L'Oise Agricole 21 juin 2018 à 09h00 | Par Dominique Lapeyre-Cavé, Dorian Alinaghi

La Chambre d'agriculture Hauts-de-France, Agora et Soufflet conseillent les agriculteurs pour 2018

Cette année, les Chambres d’agriculture des Hauts-de-France ont mis l’accent, sur leur plateforme d’essais de Catenoy, sur l’utilisation des stations météorologiques connectées pour gérer les essais, sur les cultures immatures et sur de nouvelles cultures qui pourraient trouver leur marché dans la région. Le vendredi 15 juin à Mouchy-le-Châtel, Agora a organisé saa plateforme d’essais afin de conseiller les agriculteurs(-rices) sur les variétés à choisir pour 2018. Mais Agora a également misé sur le high-tech. Soufflet agriculture, récemment installé dans l’Oise, a invité ses clients le 15 juin dernier à une visite de ses essais. Que ce soit en blé, orge de printemps, les variétés de haute qualité sont mises en avant.

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Différents ateliers étaient répartis sur la plateforme : des traditionnels comme les essais variétés ou conduite, et d’autres plus innovants pour d‘autres débouchés.
Différents ateliers étaient répartis sur la plateforme : des traditionnels comme les essais variétés ou conduite, et d’autres plus innovants pour d‘autres débouchés. - © Dominique Lapeyre-Cavé

«Trois stations météo connectées sont dorénavant installées sur la plateforme : une Météus, une Sencrop et une Weenat. Nous avons voulu les tester et surtout faire tourner les outils d’aide à la décision. Ces outils sont des modélisations du développement des maladies en fonction de l’évolution de la météo. C’est d’autant plus intéressant que des données sont en temps réel, que les applications peuvent être installées sur smartphone et générer des alertes» détaille Virginie Metery, chef de projet expérimentation pour les Chambres d’agriculture des Hauts-de-France.

Les développements de tels outils sont particulièrement intéressants s’ils se font en collectif auprès d’un groupe d’agriculteurs qui partagera ainsi les données et l’abonnement à la station connectée. Une autre façon de travailler dans laquelle les Chambres veulent apporter leur expertise en les testant.

Ainsi, sur les essais menés sur la plateforme de Catenoy, un tiers était mené en prenant en compte les données météo fournies par les stations et les outils d’aide à la décision. Par exemple, les fongicides et les fertilisants ont été appliqués en utilisant les prévisions météo de Meteus et Sencrop et les simulations des OAD. Cela permettra de voir si les prévisions proposées par ces modèles sont fiables et apportent une efficacité supérieure dans la conduite des cultures.

Débouché énergétique

Autre nouveauté de la plateforme : les cultures immatures. Dans le cadre du projet Agro-ressources et industries porté par AgroTransfert, des micro-parcelles sont dédiées à acquérir des données et des références sur la conduite de cultures destinées, soit à être récoltées en vert pour une valorisation énergétique, soit en grains pour une utilisation classique. Dans le premier cas, ces cultures sont implantées en dérobées. C’est le cas par exemple d’une céréale, récoltée en avril-mai, suivie d’un mélange maïs-sorgho récolté en octobre. L’objectif est alors d’extraire un tonnage maximum de matière sèche sur l’année, si possible avec un fort pouvoir méthanogène.

Le seigle est particulièrement adapté à cet usage, ses résultats sont supérieurs à ceux des traditionnelles Cive (culture intermédiaire à vocation énergétique). À Catenoy, plusieurs mélanges sont testés : seigle + vesce velue, triticale + pois fourrager, triticale + épeautre, triticale + pois fourrager + avoine…

