L'Oise Agricole 17 octobre 2020 à 11h00 | Par Vincent Fermon

Comment espérer tirer son épingle du jeu avec la fécule

Pour les 950 producteurs adhérents de la coopérative féculière de Vecquemont (80), les premiers arrachages ont démarré début septembre. Mais ils ne sont pas suffisants pour répondre à une demande industrielle qui continue d’augmenter.

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Pour adhérer à la coopérative, l’engagement est d’une durée minimum de trois ans. Le montant de l’adhésion se calcule par tranche de 10 tonnes d’engagement (10 E), sur la base de 50 tonnes de rendement par hectare.
Pour adhérer à la coopérative, l’engagement est d’une durée minimum de trois ans. Le montant de l’adhésion se calcule par tranche de 10 tonnes d’engagement (10 E), sur la base de 50 tonnes de rendement par hectare. - © Agence de presse

Produire de la fécule, pourquoi pas vous ? C’est en substance le message lancé par la coopérative de Vecquemont pour répondre à une demande en matière première du groupe Roquette pour sa féculerie samarienne. En 2020, les 14 200 hectares contractualisés entre un peu moins d’un millier de producteurs des Hauts-de-France et de Seine-Maritime et la coopérative féculière ne suffiront pas. Et c’est plutôt une bonne nouvelle puisque cela rappelle qu’il existe une opportunité à se lancer, ouverte à des agriculteurs en quête de diversification. D’une année sur l’autre, «nous sommes sollicités par Roquette pour augmenter les surfaces et notre périmètre de la coopérative s’étend en conséquence. Nous avons maintenant des producteurs adhérents jusque dans le Vexin», expliquait mi-septembre Thibaut Ricour, conseiller «pommes de terre» de la coopérative. Parmi ces producteurs, qui retrouve-t-on ? «On touche un public large, qui va de l’éleveur au céréalier», explique-t-on depuis les bureaux amiénois de la coopérative. Le tonnage moyen par contrat se situe à 750 tonnes, ce qui correspond à une quinzaine d’hectares.

2 000 hectares supplémentaires recherchés

Pour adhérer à la coopérative, l’engagement est d’une durée minimum de trois ans. Le montant de l’adhésion se calcule par tranche de 10 tonnes d’engagement (10 E), sur la base de 50 tonnes de rendement par hectare. «Les producteurs qui nous rejoignent le font en général avec quelques hectares, comme une manière, mais ils peuvent ensuite facilement augmenter leur surface», témoigne Thibaut Ricour. Et ce dernier de rappeler que les portes de la coopérative restent ouvertes et les augmentations de surfaces possibles «pour des producteurs déjà engagés comme à de nouveaux producteurs qui voudraient se lancer». Au cours des cinq dernières années, on estime ainsi entre «300 et 400» le nombre de «nouveaux» producteurs parmi les 950 que compte actuellement la coopérative. Pour les années à venir (à l’horizon 3-4 ans), 2 000 hectares supplémentaires sont recherchés. Contrairement à certaines idées reçues, la fermeture d’usines de transformation de betteraves et les difficultés de cette filière n’ont eu qu’un effet relatif sur la filière fécule. Selon Bruno Poutrin, le directeur de la coopérative féculière de Vecquemont, «ce sont d’abord les surfaces de lin et de pommes de terre de consommation qui en ont profité».

Vulnérabilité à la sécheresse

L’engagement de trois ans permet à la coopérative et l’industriel Roquette de planifier la production de plants nécessaires à leur fonctionnement. Car détail d’importance, le plant de pommes de terre féculières est fourni par la coopérative de Vecquemont à ses adhérents, et produit localement (27, 62,80). Les variétés proposées sont toutes dédiées à la production de fécule, autrement dit, «très riches en matière sèche», avec une richesse de l’ordre de 6 % plus importante par rapport à des pommes de terre de consommation. «Ce sont des variétés plutôt rustiques, choisies pour leur sensibilité au stress hydrique et aux maladies.» Pour autant, malgré ces qualités, la production féculière n’échappe pas depuis plusieurs années à la sécheresse et ses conséquences. Et la coopérative féculière d’attendre des producteurs qu’ils prennent leur mal en patience encore quelques années : «Un renouvellement variétal est en cours. D’ici trois à quatre ans, de nouvelles variétés devraient être sur le marché.»

S’il était encore trop tôt en ce début septembre pour établir le rendement moyen de la campagne 2020-2021, on ne se fait guère d’illusion : «La sécheresse est un problème récurrent. On s’attend encore une fois à une récolte décevante, avec un rendement autour de 45 tonnes/ha et on ne peut pas compter sur l’irrigation qui doit concerner seulement quelques pourcents des surfaces.» Si l’on met de côté cet aspect de la production, la pomme de terre féculière dispose d’un certain nombre d’atouts : «D’abord, c’est une bonne tête de rotation, explique Thibaut Ricour. L’itinéraire technique est simple, et le cahier des charges aussi. On peut parfois mettre des pommes de terre féculières dans des terres qui ne correspondent pas à la pomme de terre de consommation.» En termes de rentabilité - le prix de base hors primes est de 60 E/tonne -, différents critères peuvent faire varier la marge à l’hectare d’une culture qui s’affiche néanmoins «très intéressante par rapport à la betterave ou au colza», souligne Bruno Poutrin.

