Acétamipride: un débat toujours sous tension
Prévue le jeudi 30 avril au Sénat, la présentation de la note scientifique de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST) sur l’acétamipride a finalement été reportée, sans nouvelle date annoncée. Un contretemps qui en dit long sur la sensibilité du sujet.

Dernier néonicotinoïde encore autorisé en Europe, l’acétamipride cristallise les tensions entre impératifs environnementaux et réalités agricoles. La note de l’OPECST, très attendue, devait apporter un éclairage scientifique sur ses effets sanitaires et environnementaux. Selon les éléments connus, les travaux pointent une contamination diffuse des milieux, des impacts sublétaux sur la biodiversité — notamment les pollinisateurs — et des signaux préoccupants pour la santé humaine. Des conclusions qui, sans surprise, alimentent un débat déjà vif.
Un report qui interroge
Dans un contexte marqué par les discussions autour d’une possible réintroduction de certains néonicotinoïdes, difficile de ne pas voir dans le report de la conférence de presse de présentation prévue le signe de tensions politiques et scientifiques. Ce que l’on sait, c’est que la note a été rejetée après un vote très serré et que sa publication devra attendre la tenue d’auditions complémentaires, notamment de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa), ainsi que l’ajout de plusieurs précisions. Les parlementaires RN, Horizons et Les Républicains se sont opposés à la note, tandis que la gauche a voté pour, avec un résultat final de six voix partout, un score insuffisant, rapporte l’AFP.
Dans un communiqué de presse laconique du 30 avril, la direction de la communication du Sénat justifie le report — ce qui constitue un fait rarissime — : «Après un débat approfondi, il a été décidé de la rejeter (la note scientifique, ndlr) en l’état et de reporter son adoption après la tenue de quelques auditions complémentaires et l’ajout de plusieurs précisions.» Selon la communication du Sénat, «l’Office entend répondre à la demande de la commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale et réexaminera un projet de note modifiée à l’occasion d’une prochaine réunion.»
Le dossier est en effet particulièrement sensible pour les filières agricoles, qui redoutent de nouvelles impasses techniques. Dans certaines productions, les alternatives restent limitées ou plus coûteuses.
Entre science et terrain
Co-rapporteur du texte, le sénateur Michaël Weber revendique une approche équilibrée et accuse la droite et le RN de «politiser» le débat et de «vouloir gagner du temps pour ne pas faire sortir cette note avant l’examen du projet de loi d’urgence agricole», attendu le 19 mai à l’Assemblée nationale. Après avoir échangé avec des chercheurs du CNRS, mais aussi avec des agriculteurs, il insiste sur la nécessité de concilier protection de la biodiversité et viabilité économique des exploitations. «La science doit éclairer la loi», rappelle-t-il, tout en soulignant que les agriculteurs sont déjà engagés, pour beaucoup, dans des démarches de transition.
À ses côtés, le député Émeric Salmon représente une autre sensibilité, plus attentive aux enjeux de compétitivité et de souveraineté agricole. À la tête de l’OPECST, Stéphane Piednoir et Pierre Henriet ont, quant à eux, la tâche délicate de faire entendre une parole scientifique dans un débat hautement politisé. Car sur le terrain, la réalité est connue : baisse des marges, pression réglementaire, attentes sociétales croissantes. Dans ce contexte, chaque décision sur les produits phytosanitaires devient un arbitrage complexe.
Et maintenant ?
Le report de la conférence ne change rien au fond : le dossier acétamipride reste ouvert. Entre alertes scientifiques et contraintes agronomiques, le Parlement devra trancher. Dans les campagnes, les agriculteurs attendent quant à eux des réponses concrètes, applicables et économiquement viables.
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