L'Oise Agricole 15 janvier 2026 a 09h00 | Par Pierre Poulain

Gestion du chardon des champs : une bataille de longue haleine, mais pas une fatalité

Les dernières Rencontres Techniques de Terres Inovia à Estrées-Mons (80) n’ont pas manqué d’aborder la question de la gestion du chardon des champs (Cirsium arvense). Si cette adventice vivace gagne du terrain, notamment dans les bassins de production du Nord et du Nord-Est, les experts rappellent qu’une stratégie combinant anticipation et leviers multiples permet d’en reprendre le contrôle.

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Une combinaison efficace des leviers peut réduire les densités de moitié en peu de temps.
Une combinaison efficace des leviers peut réduire les densités de moitié en peu de temps. - © Hélène Charvillat

Le chardon ne se contente plus de ses bastions historiques. On observe une remontée progressive de la pression vers le Nord, impactant fortement des départements comme l’Aube, la Meuse ou la Meurthe-et-Moselle. Cette dynamique s'explique en partie par l'augmentation des surfaces de tournesol dans ces régions. «Ce qui se passe, c'est qu'on avait de plus en plus de surfaces de tournesols dans le nord. Celles-ci ont juré le rôle de révélateur des problématiques chardons dans la mesure où le tournesol y est très sensible», explique Victor Fleury, ingénieur de développement chez Terres Inovia. «Les causes sont multiples : réduction du travail du sol, rotation, une moins bonne gestion dans les céréales.» La nuisibilité est réelle : une infestation de 30 chardons/ m² peut engendrer une perte de rendement de 35 % en colza, sans compter la dépréciation de la qualité (impuretés, humidité).

La force du chardon réside dans son système racinaire, capable de descendre jusqu'à 6 mètres et de s'étendre de 2 à 12 mètres par an. La multiplication est quasi exclusivement végétative (95 à 97 %). Pour l'épuiser, il faut intervenir au «point de compensation», situé au stade 6-8 feuilles. À ce moment-là, les réserves racinaires sont au plus bas car la plante commence tout juste à produire plus d'énergie par photosynthèse qu'elle n'en puise dans ses racines.

Levier mécanique : l'épuisement par le travail du sol

Le travail du sol reste la pierre angulaire de la lutte. Le labour a une efficacité limitée ; il est préférable de privilégier des déchaumages répétés en interculture. L’objectif est double : sectionner les racines pour forcer la plante à puiser dans ses réserves et sortir les rhizomes en surface pour les dessécher.

La lutte mécanique repose sur un équipement spécifique et un calendrier rigoureux. On privilégiera l'usage d'outils à dents capables de travailler sur toute la surface de la parcelle, en veillant à utiliser des socs à ailettes pour garantir un recouvrement de plus de 30 %. Côté calendrier, l'agriculteur doit impérativement intervenir par temps sec au stade 6-8 feuilles pour maximiser l'épuisement de l'adventice.

Rotation et chimie : les alliés indispensables

La rotation est un levier puissant. La luzerne est citée comme l'un des meilleurs moyens de lutte grâce à sa capacité d'étouffement et aux fauches répétées sur trois ans. Victor Fleury souligne : «Si on plante une luzerne, au bout de trois ans, on revient à une situation saine avec seulement un levier».

Sur le plan chimique, toutes les cultures ne sont pas égales. Le tournesol bénéficie désormais de variétés tolérantes (VTH) permettant l'usage de l'Imazamox ou du Tribénuron-méthyle (Express SX), offrant une efficacité supérieure à 90 % en cas de traitement précoce. «Attention toutefois, une variété VTH est spécifique à un seul produit et non à deux. Une pulvérisation avec du Tribénuron-méthyle sur une variété VTH résistante à l’Imazamox serait fatale !» En revanche, pour des cultures comme le pois chiche ou la lentille, les solutions en culture sont quasi inexistantes, imposant une gestion stricte en amont.

Des stratégies adaptées par culture

Pour répondre à la diversité des situations, Terres Inovia a élaboré des itinéraires techniques adaptés à chaque culture. Sur tournesol, la stratégie repose sur une approche multi-leviers combinant trois déchaumages estivaux, l’implantation d’un couvert étouffant et, une fois la culture en place, l’utilisation d’une variété tolérante (VTH) sécurisée par deux passages de bineuse. Concernant le pois de printemps, l’intervention est plus localisée : elle consiste en un traitement par taches au Tropotone, à réaliser impérativement avant l’apparition des boutons floraux. Enfin, pour le colza, la protection s’appuie sur l'usage du Lontrel SG dès la mi-février ou sur l’action de frein du Mozzar.

«Ce n'est pas une fatalité»

Le message final de Victor Fleury se veut rassurant mais exigeant : «Les chardons dans les oléoprotéagineux ne sont pas une fatalité. On peut les gérer en choisissant les bonnes parcelles et en préparant bien la gestion en amont». Selon les essais du projet Capable, une combinaison efficace des leviers peut réduire les densités de moitié en peu de temps, prouvant qu'avec de la rigueur, le chardon peut être maîtrisé.

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