«La communication est l’enjeu de demain pour l’agriculture»
Lors de leur assemblée générale, les Jeunes agriculteurs de l'Oise ont organisé une table ronde sur la communication agricole, réunissant trois influenceurs du monde rural. Entre réseaux sociaux et médias traditionnels, un enjeu : la conquête de l’opinion publique.

«Quand on va au contact du grand public, on se rend compte que les gens sont déconnectés de ce qui se passe réellement sur nos exploitations», analyse Gwennaëlle Desrumaux, installée depuis cinq ans en polyculture-élevage laitier dans le Nord-Ouest du département. «Les sujets agricoles, tout le monde a un avis, mais il n'est pas toujours ancré dans la réalité.» Camille Dulout, fondatrice d’Agricom’Camille, qui accompagne des agriculteurs dans leur stratégie de communication, partage ce constat : «J'en avais marre que ce soient les gens qui ne connaissent pas notre monde qui parlent de notre métier. Aujourd'hui, je prône une communication authentique, réelle, ancrée sur le terrain.»
Pour ces jeunes femmes, communiquer sur les réseaux est une manière de reprendre la main sur le discours que l’on fait sur l’agriculture. Des réseaux qui peuvent servir de pont pour recréer du lien «avec des citadins de plus en plus déconnectés des cycles naturels». L’enjeu est de répondre aux interrogations, parfois naïves mais souvent sincères, d’un public qui a soif de pédagogie. C’est aussi à quoi s’attelle Aurélien Masson, qui a lancé sa chaîne Youtube il y a un an et demi : «Je voulais mettre en avant la ferme familiale, les parents, les enfants, la polyculture, l’élevage. Mais le travail est considérable : les montages, filmer, gérer les partenariats... Les gens ne se rendent pas compte que c'est énormément de travail.»
Luc Smessaert, président de la Chambre d’agriculture de l’Oise, leur emboite le pas : «L’acte de produire ne suffit plus, il faut désormais l’accompagner d’un acte de narration. Les Français doivent savoir que derrière chaque litre de lait, chaque kilo de viande ou de blé, il y a un cœur qui bat», a-t-il martelé. Selon lui, la communication doit désormais être considérée «comme une composante indispensable du métier d'agriculteur, au même titre que l'agronomie ou la gestion.»
Au-delà du message politique, les contenus produits par des agriculteurs sur leur métier ont aussi des impacts humains. «J'ai rencontré quelqu'un qui m'a dit que c'était grâce à mes vidéos qu'il avait réussi à tenir le cap après un cancer et des difficultés à la ferme. Des gens me disent : c'est grâce à toi que je vais de l'avan’», raconte Aurélien.
Gwenaëlle note aussi l'influence sur les femmes : «De voir qu'il y a d'autres femmes qui arrivent à avoir des enfants et à travailler en élevage, je pense que ça inspire.» La communication joue aussi sur le renouvellement des générations. «Il faut raviver l'envie du métier. On a un métier dur, mais beau. On travaille pour nous, avec nos familles», explique Aurélien. Gwenaëlle complète : «Je comprends qu'un jeune se dise devenir agriculteur pour traîner la misère, ça ne fait pas rêver. Mais nous, on a le rôle de montrer qu'on kiffe notre métier.»
Des limites à connaître
Mais attention aux dérives. «Tout n'est pas bon à être montré», prévient Camille. «Un petit veau dans sa niche, les écornages... Il y a des sujets qu'on assume, mais il faut savoir se préserver.» Les trois intervenants s'accordent sur un point : ne pas perdre d'énergie avec les commentaires stériles. «La critique constructive mérite qu'on réponde. Mais la critique non constructive mérite qu'on économise notre énergie».
Il en va de même avec la relation que l’on peut entretenir avec les médias traditionnels : «Ils prennent ce qu'ils veulent, ça dure 2 minutes, et ils mettent ce dont ils ont envie», regrette Aurélien. À l'inverse, «sur les réseaux, on met ce qu’on veut. On est maître du message».
Gwenaëlle milite pour intégrer la communication dans les parcours des élus JA : «Tout le monde ne va pas devenir youtubeur, mais avoir quelques bases est indispensable pour savoir ce qu'on peut montrer.»
Une communication individuelle qui ne saurait non plus remplacer la force du collectif, selon Pierrick Horel. Le président national des Jeunes agriculteurs, présent pour l’occasion, a tenu à replacer ces initiatives dans le cadre plus large du combat syndical. «Si les réseaux sociaux sont des outils de dialogue, la rue et les tables de négociation restent les lieux où se forge l’avenir législatif et économique du secteur.» Il a rappelé avec gravité que la crise que traverse le monde agricole ne trouvera pas d'issue miraculeuse en quelques jours. «Il faudra beaucoup de temps pour sortir des dogmes qui se sont installés et qui ne représentent qu’une minorité de citoyens», a-t-il prévenu.
À noter, la réélection de Matthieu Carpentier à la présidence de JA Oise lors de l’assemblée générale.
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