«Fière de son passé, Agora doit poursuivre son projet en phase avec les marchés»
À la veille de sa première assemblée générable en tant que nouveau président de la coopérative Agora, Étienne Grodet répond à nos questions.

Étienne Grodet, vous avez été élu président d'Agora il y a presque un an. Quel a été votre parcours au sein de la coopérative ?
E. G. Fort de mes convictions pour la coopération et l'innovation, mon engagement dans la coopérative date de 2008 quand je suis devenu administrateur. J'ai ensuite été élu membre du bureau en 2021. J'y ai suivi la formation Sénèque autour de la gouvernance des coopératives et des finances. Deux ans avant la fin de son mandat, Thierry Dupont a annoncé son intention de ne pas se représenter et la coopérative a alors organisé un séminaire afin que le bureau puisse réfléchir à la feuille de route Agora 2030. Chacun a pu exprimer sa vision et, comme il n'y avait pas beaucoup de candidats pour remplacer Thierry Dupont, j'ai décidé de prendre le relais et de conforter l'ADN d'Agora, avec la bienveillance du président qui appréciait mon profil. J'ai alors rencontré tous les membres du conseil d'administration pour présenter ma vision de la coopérative et échanger avec chacun d'entre eux. Ils m'ont fait confiance en m'élisant président pour porter le projet d'Agora autour des valeurs de la coopérative.
Après cette première année, quel bilan tirez-vous ?
E. G. C'est passionnant et surtout très enrichissant de découvrir et d'agir avec tous les partenaires de la coopérative, que ce soit en amont ou en aval. J'ai ainsi travaillé avec Inoxa, notre structure d'achat d'intrants, et Cérémis, union de commercialisation pour la mise en marché des céréales, aujourd'hui premier acteur national pour la vente de blé.
C'est une grande responsabilité d'autant plus que j'ai terminé l'exercice 2024 marqué par une récolte difficile. Nous n'avions que du blé fourrager à vendre du fait de la qualité insuffisante et rencontrions des difficultés dans nos débouchés historiques. C'était une situation hors normes mais heureusement, dans notre région, nous avons été moins impactés que d'autres secteurs français : - 19 % de collecte, alors que c'était parfois - 50 % pour d'autres. Cela a été pour moi un moment très riche en enseignements pour démarrer une présidence. Je tiens ici à saluer l'engagement des adhérents de la coopérative dans les prix moyens qui a permis de valoriser au mieux les productions. C'est un signal fort qui montre que la coopérative est un repère en termes de débouchés commerciaux.
La moisson 2025, avec des blés d'une bonne qualité, nous ouvre des portes de commercialisation mais, actuellement, les cours sont bas et atones, en dessous des coûts de production. Le marché sera l'arbitre et il nous faut attendre pour l'instant.
Vous venez de finir les assemblées de section dans les différentes zones de collecte d'Agora. Qu'en retenez-vous ? Que vous ont dit les adhérents ?
E. G. Les adhérents ont clairement exprimé leur attente pour une orientation claire de la coopérative. Entre l'instabilité politique française, les attentes sociétales, le contexte géopolitique tendu et les règles du marché qui changent, les agriculteurs veulent un projet ambitieux pour Agora, d'autant plus que nous sommes dans une période de renouvellement générationnel, avec une volonté de transformation de l'agriculture. Agora a réussi à atteindre des chiffres solides avec 100 millions d'euros de fonds propres, nécessaires pour obtenir la confiance de nos partenaires financiers. Maintenant, il nous faut nous fixer une stratégie sur 15 à 20 ans en termes d'investissements. Je pense à l'installation de séchoirs à maïs par exemple ainsi qu'à la nécessaire augmentation de notre capacité de stockage. Celle-ci est de 750.000 tonnes alors que la collecte atteint régulièrement un million de tonnes. Si nous ne voulons pas subir les aléas du marché, nous devons être en capacité de ne pas devoir dégager de la marchandise pendant la moisson et, pour cela, il faut avoir les moyens de stocker.
Dans la même idée, la baisse annoncée des surfaces betteravières va entraîner à coup sûr une hausse de la sole céréalière, donc une collecte potentiellement plus élevée.
Comment se porte la coopérative ? Quelles sont les difficultés rencontrées et les défis à relever ?
E. G. Agora se porte bien et nous pouvons être fiers de la trajectoire suivie depuis de nombreuses années qui nous place dans une position solide aujourd'hui. Le fonctionnement des instances est totalement satisfaisant, avec un président en phase avec son conseil d'administration, lequel s'implique sur les sujets d'avenir. Ensuite, avec Agnès Duwer, la directrice, nous formons un binôme efficace pour la gouvernance de la coopérative.
Pour redonner de la perspective, nous avons redéfini 7 commissions qui travaillent sur plusieurs thématiques : céréales, investissements, finances et risques, jeunes et vie de la coopérative, agroécologie, RSE (responsabilité sociétale des entreprises) et relations avec les adhérents. Ces commissions travaillent avec des objectifs régulièrement définis ensemble. Nos adhérents nous attendent sur le sujet des investissements d'avenir à réaliser car nous devons développer nos outils pour accompagner le modèle coopératif. En ce sens, 2024 a été une année riche en enseignements. La solidité de la coopérative nous a permis de redistribuer l'intégralité du résultat à un moment où les agriculteurs en ont besoin. Et surtout, nous avons travaillé sur les orientations de marché pour ne plus vendre 90 % à l'export mais vendre à des industriels français avec la qualité requise et créer des partenariats.
L'assemblée générale aura lieu mardi prochain 9 décembre à UniLaSalle Beauvais. Quelle en sera la teneur ?
E. G. Nous commencerons par la partie statutaire avec les comptes 2024. Puis nous organiserons une table ronde pour mettre en avant nos unions et partenariats autour de la stratégie commerciale avec Amaury Toupet, vice-président du conseil d'administration, président d'Unisigma et président de la commission céréales, Guillaume Van De Velde, directeur de Cérémis, Guillaume Roullet, d'Unisigma, pour la partie recherche variétale, et Vincent Grégoire, agriculteur et responsable durabilité et pôle coopérateurs chez Tereos.
Enfin, notre grand témoin sera Philippe Dessertine, économiste reconnu, que nous interrogerons sur sa vision économique de la France, de l'Europe et du Monde dans le contexte géopolitique actuel. Il sera question de leviers à actionner pour rechercher de la valeur ajoutée et assurer la croissance de notre activité. Un programme qui complètera les interrogations soulevées lors des assemblées de secteurs et permettra de prendre de la hauteur. J'attends donc les adhérents Agora mardi prochain 9 décembre à Beauvais, dans la grange de la ferme historique d'UniLaSalle.
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