Suite aux premières expérimentations, des questions se posent sur les doubles cultures. D’abord sur le choix de la céréale immature à implanter et surtout sur la date de récolte pour avoir le meilleur pouvoir méthanogène. Il faut aussi assurer des conditions correctes pur l’implantation de la culture suivante. Une parcelle a ainsi reçu un seigle semé fin septembre, récolté début mai en immature, derrière lequel il a été possible, sur labour et après herse rotative, de semer un maïs, seul ou avec du sorgho. Différents écartements sont testés afin de repérer la meilleure conduite. Ces essais ont été mis en place car ils correspondent à de véritables interrogations de la part des agriculteurs. Ces derniers souhaitent des itinéraires plus légers en produits phytosanitaires, qui leur donnent plus d’autonomie. Ces cultures font aussi écho à la multiplication de projets liés à l’énergie : chaudières biomasse, méthanisation…

Les cultures de demain

Une partie des essais était consacrée à des cultures de niche qui pourraient présenter une alternative aux cultures traditionnelles. Des sociétés sont souvent en recherche de producteurs locaux pour développer de nouveaux marchés. Parmi ces cultures, le sarrasin dont la plus grande partie de la consommation française est importée. Cette plante de la famille des polygonacées présente la particularité d’avoir une floraison indéterminée, c’est-à-dire qu’elle dure de juillet à septembre. La récolte des graines se fait avec une moissonneuse-batteuse fin septembre-début octobre et il faut alors trier les graines des fleurs et de sécher. Le sarrasin se conduit plus en bio et il y a une forte variabilité de rendement.

Autres plantes qui semblent avoir le vent en poupe en termes de nutrition. Le chia, dont les graines recèlent de nombreuses propriétés nutritionnelles ou le quinoa qui a l’inconvénient d’être gourmand en azote. Enfin, le pois chiche dont la tige assez rigide le met à l’abri de la verse. Des essais dans l’Eure ont permis d’obtenir un rendement de 20 q/ha.

Sans oublier la cameline, plante oléagineuse qui intéresse la SAS Pivert, entreprise de recherche en chimie verte, pour les molécules qu’elle contient et qui peuvent être utilisées en cosmétique, nutrition… Des essais de variétés, de date de semis, de conduite de désherbage, ou d’associations sont menés à Catenoy. Les Chambres d’agriculture des Hauts-de-France, au-delà des traditionnelles expérimentations qu’elles mènent sur leur plateforme, s’adressent résolument à un public en recherche d’innovation, de nouveaux marchés et de valeur ajoutée.

 

Plus d’une centaine de visiteurs ont été présents durant la matinée.
Plus d’une centaine de visiteurs ont été présents durant la matinée. - © Dorian Alinaghi

Des centenaires de visiteurs sont venus assister à la plateforme d’essais d’Agora. Au programme de la journée : visites des microparcelles, visibilité et fonctionnalité des machines, choix des variétés, nouvelles technologies…

Le colza

Concernant les types de sol limons ou limons argileux, les variétés de référence sont Cristiano KWS, DK Exploration, ES Gaélis, Architect, Memmori CS et DK Expension. Les variétés à essayer : DK Extenso, SLM 1611W11, AC 731 HR, HRC 909, CWH 349. Pour les sols de type cranettes, briefs et sables, les variétées de références sont DK Exploration et Hydille. Les variétés à essayer sont DK Extenso, SLM 1611W11 et Temptation.

La variété très précoce à montaison et floraison est l’ES Alicia. À utiliser en mélange avec une variété d’intérêt pour servir de piège aux méligèthes. En cas d’infestation moyenne, cela peut permettre d’éviter un traitement insecticide. ES Alicia est conditionné e dose de 100.000 graines. Il est recommandé de mélanger une dose d’ES Alicia pour une dose de colza de 1,5 millions de graines. L’association sera d’autant plus intéressante que le mélange sera réalisé avec des variétés demi tardives ou tardives à floraison (comme par exemple KWS Cristiano).

Pour la densité de semis, visez un objectif de peuplement de 20 à 25 pieds/m2 sortie hiver, soit un semis à 30-35 grains. En semis de précision, la densité peut descendre à 25 grains pieds/m2.

Un excès de densité augmente le risque de phoma et de sensibilité à l’élongation à l’automne et surtout augmente le risque de verse au printemps. Le conseil d’Agora pour une date de semis optimale est à partir du 20 août jusqu’au 5 septembre.

