L'Oise Agricole 26 mars 2026 a 07h00 | Par L'Oise Agricole

Et si votre ferme devenait une salle de classe à ciel ouvert ?

Depuis plus de trente ans, l'association Le Savoir Vert des Agriculteurs, née en 1992 à l'initiative de la FDSEA du 59 et du 62, oeuvre à rapprocher les jeunes générations du monde agricole. Son ambition est simple mais essentielle : permettre aux élèves de découvrir l'agriculture autrement, au contact direct de celles et ceux qui la vivent chaque jour.

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Dans les Hauts-de-France, ils sont aujourd'hui de plus en plus nombreux à faire ce choix : ouvrir leur exploitation aux scolaires ou intervenir directement en classe. Une démarche qui répond à un enjeu de société majeur : reconnecter les jeunes à l'origine de leur alimentation, à la nature, mais aussi à la réalité d'un métier souvent méconnu.

Se former pour transmettre
Accueillir une classe sur son exploitation ne s'improvise pas. Transmettre son métier à des enfants demande de savoir capter l'attention, adapter son discours, structurer une animation, sécuriser un groupe et répondre aux attentes des enseignants.
Pour accompagner les agriculteurs dans cette démarche, le Savoir Vert propose une formation initiale obligatoire de 10 jours, construite en étroite collaboration avec l'Éducation Nationale. L'association est agréée par les académies de Lille et d'Amiens, un agrément qui constitue un vrai gage de sérieux, de crédibilité et de reconnaissance auprès des établissements scolaires.
Des enseignants missionnés par l'Education Nationale interviennent dans les formations du Savoir Vert afin d'aider les agriculteurs à construire des contenus adaptés aux programmes scolaires, aux âges des élèves et aux attentes des enseignants. 
Pédagogie, psychologie de l'enfant, sécurité, posture face à un groupe, construction d'ateliers : la formation donne des clés concrètes pour se lancer sereinement.
Pour Maureen Billaut, agricultrice à Ficheux (62), dans une ferme de polyculture-élevage laitier, tout a commencé à travers une rencontre avec Chantal Legay, vice-présidente au Savoir Vert mais aussi agricultrice très engagée à la FDSEA : «J'ai découvert le Savoir Vert lors d'une rentrée syndicale de la FDSEA. On m'en a parlé, et ça a fait tilt. J'avais envie de transmettre, d'expliquer mon métier... et ça m'a permis d'allier les deux.»
Formée depuis 2025 à l'accueil pédagogique, elle insiste sur l'apport concret de la formation : «Au départ, j'allais faire un peu tout dans tous les sens. La formation m'a vraiment permis de structurer mes idées : savoir par où commencer, comment construire une animation, comment répondre aux attentes des enseignants. Mais aussi comprendre comment parler à des enfants selon leur âge.»
Au-delà des contenus, c'est aussi une dynamique collective qui se crée. «Il y a une ambiance très familiale dans le réseau. On échange beaucoup, on partage nos expériences. Ça met en confiance et ça donne envie de se lancer. Et surtout, les formations sont adaptées à ce qu'on a réellement sur nos fermes. Ce ne sont pas des contenus hors-sols. On part de nos productions, de nos réalités.»

Apprendre en faisant : une pédagogie concrète
Chaque année, près de 3.000 visites pédagogiques sont organisées dans les fermes du réseau. Plus de 61.000 élèves et 7.000 enseignants découvrent ainsi l'agriculture, de la maternelle au lycée.
Sur le terrain, les apprentissages prennent une toute autre dimension. Ici, les enfants ne sont pas seulement spectateurs : ils manipulent, expérimentent, observent, sentent, comparent, questionnent. «À la ferme, on peut faire vivre les choses concrètement. En classe, ils voient les choses en théorie. Chez nous, ils peuvent faire des expériences, être au contact direct de la nature, des animaux, des plantes, des cultures, de l'alimentation», explique Catherine. Sur son exploitation, elle propose par exemple un atelier «du blé au pain» : les élèves fabriquent leur propre pain, partent observer les cultures, puis transforment le blé en farine à l'aide d'un moulin manuel. «Ils voient toutes les étapes. Et leur pain cuit avant qu'ils repartent», précise-t-elle.
Au-delà de cet atelier, Catherine développe aussi des animations autour des poneys qu'elle a sur leur exploitation, de leur anatomie, de leur alimentation et des métiers de l'équitation : «Il y a toute une partie théorique : comprendre son anatomie, découvrir les lieux de l'écurie, les métiers autour. Il y a plein de choses à faire.» 
Elle propose également un jeu de découverte autour des animaux de la ferme. «Les enfants ont une photo ou juste un indice, comme une oreille, un bec ou une patte, et ils doivent retrouver l'animal. Ensuite, on travaille sur leur alimentation. On fabrique le mélange nous-mêmes et on va nourrir les animaux. Là, ils comprennent vraiment ce qu'ils donnent et pourquoi.»

