L'Oise Agricole 07 janvier 2026 a 15h00 | Par Actuagri

Mercosur : le soutien de l'Italie fait vaciller le front du refus

Alors que la colère agricole ne retombe pas, l'Italie s'apprête à soutenir l'accord de libre-échange entre l'Union européenne et les pays du Mercosur. Un revirement majeur qui pourrait priver la France de toute capacité de blocage au Conseil et rapprocher Bruxelles d'une signature très contestée dans les campagnes.

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L'Italie s'apprête à soutenir l'accord de libre-échange entre l'Union européenne et les pays du Mercosur. Un revirement majeur qui pourrait priver la France de toute capacité de blocage au Conseil européen.
L'Italie s'apprête à soutenir l'accord de libre-échange entre l'Union européenne et les pays du Mercosur. Un revirement majeur qui pourrait priver la France de toute capacité de blocage au Conseil européen. - © Pixabay

C'est une position qui pèse lourd dans le rapport de force européen. Selon l'agence Bloomberg, relayée notamment par BFM et l'AFP ce lundi 5 janvier, l'Italie prévoit désormais de soutenir l'accord commercial entre l'Union européenne et les pays du Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay, Uruguay). Jusqu'ici alignée avec la France et la Pologne dans le camp des opposants, Rome s'apprête-rait donc à lever ses réserves. Un tel choix ouvrirait la voie à une ratification du traité à la majorité qualifiée. «Sans les Italiens, la Hongrie, la Pologne et la France ne seront pas en mesure de former une minorité de blocage», soulignent plusieurs diplomates européens cités par l'AFP. Autrement dit, Pa-ris perdrait son principal levier institutionnel pour bloquer un accord jugé dangereux par une large partie du monde agricole.

Bruxelles évoque des «progrès» malgré la colère des agriculteurs

De son côté, la Commission européenne affiche son optimisme. Ce lundi, sa porte-parole Paula Pinho a indiqué que l'Union européenne était sur la «bonne route» pour une signature prochaine, évoquant des «discussions», du «travail» et des «progrès» entre les Vingt-Sept, malgré un contexte social explosif.

Bruxelles espère ainsi «bientôt» conclure ce dossier vieux de plus de vingt-cinq ans. La date du 12 janvier, évoquée pour une approbation formelle, n'a toutefois pas été confirmée. Avant tout déplacement en Amérique latine, la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, doit encore obtenir l'aval des États membres à la majorité qualifiée.

Malgré le report de décembre, Ursula von der Leyen se disait déjà «confiante» sur l'issue des négociations, selon des propos rapportés par Sud-Ouest et l'AFP.

Revirement de Rome : de la prudence au soutien

L'Italie avait pourtant contribué, aux côtés de la France, à freiner le calendrier de la Commission en fin d'année. La cheffe du gouverne-ment italien, Giorgia Meloni, avait alors demandé un report, tout en laissant entendre qu'un soutien restait possible à terme.

Ce lundi, Bloomberg confirme ce basculement stratégique. Rome rejoindrait ainsi l'Espagne et l'Allemagne, ardents défenseurs du traité. Berlin voit dans le Mercosur un débouché clé pour relancer son industrie, fragilisée par la concurrence chinoise et les droits de douane américains.

Des échanges au détriment de l'agriculture européenne ?

Sur le fond, l'accord prévoit une ouverture accrue des marchés sud-américains aux exportations européennes de voitures, de ma-chines, de vins et de spiritueux. En contrepartie, il faciliterait l'entrée sur le marché européen de pro-duits agricoles sensibles : viande bovine, sucre, riz, miel ou encore soja.

Un scénario qui alarme les filières agricoles, déjà fragilisées. En France, la mobilisation est nourrie par une accumulation de crises : épizootie de dermatose nodulaire contagieuse chez les bovins, faibles cours du blé, flambée des engrais et perspective d'une concurrence jugée déloyale avec les productions du Mercosur.

Pesticides, normes et sentiment d'abandon

La question des normes reste au coeur de la contestation. Les agriculteurs européens reprochent aux pays du Mercosur de ne pas respecter les exigences environnementales et sociales qui leur sont imposées. Le 18 décembre dernier, des milliers d'agriculteurs ont d'ailleurs bloqué le quartier européen à Bruxelles avec leurs tracteurs.

À Paris, le gouvernement tente d'éteindre l'incendie. Un décret promettant la suspension des importations de fruits et légumes contenant des résidus de cinq pesticides interdits en Europe a été annoncé. Sont visés notamment avocats, mangues, agrumes, raisins ou pommes de terre «d'Amérique du Sud ou d'ail-leurs». Une mesure qui devra toutefois recevoir l'aval de Bruxelles dans les dix jours.

La Commission affirme parallèlement «travailler déjà» à empêcher que «les pesticides les plus dangereux, interdits dans l'Union européenne pour des raisons de santé et d'environnement, ne soient réintroduits via des pro-duits importés», selon les propos d'Eva Hrncirova, porte-parole de l'exécutif européen.

Une Pac sous tension en toile de fond

À ces inquiétudes s'ajoutent celles liées à l'avenir de la Politique agricole commune. La Commission est accusée par les syndicats de vouloir «diluer» la Pac dans son projet de budget européen 2028-2034. Une réunion spéciale des ministres de l'Agriculture est d'ail-leurs prévue ce mercredi 7 janvier à Bruxelles, avec à l'ordre du jour à la fois le Mercosur et l'avenir des soutiens agricoles.

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