L'Oise Agricole 11 juin 2026 a 08h00 | Par Pierre Poulain

Quand génétique, mécanisation et nutrition parlent d'une seule voix

Le 4 juin 2026, PTx, Timac Agro et Limagrain accueillaient des agriculteurs de la région sur les parcelles expérimentales d'UniLaSalle à Beauvais pour une matinée d'ateliers pratiques. Trois hectares de vitrine multi-espèces, des fosses agronomiques, des démonstrations en conditions réelles. Et un message partagé entre les trois partenaires : c'est en combinant génétique, mécanisation et nutrition que l'on fait vraiment la différence sur l'exploitation.

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Timac Agro a creusé une fosse agronomique dans la parcelle d'essai.
Timac Agro a creusé une fosse agronomique dans la parcelle d'essai. - © PP

Dix espèces sont implantées (maïs, colza, betterave, blé, féverole, lin, tournesol) dans des bandes comparatives, avec ou sans apport de phosphore à l'installation, avec ou sans systèmes de précision sur le semoir, selon le choix variétal. L'objectif n'est pas de comparer des produits entre eux, mais de rendre visibles les effets de chaque paramètre sur le comportement de la plante. «Optimiser, c'est un tout, dont le choix variétal, dont la génétique», annonce François Jensseune, chef marché colza chez Limagrain. Gérard De Beaudrap, directeur développement productions végétales chez Timac Agro, abonde : «La nutrition est essentielle, mais elle reste le troisième maillon d'un système qui commence par le choix de la bonne génétique et par une mise en place soignée.»

Placer la graine là où elle peut lever

Clément Dittaro, responsable commercial chez PTx, présente deux pieds de maïs extraits de la parcelle d'essai, côte à côte : l'un affiche un système racinaire dense et bien développé dans toutes les directions ; l'autre, chétif, présente des racines qui suivent encore le sillon formé par les disques du semoir. La différence tient à un sillon trop compacté d'un côté. Les conséquences sont directes : «Un pied qui émerge avec deux ou trois jours de retard sur son voisin ne rattrapera jamais cet écart. Il le traîne jusqu'à la récolte, avec un épi moins garni et moins de grains.»

La profondeur de semis est souvent fixée à cinq centimètres pour le maïs. Clément Dittaro propose un renversement de perspective : «Ce n'est pas tant la profondeur en centimètres qui compte que celle en température. Si on a plus de chaleur et d'humidité à quatre centimètres, on met la graine à quatre.» C'est sur ce principe que fonctionne le SmartFarmer de Precision Planting, une languette connectée au semoir qui mesure en temps réel la température du sol dans le sillon, le taux d'humidité, le taux de matière organique et l'état de propreté. La profondeur de travail s'ajuste automatiquement. La cible n'est plus un chiffre fixé en cabine, mais les meilleures conditions disponibles pour que la graine lève rapidement et en même temps que ses voisines. «Car c'est l'homogénéité de la levée, plus que la vitesse en elle-même, qui conditionne le potentiel de la récolte.»

Thomas Sallembien, responsable commercial chez PTx Trimble, développe la logique de rétrofit sur laquelle repose la gamme Precision Planting. «L'objectif n'est pas de vendre un semoir entièrement équipé. C'est de répondre à des problématiques précises.» Pour un sillon qui se referme mal, ce qui compromet le contact sol-graine, le système Furrowforce propose une fermeture en deux étapes. Pour gérer l'hétérogénéité de sol à l'échelle intra-parcellaire, le DeltaForce régule automatiquement la pression hydraulique exercée sur chaque élément semeur: «il appuie là où le sol est trop meuble, leste l'élément là où la compaction menace. La philosophie tient en trois mots : nettoyer le sillon, le créer, le refermer.»

La gamme inclut aussi la distribution électrique pour la modulation de dose ou la coupure de rangs dans les coins de parcelle et des systèmes d'incorporation de fertilisants liquides directement dans le rang au moment du semis.

Le sol d'abord, les racines ensuite, la nutrition enfin

Gérard De Beaudrap place délibérément la nutrition en troisième position dans sa chaîne de décision. Avant tout apport fertilisant, il faut un sol capable de le valoriser. Et cette capacité dépend de l'enracinement. «À travers la photosynthèse, la plante produit des exudats racinaires, du carbone, qui nourrissent bactéries, champignons et vers de terre. Le sol lui rend en retour. Un cercle vertueux.» Pour le rendre perceptible, Timac Agro a creusé une fosse agronomique dans la parcelle d'essai. On y observe les profils de sol, les systèmes racinaires des différentes cultures, et la présence de vers de terre essentiels à l'aération et à l'efficacité de la nutrition.

«Pour produire 80 quintaux de blé, une culture mobilise cinq tonnes de racines sous la surface. En colza, un écart de 0,5 gramme sur le poids de mille grains représente entre deux et cinq quintaux à la récolte selon la vigueur de la culture. Pourquoi les perdre quand on peut les conserver ?» Un apport ciblé au démarrage peut conditionner l'ensemble du développement de la plante. «Quand j'aide ma jeune plante à l'installation, je mets en place son potentiel. Et si ce potentiel s'installe, si la biomasse se crée, si le système racinaire se développe, le reste suit.»

La génétique pour sécuriser, pas pour tout résoudre

«Le progrès génétique en colza est documenté depuis 1970 : 0,65 quintal par hectare et par an. Mais la courbe est agitée d'une année à l'autre. La culture reste onze mois en terre, avec un potentiel théorique de 80 quintaux, et pourtant les rendements français oscillent entre 29 et 36 quintaux selon les saisons. L'enjeu n'est pas seulement de monter le plafond, mais de sécuriser le plancher en travaillant la résistance aux maladies, aux ravageurs et la tenue à la récolte», explique François Jensseune. La tolérance à l'égrenage en est un exemple concret : environ la moitié des variétés commerciales en France y sont désormais certifiées par marquage moléculaire. «Beaucoup d'agriculteurs ne le savent même pas. C'est aussi pour ça qu'on aime être présents directement sur le terrain.»

Cette saison, les larves d'altise ont dominé les échanges. Sévères en Seine-Maritime et dans plusieurs secteurs du Bassin parisien, les dégâts ont rappelé la nécessité de combiner les leviers: obtenir des plantes robustes à l'automne, maîtriser la date de semis et la densité, et choisir des variétés portant le label Résilience Altise qui identifie dans le catalogue Limagrain les génétiques ayant montré une meilleure capacité à amortir le débordement larvaire. «Les différences entre variétés dans ces situations peuvent dépasser dix à quinze quintaux.»

Le changement climatique s'invite aussi dans la réflexion : dans certaines zones, il est désormais possible de semer des variétés légèrement plus tardives pour aller chercher un meilleur potentiel. Les amplitudes thermiques deviennent un critère de sélection nourri de données européennes issues de pays plus souvent exposés. Sur la densité de semis, il revient sur une habitude héritée des anciennes lignées (autour de 45 grains par mètre carré) qui ne correspond plus à la physiologie des hybrides modernes. Avec leur vigueur hétérosis, ces derniers ont besoin de densités plus faibles pour s'exprimer. Semer moins dense incite les plantes à brancher et à se solidifier dès l'automne. «Mais réduire la densité expose davantage aux mauvaises levées. Ce qui ramène, encore une fois, à la même conclusion : bien placer les graines. Un semoir de précision, même si ça ralentit le chantier, peut faire une vraie différence.»

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