«Même le steak haché est boudé par les consommateurs»
Les éleveurs bovins viande prennent de plein fouet les conséquences de la campagne agricole 2026 et la baisse du pouvoir d’achat des consommateurs. Questions à Francis Camus, président d’Elvea 60

Fin septembre, s’est déroulé le congrès Elvea France à Fontainebleau. Qu’en avez-vous retiré pour la dynamique de la structure ?
FC : Le bureau d’Elvea France a été entièrement renouvelé lors de ce congrès. Les nouveaux membres élus connaissent bien les dossiers et sont particulièrement motivés pour s’investir dans de nouvelles filières. En cette période compliquée, je crois beaucoup à leur dynamisme.
Le contexte climatique de cette année et les difficultés rencontrées par les éleveurs pour constituer des stocks fourragers ont été abordés lors de ce congrès. Quelle est la situation des éleveurs de l’Oise ? quelles craintes avez-vous ?
FC : Notre situation est quand même moins mauvaise que celle des éleveurs du Sud de Paris. N’empêche, c’est inquiétant pour certains qui n’auront sans doute pas assez de stocks pour finir l’hiver, d’autant plus qu’il y aura moins de pulpes de betteraves que les années précédentes vu la récolte catastrophique de l’année. Certains risquent de devoir décapitaliser.
Mais c’est surtout pour 2027 que je me fais du souci : il ne faudra pas que ce soit une année comme 2026 car les éleveurs n’auront pas assez de résilience pour tenir deux années difficiles consécutives.
Plus largement, concernant le marché de la viande actuel, quelles sont les tendances ? Quelle consommation ? quels prix ?
FC : la consommation de viande bovine est en berne. Elle se maintient sur les deux premières semaines du mois, puis chute ensuite, signe des fins de mois ou plutôt des milieux de mois difficiles. Même le steak haché, dont les achats étaient en progression depuis une dizaine d’années, est boudé par les consomamteurs. Ceux-ci se rabattent sur des protéines animales moins chères, comme le poulet, le porc ou les œufs. L’achat de viande bovine n’est plus un achat du quotidien, mais un achat plaisir que l’on garde pour le week-end quand on reçoit des amis autour d’une bonne pièce de viande.
En ce qui concerne les prix, on constate une baisse de 20 à 30 centimes du kilo pour la viande haut de gamme. Côté jeunes bovins, c’est énorme, de l’ordre de 1 à 1,4 €/kg. Le pire, c’est la vache laitière ou la charolaise qui subissent une forte décapitalisation. Ce sont des animaux qui ne sont pas finis, qui arrivent sur le marché et l’encombrent. Il y a trop de minerai pour le steak haché dont les ventes baissent. De plus, ces animaux vendus aujourd’hui ne le seront pas au printemps prochain, ce qui fait craindre un pénurie pour cette période.
Au niveau d’Elvea 60, quelles sont les perspectives ? Les partenariats sécurisent-ils les éleveurs engagés ?
FC : Nos partenaires continuent à nous faire confiance, mais sur des volumes moindres car ils subissent la baisse du pouvoir d’achat des consommateurs. Nous devons être particulièrement vigilants pour continuer à nous démarquer avec notre viande locale et de qualité. Cela suppose de maintenir des liens forts avec les bouchers des rayons tradition des grandes surfaces, qui ne restent pas toujours en poste longtemps. Heureusement, les nouveaux connaissent souvent déjà notre démarche, mais il faut continuer à garder leur confiance.
Pour ce qui est des collectivités et notamment les cantines des collèges et lycées, nous n’arrivons pas à développer nos ventes car les procédés administratifs sont complexes, comme les appels d’offres. C’est dommage car nous aurions là un débouché intéressant en termes de volumes. Le prix peut aussi être un obstacle.
La prochaine foire de Breteuil se prépare pour fin novembre. Pouvez-vous nous en dire plus ?
FC : la Foire de Breteuil aura lieu le dimanche 22 novembre. La nouvelle équipe municipale élue à Breteuil souhaite continuer cet événement comme précédemment. Les animaux arriveront donc sur place le samedi et le concours aura lieu le dimanche, il est ouvert au public qui apprécie particulièrement cette animation.
Une cinquantaine d’animaux devraient être présents, c’est bien parti pour le moment. Reste à voir si les acheteurs seront aux affaires commme les années précédentes. C’est la seule inconnue. Je ne doute que cette édition soit un succès, même en cette période si compliquée.
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