autorisée. Sur ce dernier point, il est possible de travailler avec les acteurs locaux à une clarification de la réglementation.

Comment y remédier ?
Plusieurs axes sont possibles. À court terme, une visite pédagogique sur l’entretien des cours d’eau réunissant exploitants, syndicat de rivière et services de l’État, la création d’une FAQ «Entretien des cours d’eau» et une amélioration du Guide de l’entretien seront de nature à conforter les exploitants riverains. À moyen terme, multiplier les échanges entre les syndicats de rivière et les exploitants sur le terrain permettra de lever ces difficultés techniques, qui sont source de doute et causent ce blocage. L’objectif est que le technicien rivière soit la porte d’entrée technique de l’exploitant agricole.

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