Des enlèvements planifiés

Après les arrachages qui s’étalent entre le début du mois de septembre et le 25 octobre, vient l’étape du stockage et de la conservation. Au champ, comme à la ferme, le stockage des pommes de terre est relativement simple : «On est sur un stockage de type betteraves, en bout de champ. Lorsque les pommes de terre sont stockées sous bâtiment, elles sont préalablement déterrées pour des enlèvements qui s’effectueront entre la fin décembre et fin janvier, début février». Le stockage en extérieur ne veut pas pour autant dire qu’il peut être pris à la légère : «On incite les producteurs à protéger leurs silos avec une bâche de type Top-Tex qui va faciliter le déterrage et protéger du gel en gardant les pommes de terre sèches.»

Au cours de la saison, une fois que les pommes de terre stockées en extérieur auront été enlevées, viendra ensuite le tour de celles stockées sous abri : «Les dates sont connues à l’avance, ce qui facilite l’organisation. Nous travaillons avec des plannings d’enlèvement. Le plus compliqué, c’est en début de campagne, pour le démarrage de l’usine. Les agriculteurs sont encore occupés à d’autres travaux. Dès que les volumes sont disponibles en plus grande quantité, tout devient plus facile.»

Le secteur de l’amidonnerie veut bénéficier du plan de relance

Durement touchée par les surcoûts engendrés par la crise de la Covid, l’industrie de l’amidon entend bénéficier des mesures du plan de relance qu’elle estime urgentes. L’Assemblée générale de l’Union des syndicats des produits amylacés (Usipa), qui s’est tenue le 30 septembre, a été l’occasion pour les dirigeants de ce secteur de lancer un appel aux pouvoirs publics de bénéficier des mesures du plan de relance, dont ils ont grandement besoin après avoir été très impactés par la crise de la Covid. «Les conséquences économiques de la crise sur l’amidonnerie française sont préoccupantes, alors que les amidonniers assument un rôle stratégique et sociétal essentiel. Ils comptent désormais sur des mesures efficaces», a déclaré Marie-Laure Empinet, présidente de l’Usipa. L’industrie de l’amidon souhaite accéder aux mesures du plan “protéines végétales” prévu pour un montant de 100 millions d’euros, mais aussi au plan de soutien au fret ferroviaire - en raccordant des sites industriels au réseau - ou encore au programme d’investissement dans les technologies vertes et le biosourcé. Le secteur compte quatorze sites industriels, réalise trois milliards de chiffres d’affaires, avec quatre entreprises de taille internationale - Cargill, Tereos, Roquette, ADM - 15 000 emplois dont 5 000 directs, et l’activité de 15 000 exploitations de grandes cultures, produisant du blé, du maïs, des pommes de terre et des pois protéagineux sur 650 000 ha. Un débouché important de l’agriculture française donc. En effet, pas moins de 75 % des produits de cette industrie sont exportés. Et les amidonniers veulent aussi rappeler qu’ils ont répondu présent pendant la crise pour l’approvisionnement alimentaire et la continuité de l’activité hospitalière, mais avec des surcoûts, notamment logistiques, qui ont fragilisé les entreprises.

Arrêt de l’utilisation du CIPC au stockage : «pas les plus touchés»

L’interdiction du CIPC dans les bâtiments de stockage pour maîtriser la germination des tubercules n’est pas ce qui inquiète le plus les producteurs de pommes de terre destinées à la fabrication de fécule. Plusieurs raisons à cela : «Le germe n’est pas un frein à la transformation, contrairement à la filière conso, explique Thibaut Ricour. C’est toujours quelque chose de gênant, mais ce n’est pas un motif de refus.» Pour des pommes de terre stockées sous bâtiment jusque «fin décembre, janvier», l’utilisation de produits antigerminatifs n’est donc pas «justifiée». Pour des stockages plus longs, des traitements au CIPC «n’ont pas non plus lieu d’être». Enfin, à de rares exceptions près, le stockage sous bâtiment s’effectuant dans des bâtiments peu étanches - moins étanches en tous cas que ceux destinés au stockage de pommes de terre de consommation -, «il n’y a pas lieu d’appliquer de nouvelles solutions qui s’appliquent par thermonébulisation. Ce serait du gâchis...», constate M. Ricour.

Si le bâtiment de stockage apparaît de plus en plus comme un facteur-clé dans la production de pommes de terre de consommation, la production féculière reste, et de loin, moins exigeante en la matière : «On peut aménager n’importe quel type de bâtiment pour stocker de la pomme de terre féculière. La première chose à chercher, c’est une protection contre la pluie et le froid. Ensuite, la ventilation joue un rôle important parce qu’elle permet d’améliorer la conservation, mais c’est à peu près tout. Des éleveurs qui ont arrêté l’élevage ont ainsi pu réaménager leurs stabulations en stockage pour des pommes de terre fécule.»

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