Montrer la réalité du métier
Ces rencontres permettent d'abord de redonner du sens à ce que les enfants consomment.
«Beaucoup ne savent pas d'où vient leur alimentation, constate Catherine. Ils voient le lait dans une bouteille, le pain au supermarché, mais ils ne savent pas toujours ce qu'il y a avant. Nous, on peut le montrer. Moi, je fais du pain, j'ai des pommes de terre, des haricots verts, des petits pois... On peut leur faire comprendre d'où viennent les aliments qu'ils mangent.»
Pour elle, la force du dispositif tient aussi au fait qu'il s'appuie sur des vraies fermes. 
«Comme on est de vraies fermes, on peut montrer la réalité. Et c'est important, parce que l'image de notre métier n'est pas toujours fidèle à ce qu'on vit réellement.»

Un réseau pour se lancer... accompagné
Si de plus en plus d'agriculteurs franchissent le pas, c'est aussi parce qu'ils ne sont pas seuls. Avec 139 adhérents et 97 exploitations labellisées fermes pédagogiques, le Savoir Vert repose sur une dynamique de réseau et d'accompagnement très forte.
Pour Catherine, «le plus du Savoir Vert, c'est d'être suivi, d'être accompagné pour bien faire les choses. On n'est pas tout seuls dans la nature. On est vraiment aidés pour construire de bonnes animations, en lien avec les programmes pédagogiques.»
Cet accompagnement rassure, met le pied à l'étrier, évite l'isolement et permet de progresser dans le temps. 
«Les formations, ne servent pas uniquement à acquérir des nouvelles connaissances. C'est aussi une piqûre de rappel : elles nous amènent à prendre conscience que certaines idées ou pratiques que l'on répète depuis longtemps, méritent parfois d'être mises à jour. C'est un moyen de rester pertinent et juste.»

Une activité qui a du sens... et qui diversifie
Accueillir des classes, c'est aussi une opportunité pour les exploitations. Au-delà de la diversification, c'est une façon de valoriser son métier, de transmettre et de retisser du lien avec la société.
Accueillir des classes, c'est aussi une opportunité pour les exploitations. 
Catheriney y trouve aussi une grande satisfaction personnelle : «On a l'impression d'apporter quelque chose. De transmettre, de partager. Et ça, c'est vraiment précieux.»
Et parfois, au détour d'une visite, naissent aussi des vocations. «Si on peut donner envie à certains, ou au moins leur faire porter un autre regard sur notre métier, alors c'est gagné», résume-t-elle.

Webinaire d'information : vendredi 3 avril à 10 h


Et si vous vous lanciez ? Accueillir une classe, partager votre métier, expliquer votre quotidien... et si c'était aussi votre tour ? Que ce soit pour ouvrir votre exploitation aux scolaires ou intervenir directement en classe, le Savoir Vert accompagne les agriculteurs à chaque étape, de la formation à la mise en place des animations, avec un réseau reconnu, structuré et agréé par l'Éducation Nationale.
Et pour celles et ceux qui souhaitent en savoir plus, un webinaire d'information est organisé le vendredi 3 avril à 10 h. 
Pour vous inscrire, contactez le Savoir Vert à l'adresse : fermespedagogiques@savoirvert.fr.
Une occasion simple et accessible de découvrir le dispositif, de poser ses questions, d'échanger avec l'équipe... et peut-être de faire le premier pas.
Car derrière chaque ferme, il y a une histoire à raconter. Et peut-être, demain, une classe à accueillir.

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