En ce qui concerne l’implantation, le travail du sol dépendra de l’état de salissement de la parcelle, notamment vis-à-vis des graminées (vulpin, bromes…). Si la parcelle est sale, il est nécessaire, après récolte, d’effectuer plusieurs déchaumages pour faire lever au maximum d’adventices. Le déchaumage doit être profond (3 à 5 cm) et surtout réappuyé. Deux solutions s’envisagent par la suite.

La première, le labour ; l’enfouissement des résidus évite le traitement herbicide à base de glyphosate. Au moment du labour, si le climat est sec, il est souhaitable de rouler. En terre argileuse, il est préférable de labourer 10 à 15 jours avant le semis, reprendre le labour avec une herse rotative ,puis rouler. Ensuite, on laisse hiverner la préparation jusqu’au semis.

La deuxième solution est le non labour. Ici, la parcelle doit être propre le jour du semis. Concernant la préparation du sol, il est souhaitable d’effectuer un décompactage, repris par des outils à dents rigides, permettant de faire de la terre au moment du semis. Pour le semis direct, il est conseillé d’enlever la paille du précédent. Il est déconseillé dans les deux situations de semer dans un sol trop motteux.

Autre astuce, le strip-till. Celui-ci consiste à travailler le sol uniquement sur la future ligne de semis.

Le blé

De nombreuses variétés de blés, dont des nouveautés, sont conseillées en fonction de la date de semis. À partir du 10 au 15 octobre, les blés recommandés sont Hyking (H), Chevignon, Mutic, KWS Dakotana, LG Absalon et KWS Extase (les trois dernières sont des nouveautés). À partir du 20 octobre, il faut miser sur Cellule, Fructidor, Rubisko, System et RGT Cesario. Pour le semis de novembre, on conseille Nemo et Filon.

Focus sur le semis de précision. Celui-ci décale l’optimum «densité x rendement» vers de plus basses densités de plantes au m2. L’écart de productivité en faveur du semis de précision par rapport à un semis classique ne s’observe que pour de faibles densités de semis inférieures à 810 plantes/m2. En effet, les taux de pertes à la levée sont très faibles, généralement inférieurs à 5 %. Dans les situations de semis précoces, jusqu’au 15 octobre et en bonnes conditions pédo-climatiques, il est tout à fait possible de semer 120 grains/m2 sans handicaper le potentiel de rendement, avec variétés classiques.

Entre le 15 octobre et e 1er novembre il faut conserver 150 grains/m2. Pour les semis plus tardifs, il faut appliquer une réduction de dose de semis d’environ 50 grains/m2 par rapport à la dose préconisée pour un semis classique dans la mesure où le semoir peut fonctionner normalement.

Au sujet de la culture hybride, il ne peut s’envisager que dans le cadre d’un semis à très faible densité pour des raisons évidentes de coûts de semences. Les variétés hybrides seront valorisées en priorité en blé sur blé, en blé de maïs ou en terres séchantes (sable, cranettes). Les hybrides montrent également une aptitude à valoriser les semis très clairs. Le décrochement du rendement serait un peu moins rapide que pour une variété classique. Cela signifie que pour les premiers semis, les conseils pourraient commencer à 80-100 grains/m2. 120 grains/m2 semble optimum, 150 grains/m2 est le maximum d’un point de vue technico-économique.

Une plateforme high-tech

Les coopératives Agora et Val France pérennisent et développent leurs forces sur le périmètre des services, dans une volonté commune d’innovation et de performance pour leurs adhérents grâce à leur village Easi’Nov. Ce dernier prouve une nouvelle fois que l’agriculture est ancrée dans l’ère du numérique. On y trouve Be Api, la plateforme développée par Smag, qui est fonctionnelle dans les coopératives agricoles depuis juillet 2017. Elle gère ainsi les informations techniques nécessaires pour diagnostiquer les hétérogénéités intra-parcellaires des parcelles. Le conseiller gère les données agronomiques collectées et établit ses préconisations de fertilisation en intégrant la modulation de dose. L’exploitant visualise et télécharge ses données directement depuis l’application. Pour l’instant, le système fonctionne pour la fertilisation de fond. L’offre devrait s’étendre dès l’été prochain et proposer des fonctionnalités capables de valoriser les données d’hétérogénéité de potentiel de rendement pour optimiser la fertilisation azotée et soufrée.

