L'Oise Agricole 05 février 2026 a 07h00 | Par Pierre Poulain

Installations portuaires: diversifier pour se protéger

Invité lors de l’assemblée générale d’AS60, Alain Charvillat, directeur céréales export de Sénalia, est revenu sur le fonctionnement d’un silo portuaire collectif et sur les activités de diversification du groupe.

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- © JC Gutner

Installé sur le port de Rouen, Sénalia s’est imposé comme le premier prestataire européen dans l’exportation de céréales. Avec une capacité de stockage de plus de 800.000 tonnes et des installations réparties sur 12 sites le long de la Seine, Sénalia a manutentionné plus de 6,7 millions de tonnes de marchandises lors du dernier exercice.
Le groupe dispose d’installations de pointe, notamment à Grand-Couronne et sur la presqu’île Élie, avec des portiques de chargement nouvelle génération capables d’atteindre des cadences record. «Nous sommes capables de charger jusqu’à 80.000 tonnes par jour», précise Alain Charvillat. Cette performance place Sénalia parmi les acteurs les plus efficaces d’Europe, avec la capacité de charger un navire Panamax de 60.000 tonnes en moins de 24 heures.
L’un des défis majeurs d’un silo portuaire collectif réside dans sa capacité à homogénéiser les apports provenant de différentes coopératives. «Sénalia en tant que tel ne crée pas de qualité sur une marchandise», explique Alain Charvillat. «Notre travail, c’est d’identifier correctement toutes les marchandises à la réception, puis de les reclasser non pas en fonction de leur origine, mais en fonction de leur qualité, pour constituer des lots homogènes par classe qualitative.»
Pour gérer ces flux complexes, Sénalia s’appuie sur une automatisation poussée pilotée par deux types de logiciels. Un système de supervision silo contrôle tous les flux et circuits, tandis qu’un logiciel dédié gère spécifiquement le circuit camion. «Lorsqu’un camion se présente devant une fosse de réception, le chauffeur fait lire son badge et le système vérifie automatiquement que la marchandise peut bien être déchargée sur cette fosse, dans la bonne cellule», détaille le directeur céréales export.
Cette organisation permet de traiter jusqu’à 365 cellules différentes, réparties en 46 classes qualitatives distinctes, pour répondre aux exigences précises des marchés d’exportation. 
Le groupe a également développé un modèle prédictif innovant capable d’estimer la qualité finale des blés dès les premières semaines de moisson, en s’appuyant sur l’historique, les premières réceptions et les données météo depuis le semis.

Une diversification réfléchie depuis les années 80
«La réflexion remonte au milieu des années 1980, les premières diversifications datent de 1993», rappelle Alain Charvillat. «La motivation était claire : la volonté du conseil d’administration de continuer à investir dans des outils efficaces et puissants pour exporter les marchandises le plus rapidement possible, tout en ayant la capacité d’avoir des résultats économiques les mauvaises années d’exportation.»
Cette stratégie s’est concrétisée par des partenariats avec des industriels de l’agro-alimentaire. Depuis 1993, Sénalia assure ainsi la manutention du colza pour Saipol à Grand-Couronne, avec plus d’1,2 million de tonnes transitées annuellement. À Lillebonne, le groupe gère l’approvisionnement de l’usine Tereos en blé destiné à la production de bioéthanol, de gluten et de drèches. 
Sur le terminal Robust, Sénalia manutentionne le sucre pour Saint-Louis Sucre, tandis qu’à Grand-Couronne, le groupe réceptionne, stocke et expédie environ 60.000 tonnes de fèves de cacao pour le compte de Barry Callebaut.
Ces activités de diversification représentent aujourd’hui près de 50 % des volumes totaux manutentionnés par le groupe, soit environ 2,7 millions de tonnes. «C’est ce qui a toujours permis à Sénalia de continuer ses programmes d’investissement, même lors des mauvaises années. Cela s’est encore vérifié en 2016 et l’année dernière. Nous n’avons pas stoppé nos plans d’investissement, car arrêter un plan d’investissement coûte beaucoup plus cher à relancer et fait perdre énormément de temps.»

L’entreposage : une nouvelle frontière
Plus récemment, Sénalia a franchi un nouveau cap en investissant massivement dans l’entreposage de produits conditionnés. Le groupe dispose désormais de trois entrepôts totalisant 75.000 m² sur l’agglomération rouennaise, avec une capacité de 80.000 emplacements palettes. En 2021, Sénalia a créé GQ Logistics, une filiale dédiée à cette activité qui a connu une croissance spectaculaire de 63 % entre 2022 et 2023. «C’est une vraie diversification, insiste le directeur céréales export. On augmente encore notre champ de diversification. Quand on va sur les cacaos, quand on va sur l’entreposage, on se met un peu plus à l’abri des risques liés à la production agricole.» 
Cette stratégie permet à Sénalia de ne plus dépendre uniquement des aléas de la filière céréalière française, tout en continuant à servir son cœur de métier.
Le groupe développe également des marchés de niche, comme celui du transfert modal à Bonnières-sur-Seine. «Ce marché-là représente 50.000 tonnes par an sur les 4 millions de tonnes que l’on peut faire au global. C’est un vrai marché de niche pour nous, mais c’est une vraie capacité à pérenniser le site. L’année dernière, nous avons bien fonctionné sur la partie Bonnières-sur-Seine, alors que nous n’avons pas bien fonctionné sur la partie export.»
Cette stratégie de diversification est avant tout une question de pérennité. «Notre problème est d’arriver à pérenniser les grosses années. Comment fait-on pour tenir les petites années ? On travaille énormément sur la multicompétence et la polyvalence entre les différentes entités du groupe, pour être sûr d’avoir toujours nos compétences métiers céréales le jour où on en a besoin, quand il y a besoin de recharger rapidement de la marchandise sur des volumes importants.»

AS60 achève sa transformation numérique

«On est prêt pour la facture numérique», se réjouit Stéphanie Roussillon, président d’AS60. «Le calendrier est respecté.» Démarrée avec la récolte des souhaits des adhérents concernant la facture électronique dès la fin 2024, la transition va dorénavant se poursuivre avec la campagne de signature des mandats pour la plateforme agréée (440 mandats signés à ce jour), avant un déploiement à partir du mois de septembre 2026. «L’accompagnement de tous les adhérents dans ce changement reste la priorité de cette année.»
En attendant, «tous les bureaux numériques ont été crées en décembre 2025. 620 sont activés sur 898 ouverts.»
Prochain horizon pour AS 60 : la rédaction de son plan stratégique pour 2026-2031.

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