L'Oise Agricole 16 juillet 2020 à 09h00 | Par MR

Julien Denormandie, parcours d’un Agro jusqu’à l’Agriculture

Didier Guillaume était le premier surpris. Il a été remplacé, le 6 juillet, par Julien Denormandie, un haut fonctionnaire attaché au corps des Eaux et forêts (Ipef), ingénieur agronome et proche d’Emmanuel Macron.

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«L’agriculture et l’alimentation doivent être des éléments importants du plan
de relance», a déclaré Julie Denormandie.
«L’agriculture et l’alimentation doivent être des éléments importants du plan de relance», a déclaré Julie Denormandie. - © Agra Presse

À quelques jours près, Didier Guillaume n’aura pas eu le temps de finaliser sa réforme de la gestion des risques agricoles. Alors qu’il devait s’exprimer mi-juillet sur ce dossier qu’il porte de longue date, le Premier ministre lui a finalement trouvé un remplaçant, ce 6 juillet.

À la surprise générale, c’est Julien Denormandie qui a été nommé au poste de ministre de l’Agriculture et de l’alimentation. Né en 1980, Julien Denormandie est un ingénieur agronome (AgroParisTech) et un haut fonctionnaire rattaché au corps des Eaux et Forêts (Ipef), ce qui n’avait plus été le cas d’un ministre de l’Agriculture depuis le mandat de Pierre Méhaignerie (1977-1981).

Malgré l’intitulé de sa formation, Julien Denormandie semble plus féru de forêt que d’agriculture. À sa sortie de l’école des Eaux et forêts (Engref), il résume ainsi son parcours dans le livre de sa promotion : «Durant ma formation à l’Ina P-G (aujourd’hui AgroParisTech, ndlr), j’étais très intéressé par une spécialisation en gestion forestière. L’Ina P-G ne proposant aucune troisième année en lien avec la forêt, j’ai cherché à poursuivre ma formation à l’Engref. Lorsque j’ai passé les concours, j’envisageais de faire la spécialité Forêt à Nancy.» Julien Denormandie bifurque finalement vers les affaires économiques : «Je souhaitais travailler pour l’État et aider les entreprises à développer des projets dans les domaines de l’environnement et les énergies renouvelables».

C’est ainsi qu’après une alternance chez Renault, Julien Denormandie entre au ministère de l’Économie, aux services économiques extérieurs, qui le mèneront plus tard aux cabinets des ministres de Bercy, Nicole Bricq, Pierre Moscovici.

Cent fermes urbaines

Son rôle central dans la campagne «En Marche !» À l’élection présidentielle lui valu probablement d’être propulsé, malgré son jeune âge, secrétaire d’État auprès du ministre de la Cohésion des territoires en 2017, puis ministre en charge de la Ville et du Logement en 2018. Son lien avec l’agriculture est donc plus ténu que l’intitulé de sa formation ne pourrait le laisser penser. Au Logement, il a toutefois lancé, en février dernier, un appel à projets de 20 ME pour la mise en place de cent fermes urbaines dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville. Lors de son premier entretien avec les Jeunes agriculteurs (JA), le 8 juillet, ces derniers ont noté un intérêt et une connaissance marquée du ministre sur le dossier de l’artificialisation. Un sujet qu’il maîtrise particulièrement en tant que ministre de la Ville et du Logement.

Décentralisation

Toujours lorsqu’il était ministre du Logement, Julien Denormandie a mis en place un dispositif expérimental de décentralisation, le «Pinel breton», en collaboration étroite avec Loïg Chesnais-Girard. Pour le président PS de la région Bretagne, ce «Pinel breton» pourrait faire office de précédent pour l’agriculture. «Avec Stéphane Travert, nous avons perdu sur l’évolution de la majoration des cinquante premiers hectares (que la région souhaitait accentuer, ndlr), avec Didier Guillaume, nous avons perdu sur la gestion des Maec, nous espérons qu’avec Julien Denormandie, cela va repartir dans l’autre sens.» La proposition de Loïg Chesnais-Girard doit d’abord être examinée ce 10 juillet... en conseil régional.

Dans la continuité

Pour l’heure, Julien Denormandie n’a pas encore donné de signe de réorientation. Son premier discours, le 7 juillet, il aura repris les lignes suivies par son prédécesseur. «Je serai le ministre des agriculteurs, à leurs côtés, fier de leur travail que je connais bien, je serai le ministre également d’une alimentation française durable, accessible à tous». Il s’est affiché dans la continuité des États généraux de l’alimentation, et n’a pas évoqué les dossiers d’actualité chers à Didier Guillaume, comme la gestion des risques climatiques, ou l’organisation d’une «grande conférence» à la rentrée sur la souveraineté alimentaire.

Dans le cadre de la crise sanitaire, il a toutefois plaidé pour «renforcer à l’échelle européenne notre souveraineté». Et, fait peut-être le plus saillant de son discours, il a affiché sa détermination pour que «l’agriculture et l’alimentation soient des éléments importants du plan de relance».

Denormandie bien accueilli par les syndicats

Le président de l’APCA (chambres d’agriculture), Sébastien Windsor, souhaite un ministre «à l’écoute» qui «accompagne les transitions» auxquelles sont confrontées les agriculteurs. S’adressant aux trois ministres, de l’Agriculture, de la Cohésion des territoires, et de la Transition écologique, l’agriculteur de Seine-Maritime demande «une politique plus incitative et moins coercitive, une politique d’accompagnement des agriculteurs dans le changement». La Coopération agricole appelle, elle, «à des décisions stratégiques fortes au travers d’un plan de relance pour soutenir l’ensemble des filières et réaffirme l’importance fondamentale de travailler à bâtir la souveraineté alimentaire de notre pays».

Quant à la FNSEA, elle demande que la souveraineté alimentaire soit «une priorité d’action». Elle attend notamment le nouveau ministre sur la «séquence européenne qui s’ouvre par la discussion du cadre financier pluriannuel dès ce mois-ci et qui va se poursuivre par la discussion du plan stratégique national (PSN)». Enfin, Les Jeunes agriculteurs (JA) appellent le ministre à placer les thèmes suivants à l’agenda politique : la résilience de l’agriculture, le renouvellement des générations et une «politique alimentaire européenne et internationale cohérente». Concernant le renouvellement des générations, ils appellent à prendre les mesures suivantes : promotion du métier, renforcement de la formation initiale et continue, de l’accompagnement humain et financier et facilitation de la transmission des exploitations.

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