Une délégation de l’Oise en visite au Sia
Comme tous les ans, une délégation de représentants des administrations départementales a déambulé dans les allées du Salon à la rencontre des responsables agricoles nationaux, avec un programme concocté par les élus agricoles de l’Oise.

Le fond sonore diffusé dès l’entrée du Sia (caquètements de poules et cloches de vaches montagnardes) n’aura pas suffi à combler l’absence des bovins, des éleveurs et de leurs familles. L’ambiance était moins joyeuse et, à l’heure du déjeuner, pas besoin de jouer des coudes pour circuler dans le hall 1 !
Cela n’a pas empêché la délégation de l’Oise d’honorer les multiples rencontres prévues dans la journée par Adrien Dupuy, administrateur Fop. Avaient fait le déplacement Jean-Marie Caillaud, préfet de l’Oise, et, pour la DDT, David Witt, directeur, Jérémy Hetzel, directeur adjoint, et Sophie Ledoux, adjointe à la cheffe du service Économie agricole. Nadège Lefèvre, présidente, et Martine Borgoo, conseillère départementale, représentaient le Conseil départemental, Denis Pype la Région, Éric de Valroger le Sdis (Service départemental de secours et d’incendie). Côté agriculteurs de l’Oise, Luc Smessaert, Matthieu Carpentier, Régis Desrumaux, Mickaël Mos, Roger Vannier, Alice Avisse, Julien Grégoire et Christophe De Bruyne.
Des messages communs
Que ce soit sur le stand Terres oléopro, chez les patatiers, les betteraviers ou à la FNSEA, le message a été le même : «laissez-nous nos moyens de production». Guillaume Chartier, pour la filière oléo-protéagineuse, se réjouissait du succès du colza, dont la marge ne compense malheureusement pas les pertes des autres cultures.
Et pourtant, la filière est dynamique et très innovante : biocarburants, chimie verte... «Avec les biocarburants, la flotte de camions peut rapidement faire sa transition écologique ; il faut de la volonté politique.» Autre innovation mise en avant, un liquide de refroidissement. Non conducteur et non corrosif, il permet de réduire de 80 % la consommation électrique nécessaire au refroidissement des data centers et la chaleur qu’il emmagasine peut être récupérée.
Les élus de la Fop et même de la CGB pointent la lenteur de l’action publique. «La loi d’urgence agricole n’a d’urgence que le nom. Sa discussion à l’Assemblée nationale est reportée en juin, ses décrets d’application en sortiront qu’à la fin de l’année, plus de deux ans après les blocages !» Les agriculteurs, dont beaucoup sont dans des situations financières difficiles, ne peuvent pas attendre et surtout, ils ont besoin d’une perspective afin de retrouver un sens à leur travail.
Le préfet et les représentants de la DDT répondent que leur mission consiste à appliquer la loi «avec discernement.» Ils essaient d’être des facilitateurs pour accompagner au maximum les agriculteurs : a d’ailleurs été initié dans l’Oise le Projet agricole départemental, une réflexion globale et collective sur l’avenir de l’agriculture dans le département.
«Faites remonter nos demandes au gouvernement et dites-le que les agriculteurs ne veulent pas être les variables d’ajustement dans les programmes des procains candidats !», insistent les responsables agricoles.
En ce qui concerne la betterave sucrière, Fabien Hamot, président de la CGB 80, rappelle que la filière va mal et que les planteurs souffrent de distorsions de concurrence avec leurs collègues européens en ce qui concerne les produits phytosanitaires. Les planteurs voudraient pouvoir à nouveau enrober les semences, d’autant plus que l’Inrae a dressé le constat qu’en cas d’infestation de pucerons avec présence de jaunisse, les agriculteurs sont dans une impasse technique, sans solution efficace. Au vu de ces éléments, la logique voudrait que l’article 1 de la loi Duplomb 2, qui a tenu compte des remarques du Conseil constitutionnel suite à la première mouture, soit adopté, ce que soutient la CGB. «Il faut du courage politique, mais l’idée serait de pouvoir sortir l’agriculture des accords de libre-échange».
Les betteraviers et les patatiers demandent également l’homologation des camions 48 tonnes, au-delà des 44 t actuelles : avec des systèmes qui protègent les routes, cela ferait moins de camions sur les routes et cela permettrait de gagner du temps. C’est le ministère des Transports qui doit décider.
Sur le stand de l’UNPT (Union nationale des producteurs de pommes de terre), le président Geoffrey d’Évry, agriculteur à Nampcel, rappelle le contexte de la production, en frais ou pour l’industrie. Cette année est marquée par une forte crise et l’interprofession plaide pour une meilleure organisation des marchés. Une plateforme de mise en relation de patatiers avec des invendus et d’éleveurs a été créée pour permettre l’écouler les surplus tout en nourrissant les animaux.
Il plaide aussi pour promouvoir la pomme de terre dans les cantines scolaires et les restaurants, sachant que les Français consomment en moyenne 54 kg de pommes de terre par an et par habitant, dont 17 kg en frais. Nadège Lefèvre souligne la volonté du Conseil départemental d’intégrer au maximum des aliments locaux dans les menus des collégiens.
Déclin agricole
Le sénateur Duplomb a reçu sur le stand de la MSA la délégation et rappelé le déclin que subit l’agriculture française. En 20 ans, la balance agricole est passée d’un excédent de 12 milliards d’euros à un déficit de 355 millions d’euros. «Deux raisons à la décroissance agricole en France : la vision dogmatique de l’agroécologie et la montée en gamme demandée aux producteurs. Résultats : on importe de plus en plus de produits agricoles d’entrée et de moyenne gamme, correspondant mieux au pouvoir d’achat des Français pour qui l’alimentation reste la variable d’ajustement du budget !» analyse le sénateur. Il peste contre la surtransposition française des normes européennes qui coûtent chaque année 4 % du PIB français contre moins d’1 % dans les autres pays européens. «Produire, ce n’est pas un gros mot. Si on produit, on créée de la valeur ajoutée que l’on pourra partager ensuite», conclut-il.
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