L'Oise Agricole 02 avril 2026 a 08h00 | Par Pierre Poulain

Elle voulait être prof, elle est devenue éleveuse

À 22 ans, Morgane Couvreur est installée à Catheux, sur le plateau Picard, dans la ferme familiale où elle a grandi entre les vaches et les endives.

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Morgane Couvreur, installée en élevage laitier et endives.
Morgane Couvreur, installée en élevage laitier et endives. - © PP

Le destin de Morgane Couvreur aurait pu s'écrire sur un tableau noir. La jeune femme se destinait à l'enseignement des mathématiques au collège lorsque le Covid est venu tout rebattre. Confinée sur la ferme familiale de Catheux, à rejoindre son père dans les champs et les étables, elle comprend que c'est là, et nulle part ailleurs, qu'est sa place. «Je me suis sentie mieux au milieu des vaches et des tracteurs», dit-elle simplement. Le reste suivra naturellement : bac général obtenu au lycée Jeanne-Hachette de Beauvais, puis BTS Acse au Paraclet, avec une alternance en élevage dans le pays de Bray.
En juin 2024, son diplôme en poche, Morgane aurait voulu s'ouvrir d'abord à d'autres fermes, d'autres façons de faire. Le destin en décidera autrement. Le décès brutal de sa mère en avril 2024 accélère tout. Elle ne veut pas laisser son père seul. Elle intègre la ferme comme salariée, enclenche le parcours à l'installation, et devient officiellement associée de l'exploitation en février 2026. Elle n'a pas encore 22 ans.

À Catheux, plus de vaches que d'habitants
Catheux : entre 100 et 120 habitants, trois fermes laitières, et chez les Couvreur seuls, 165 animaux. «Il y a plus d'animaux que d'habitants», glisse Morgane avec un sourire. L'exploitation, environ 200 hectares, est en polyculture-élevage laitier avec, en complément, une production d'endives de pleine terre qui tient de la tradition familiale autant que de la conviction. «C'est mon grand-père qui a initié cette culture en 1963, l’année de son mariage avec ma grand-mère, qui en faisait déjà depuis petite.» Depuis, de mi-novembre à début avril, les vendredis et samedis sont consacrés à l'épluchage, et le dimanche matin, Morgane tient son étal au marché de Crèvecœur-le-Grand. Une production rare : ils ne sont plus que deux ou trois en l'Oise à cultiver des endives de pleine terre, avec chaudières à charbon et travail quasi entièrement manuel.
La géographie locale impose ses contraintes. Catheux est un territoire de vallons, de pentes, de côtes. «Il ne faut pas avoir peur de travailler en pente», note la jeune agricultrice, qui a appris à composer avec ce relief avant même d'être officiellement installée.

Innover sans tout chambouler
Si Morgane respecte l'héritage, elle n'entend pas pour autant rester immobile. Avant même son installation officielle, elle introduit la culture d'épeautre sur la ferme pour alimenter ses veaux, une pratique qu'elle avait observée lors de son alternance et qui, selon elle, favorise la rumination et améliore la santé des animaux. Elle est également en train de faire évoluer le cheptel : de prim'holstein, elle oriente progressivement l'élevage vers la race normande, avec un premier taureau mis sur les génisses l'année passée, et un second acquis récemment. Une conviction que la robustesse et la qualité laitière valent mieux que la quantité. Dans le même esprit, cette année, elle a commencé à vendre les veaux mâles pour libérer de la place et renouveler son troupeau avec des femelles. «Sans oublier une augmentation du contrat laitier sur trois ans à la suite de mon installation.»
La seule limite qu'elle s'avoue volontiers est d'ordre agronomique : davantage portée sur l'élevage que sur les cultures, elle travaille à combler ses lacunes sur les maladies et les traitements phytosanitaires en rejoignant le groupe Explore de Natup.

Une installation semée d'embûches administratives
Le chemin jusqu'à l'installation a été tout sauf linéaire. Entre la succession maternelle, la minorité de sa sœur — qui devait s'émanciper pour intégrer l'EARL — et le mille-feuilles de démarches administratives auprès des propriétaires fonciers, de la laiterie et de la Chambre d'agriculture, Morgane a dû faire preuve d'une patience qu'on ne suppose pas toujours à une jeune de son âge. Elle a été accompagnée par les Jeunes Agriculteurs et les conseillers installation de la chambre, et en tire une leçon claire : «Le mieux, c'est de s'installer quand il y a déjà une personne sur la structure qui peut nous aiguiller.» Son père, 60 ans, est encore là pour quelques années. Elle sait ce que ça vaut. 

Engagée, sur plusieurs fronts
Morgane ne se contente pas de travailler. Depuis novembre dernier, elle est trésorière du canton JA de Crèvecœur-Marseille. Elle y a trouvé ce qu'elle cherchait : une solidarité entre pairs, des conseils pratiques sur l'installation, et un espace pour défendre collectivement le métier. Elle a participé à la mobilisation autour du Mercosur, contribué à organiser des bus vers Bruxelles et Strasbourg. «Il faut défendre son métier», dit-elle, sans théoriser davantage. Et parce qu'elle garde en tête les difficultés de son propre parcours, elle rêve d'aider à son tour ceux qui hésitent à franchir le pas. «Je leur conseille de ne pas hésiter à demander de l’aide aux JA, à la Chambre et de se renseigner auprès des coopératives, des négoces et des banques, car ils ont le droit à des avantages en tant que jeune agriculteur.»
Elle est aussi suppléante au conseil municipal de Catheux. Un village qui vieillit et qu'elle voudrait voir s'animer un peu. Là encore, une forme de continuité avec ce qui la définit : s'engager là où elle est, sans chercher ailleurs. Dans quelques semaines, elle participera en tant que JA à la foire aux puces de Crèvecœur-le-Grand (14 mai).

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