L'Oise Agricole 29 janvier 2015 à 08h00 | Par Bernard Leduc

Betteraves : les enseignements de la campagne

Le Syndicat betteravier avait organisé une réunion des planteurs de l’Oise des groupement de Tereos Chevrières et de Saint-Louis Sucre Roye, ce mardi 27 janvier après-midi à Breteuil.

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- © Oise Agricole

 

Au cours de cette réunion, un bilan a été fait sur la campagne qui ne s’est terminée qu’à la mi-janvier dans les usines. Henri Faes a rappelé les caractéristiques techniques de la culture : mise en place après un hiver doux et humide avec des semis relativement tardifs (la date moyenne de semis a été au 21 mars).

Les levées ont ont été tardives, surtout en terres argileuses, souvent en deux vagues, avec environ 20 % de secondes levées. Et il y a eu apparition du mildiou dès le mois de mai. Par ailleurs, la campagne s’est caractérisée par une pluviométrie excessive et un manque d’ensoleillement.

Pourtant, les rendements ont été bons, puisque la moyenne départementale s’établit à 90,30 t à 16 dans l’Oise (et 93 t au niveau national) ; et par usine, à 89,5 t à Étrépagny, 91 à Roye ou 91,6 à Chevrières. La richesse a été faible sur cette récolte 2014, à 17,65° en moyenne dans l’Oise (17,73° au niveau national).

La tare terre n’a été que de 10,3 % en moyenne dans l’Oise (9 à Chevrières, où le déterrage est systématique, 11,2 à Étrépagny et 12,1 % à Roye). Le déterrage est quasi généralisé dans notre région, ce qui n’est pas le cas de toutes les régions françaises, puisqu’il n’est réalisé qu’à 69 % des tonnages en France, alors que la tare terre moyenne nationale n’est que de 10,4 %.

Pourtant, l’efficacité du déterrage est prouvée et pour 2015, les équipements seront reforcés dans les usines qui collectent dans l’Oise : il y aura 6 déterreurs pour l’usine de Chevrières, 5 pour celle de Roye, l’option des avaleurs n’étant pas encore retenue, contrairement à d’autres régions ou aux pays voisins d’Europe.

 

Allongement de campagne

Les groupes cherchent à s’adapter à des durées de campagne qui atteignent désormais dans notre région 120 à 130 jours. Tereos prévoit pour 2015 une nouvelle organisation de la récolte, avec 5 tours de grues (les 3 premiers pour 17 % chacun, puis les deux autres pour 25 %). Il est par ailleurs prévu la protection préventive des silos contre le gel, avec nivelage à partir du 1er décembre, et un bâchage Toptex ou un paillage obligatoire à partir du 4e tour, pour les mises à disposition postérieures au 22 décembre.

Cette obligation de bâchage ou de paillage sera indemnisée sur la base de 0,45 €/t nette.

Chez Saint-Louis Sucre par contre, le paillage n’est pas retenu et il est proposé un bâchage Toptex volontaire (ce qui a déjà été fait en 2014). Cette différence de technique de protection contre le gel peut poser des problèmes à des planteurs mixtes.

Des essais de bâchage mécanisé ont été faits dans plusieurs usines de Tereos et de Saint-Louis Sucre, mais les chantiers sont à organiser pour du bâchage préventif, sur des silos identiques : un cahier des charges est à établir.

La technique représente par ailleurs un coût plus élevé, de 1,30 €/ t nette, contre 0,85 € pour du paillage et 0,60 €/t pour du bâchage réalisé manuellement.

Étienne Lenaerts, directeur du Syndicat betteravier, a évoqué l’enlèvement des silos, qui pose le difficile problème de la sécurité routière. Et parfois des relations conflictuelles avec le public ou avec les collectivités territoriales. Le donneur d’ordre est la sucrerie, qui mandate des entreprises pour l’enlèvement et il se pose régulièrement la question de l’emplacement des silos et des files d’attente des camions - pas le long des routes, sauf dans la Somme où un accord a été pris avec le Conseil général. Il est conseillé aux planteurs de trouver un accord précis avec le correspondant de l’usine et de notifier par écrit (et photos si possible) tout comportement dangereux des chauffeurs de déterreurs, grues et camions.

Il est important de prévoir une bonne signalisation des chantiers et de ne pas sortir de terre sur les routes ; le Syndicat betteravier s’est équipé de certains de ces matériels, dont des bornes triflash.

La nouveauté de la campagne passée a porté sur la forfaitisation du collet (à 7 %) : bilan positif pour cette première année, qui a le mérite de la simplification réclamée de longue date par les planteurs et de mettre en évidence la qualité des betteraves réceptionnées : il n’y a plus livraison de betteraves feuillues. La consigne est toujours de laisser le moins possible de matière marchande aux champs : il n’y a plus non plus de betteraves sur-décolletées.

Cette technique permet aussi aux planteurs qui se rendent dans les centres de réception de visualiser les betteraves malades et donc d’éviter les BNM (betteraves non marchandes) qui, non seulement sont déduites du tonnage livré, mais sont pesées avec la tare terre. Une remarque était faite sur l’intérêt de la protection préventive contre le gel, qui améliore le déterrage et semble limiter le développement des maladies de conservation ou des pourritures.

 

Éternel conflit sur les laveuses

Puis il reste le difficile problème du lavage, sur lequel les industriels semblent ne pas vouloir discuter, malgré la demande du ministre de l’Agriculture. Ni même mener des essais, proposés par les planteurs. Le seul point réglementaire, qui est l’écartement entre le plateau et le bol de la laveuse (de 8 à 10 mm) ne permet par de vérifier si les abus constatés sont volontaires ou non. Pourtant, le Syndicalisme betteravier constate souvent un excès d’érosion des betteraves, ce qui se traduit par une perte de matière marchande et une augmentation de la tare terre : «vous payez deux fois», disait Étienne Lenaerts, en précisant que l’écart se traduit par une perte qui excède souvent 5 %, et que les améliorations semblent difficiles puisque les laveuses dans les usines sont généralement obsolètes.

Un dysfonctionnement a été mis en évidence à Sainte-Émilie, qui a rejoint le secteur coopératif, et a permis de recalculer les livraisons sur plus de 4.500 tonnes.

Et puiqu’il ne peut y avoir d’accord sur ce point, la CGB a décidé d’un recours en justice, pour obliger les industriels à négocier un accord interprofessionnel sur ce point.

Puis il a bien sûr été question des prix de la betterave. Ils ont perdu une dizaine d’euros par tonne par rapport à la précédente campagne, à 29,20 €/t de prix moyen chez Tereos sur 2013-2014 et 27,47 chez Saint_Louis Sucre. Mais les planteurs constatent des suppléments de prix, qui viennent de la vente de sucre, très inférieurs dans le groupe Saint-Louis, et ils ont demandé à la maison mère (Sudzücker) une explication transparente sur leurs chiffres.

Quant aux cours du sucre, ils sont en baisse tant au niveau européen qu’au niveau mondial, avec des stocks en hausse, mais un déficit de production est attendu sur la prochaine campagne. Il ne reste que deux ans de prix garantis dans l’Union européenne et il se pose bien sûr la question de l’organisation pour l’après-2017 et du niveau de rémunération de la betterave, qui pourrait rester relativement stable à court terme. Mais pour la prochaine campagne, un report est proposé aux planteurs et l’on s’attend à une diminution des surfaces pour les prochains semis.

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