La région affine sa stratégie alimentaire
La stratégie de souveraineté alimentaire entre désormais dans sa phase territoriale. Réunis à Lille le 14 avril, les acteurs agroalimentaires des Hauts-de-France ont fait le point sur la situation.

Après une première phase nationale, la souveraineté alimentaire s'ancre désormais dans les territoires. L'objectif est de décliner des orientations générales en plans d'action régionaux, en s'appuyant sur les spécificités locales et les filières existantes. Dans les Hauts-de-France, cette étape se structure autour de cinq grands groupes de travail : grandes cultures ; fruits et légumes ; élevage bovin ; pêche et aquaculture ; viande blanche. Ceux-ci regroupent amont et aval des filières. Ils sont chargés d'identifier les priorités et de faire émerger des projets concrets.
Le 14 avril, à Lille, ils se rassemblaient pour dresser un premier état des lieux lors de la conférence de la souveraineté alimentaire des Hauts-de-France. Devant eux, le préfet de Région, Bertrand Gaume, et une centaine de représentants de l'ensemble de la chaîne agroalimentaire régionale.
Un géant aux pieds d'argile ?
La région demeure un poids lourd de l'agroalimentaire : elle possède trois grands ports nationaux, produit une pomme de terre européenne sur dix, assure près de 55 % de la production nationale de sucre... Mais cette puissance masque des déséquilibres. La balance commerciale régionale, historiquement excédentaire, s'est dégradée. Pour les produits transformés, elle est déficitaire depuis 2016, et l'ensemble (produits bruts et transformés) a basculé dans le rouge à partir de 2019.
Autre signal fort : la dépendance aux importations dans certaines filières. Dans les produits de la mer, 90 % des matières premières transformées en région sont importées, malgré un pôle industriel majeur à Boulogne-sur-Mer. Un chiffre qui fait craindre une délocalisation des transformateurs vers l'Europe du Nord, leur principal fournisseur.
Dans les productions animales, l'écart entre production et consommation reste marqué : seuls 50 % des porcs et 28 % des poulets élevés en région sont abattus dans les Hauts-de-France. Pourtant la région produit 64 % des porcs et 47 % des poulets qu'elle consomme.
Des manques ressentis
Les acteurs convergent sur plusieurs blocages. Le premier concerne l'investissement et les outils. Plus de 60 % des bâtiments porcins et 54 % des bâtiments volailles ont plus de 20 ans, ce qui limite les capacités d'adaptation d'après les membres du groupe viande blanche. Le même problème est constaté dans la filière pêche avec sa flotte vieillissante. Du côté de la betterave sucrière, même si les chiffres semblent bons à première vue, deux sucreries ont fermé. Les délais administratifs, sujet récurrent, sont également pointés. Le renouvellement des générations constitue un autre point de vigilance. Tous les groupes s'inquiètent quant à la reprise et création d'exploitations et insistent sur la nécessité de sensibiliser les plus jeunes. Enfin, certaines filières font face à des contraintes spécifiques. Dans le groupe pêche, on déplore des restrictions réglementaires qui bloquent la création ou l'extension d'exploitations aquacoles. Dans les cultures, les producteurs alertent sur l'accumulation de normes et leurs effets à moyen terme sur les volumes notamment avec la suppression de matières actives. Les leviers sont déjà identifiés Face à ces constats, des pistes d'action sont déjà proposées par les différents groupes. Le premier levier porte sur les outils industriels. L'enjeu est d'adapter les capacités d'abattage et de transformation pour maintenir la valeur sur le territoire, notamment dans les filières animales. Le tout sans négliger l'innovation grâce à des acteurs comme l'Inrae.
La simplification administrative est également au coeur des attentes, avec la demande récurrente d'un guichet unique et de procédures plus rapides pour accompagner les projets. Les groupes se sentent davantage étreints par la réglementation qu'accompagnés.
L'attractivité des métiers reste un enjeu majeur. Tous les groupes assurent qu'une grande part du manque d'attractivité tient dans les faibles revenus. La capacité à installer de nouveaux agriculteurs conditionne directement le maintien des filières. Pêche et élevage notent également le besoin d'améliorer la communication sur leurs métiers. Enfin, plusieurs filières insistent sur la nécessité d'investir dans les ressources stratégiques, notamment l'eau, aussi déterminante pour le végétal que l'animal. L'ensemble des groupes s'accorde autour de la nécessité d'une politique de l'eau qui prend en compte la préservation de la ressource, les besoins civils, agricoles et industriels. Tous ces constats jouent sur un aspect jugé essentiel par l'ensemble des groupes : la compétitivité. Le groupe fruits et légumes affirme ainsi que si la souveraineté alimentaire française est atteignable, elle doit se réaliser dans un cadre économiquement avantageux pour le consommateur. Sans cela, il se tournera vers des solutions étrangères. Mais en préservant un revenu à l'ensemble de la chaîne.
Devoir à rendre dans deux mois
Les Hauts-de-France disposent d'atouts majeurs, d'un tissu agricole dense et de filières structurées. Mais la consolidation de cette position passera par des décisions concrètes. L'enjeu est désormais pour l'ensemble des filières, pas uniquement celles retenues pour les groupes, de proposer à la Draaf une fiche de route d'ici le 15 juin pour compiler les projets destinés à renforcer la souveraineté alimentaire régionale et nationale à l'horizon 10 ans. Laurent Degenne, président de la chambre d'agriculture des Hauts-de-France, a conclu la conférence avec un message pour «résumer les demandes de toutes les filières» à destination de l'écosystème étatique et agroalimentaire présent dans la salle : «Laissez-nous entreprendre et on va remplir vos assiettes.»
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