Taméo, innovation proposée par Arvalis et Météo France, est un outil de conseil et de décision à l’échelle de la parcelle pour piloter les cultures. Il intègre la météo, le stade de culture, le risque d’apparition des maladies et repère les meilleures périodes d’intervention pour fertiliser, désherber et protéger la culture. Il est disponible sur tous types de support : tablettes, ordinateurs et smartphones. «C’est une formule nouvelle : nous proposons aux agriculteurs une sorte de boîte à outils qui leur permet de traiter différents sujets en lien avec les conditions météo. Taméo se veut être un outil interopérable, c’est-à-dire qu’il pourra, dans un avenir proche, être interconnecté avec des outils de gestion de parcelles existants. À défaut, les agriculteurs pourront entrer leurs données de base pour paramétrer leurs parcelles» souligne Élodie Gagliardi, ingénieur chez Arvalis.

Des essais avec différents solutions azotées sont menés par Soufflet Agriculture.
Des essais avec différents solutions azotées sont menés par Soufflet Agriculture. - © Dominique Lapeyre-Cavé

Première étape du périple organisé dans les différents essais répartis entre Beauvais et Puits-la-Vallée, des essais autour de l’orge de printemps. La variété Sebastian semble devoir être rapidement oubliée, au profit d’Irina, voire de Planet. Soufflet Agriculture préconise ces variétés car elles sont adaptées aux process industriels mis en œuvre actuellement en brasserie.

Juste à côté, un essai de plusieurs variétés de blé semées au printemps cherche à déterminer celles que l’on peut imaginer ensemencer après des arrachages de betteraves sucrières tardifs. Lennox, Altamira, semées en mars, sont déjà bien développées, mais c’est Sec 5260702 qui attire le regard car il est déjà épié et peu touché par les maladies.

Enfin, c’est dans l’air du temps, des micro-parcelles de seigle, d’épeautre et de triticale sont implantées, essentiellement pour voir leur comportement dans la région.

À quelques kilomètres de là, des essais blés sont présentés au milieu d’éoliennes. Des essais fertilisation azotée sont menés. Trois formes d’azote liquide différents sont testées, sous dosées en formes urée, pour limiter la volatilisation. Cette année, avec les pluies régulières, l’ammonitrate a bien fonctionné et de plus n’a pas brulé les feuilles lors du troisième apport, contrairement aux solutions liquides.

On dénombre jusqu’à 800 épis/m2 sur certaines micro-parcelles sur fertilisées contre seulement 480 sur le témoin non fertilisé.

Autre essai qui remporte un franc succès, celui des variétés de blé tendre. Toutes les variétés qui ont fait leurs preuves ou vont peut-être tenir le haut du panier dans les années à venir étaient présentées et des coups-de-cœur Soufflet Agriculture étaient décernés à certaines d’entre elles.

Ainsi Absalon, Nemo, MMS 2018 (mélange moulin Soufflet, un mélange de cinq variétés reconnues pour la destination meunerie Soufflet : Calumet, Fructidor, Oregrain, Nemo, Absalon), Syllon, Chevignon et Extase 2018 arboraient le fameux coup-de-cœur. Des variétés à haute valeur qualitative qui, si elles sont stockées et livrées séparément, peuvent être valorisées chez Soufflet Agriculture à destination de la meunerie.

Quelques nouveautés préconisées pour les semis de l’automne 2018 : Albator (Unisigma), Fantomas (Secobra), Pilier (Desprez), Tarascon (Saaten Union), Unik (Desprez), Volupto (RAGT).

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