L'Oise Agricole 19 juin 2019 à 11h00 | Par Virginie Montmartin

Le Pérou, terre d’accueil en développement

Marie Mallet, conseillère à la chambre d’agriculture de l’Isère, est partie en voyage en Amérique Latine durant plus de trois mois. Elle a aidé les membres de l’Afpad qui cherchent à améliorer l’accès à l’éducation et à la santé des enfants au Pérou.

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Daniel Bermeo, maraîcher, fait pousser des caféiers et des arbres chétifs adaptés au climat.
Daniel Bermeo, maraîcher, fait pousser des caféiers et des arbres chétifs adaptés au climat. - © Virginie Montmartin

«C’était la première fois que je mettais les pieds sur ce continent». Marie Mallet, conseillère bio à la chambre d’agriculture de l’Isère, s’est rendue de mai à août 2018 en Amérique Latine. Traversant le Chili, la Bolivie, l’Equateur, elle s’est arrêtée 15 jours au Pérou dans la ville d’Arequipa. Elle a suivi les membres de l’Afpad, une association franco-péruvienne d’aide au développement, créée par Thierry Maisonneuve, logisticien de la chambre d’agriculture de l’Isère. «Je voulais un fil conducteur dans mon voyage, des points d’ancrage pour découvrir la vie des gens là-bas», raconte-t-elle. L’Afpad a pour objectif de venir en aide aux enfants et familles défavorisées des quartiers pauvres d’Arequipa et sa région proche. «Je me rendais chaque jour à la polyclinique Jean Fréchet pour aider à la préparation des repas. Des enfants venaient manger tous les jours», raconte-t-elle. L’Afpad s’occupe également de l’accès à la santé. «La polyclinique a été construite pour fournir un accès aux soins à prix réduits. Il faut oublier le confort qu’on a chez nous. Là-bas, on paie tout : consultation, médicament...» Une fois par mois, l’association organise une campagne de santé gratuite. Un examen médical complet est pratiqué par un médecin et quelques analyses de sang et d’urine peuvent être faites pour un prix modique. L’association aide aussi à la construction d’écoles grâce à l’argent collecté par des dons. «L’argent est utilisé pour acheter du matériel scolaire, médical et pour les repas. Pour le bâti, les familles des élèves sont toujours associées au projet.»

Examen médical gratuit

Les membres de l’association se rendent aussi dans les villages environnants, parfois situés en montagne en haute altitude pour apporter une aide de première nécessité. Marie Mallet a ainsi accompagné l’équipe à Colca Huallata, à 1 h 30 de route d’Arequipa et située à 4.000 m d’altitude pour apporter vêtements et nourriture. Le but est de faire un état des lieux de la situation et connaître les besoins prioritaires. «Là-bas, les conditions sont rudimentaires et très rudes avec le peu d’oxygène, le froid et le vent», explique-t-elle. Durant ses déplacements, elle a pu rencontrer une communauté d’éleveurs d’alpaga. Ils se sont regroupés en association pour fixer un prix de vente minimum auprès des transformateurs.

Crise vénézuélienne

Durant le voyage, les échanges culturels ont été intenses. « Les enfants posent des questions, ils sont curieux. Ils me demandaient ce qu’on mangeait en France car ils imaginent qu’on mange tous des crêpes », sourit Marie Mallet. Elle a donc préparé une ratatouille, avec les légumes disponibles au Pérou, pour leur faire découvrir un plat typique. «On a ensuite projeté le dessin animé Ratatouille, deux l’avaient déjà vu !» Mais ce sont les 45 minutes de bus quotidien pour atteindre la polyclinique qui restent les plus marquantes pour l’animatrice. Chaque jour, des vénézuéliens viennent demander de l’aide dans le bus. «Avant de mettre les pieds là-bas, je n’en n’avais pas conscience», raconte-t-elle. En raison de la crise économique et politique que traverse le Venezuela, des milliers de personnes émigrent pour s’installer dans les pays environnants comme le Chili, la Bolivie, l’Equateur, le Pérou... «700.000 jeunes entre 18 et 25 ans ont quitté le pays. C’est la jeunesse d’un pays qui s’enfuit». Rentrée depuis plusieurs mois, l’animatrice reste émue à l’évocation de son séjour péruvien : «Ce genre d’expérience apporte un éclairage sur notre mode de vie. Tu ne sors jamais indemne de ce genre de voyage».

Karina Bautista, maraîchère aux Galapagos n’a pas souhaité obtenir la certification bio.
Karina Bautista, maraîchère aux Galapagos n’a pas souhaité obtenir la certification bio. - © Virginie Montmartin

Marie Mallet s’est arrêtée plusieurs jours aux Galapagos pour étudier de près l’agriculture insulaire

En 2018, 245.000 visiteurs se sont rendus dans l’archipel des Galapagos. Ici, des marchés paysans proposent de l’agriculture locale et insulaire aux habitants et aux touristes mais celle-ci reste néanmoins marginale. Avec 97 % de la surface de l’archipel protégée de toute activité humaine, la majorité des biens alimentaires viennent du continent et coûtent très cher. Afin de favoriser l’autonomie alimentaire de l’île, des jeunes agriculteurs se sont installés dans l’archipel en favorisant l’agriculture biologique.

En Equateur, la certification est délivrée par des entreprises qui ont chacune un cahier des charges défini. «Selon l’entreprise où tu as souscrit la certification, l’exigence n’est pas la même», explique Marie Mallet. Karina Bautista, maraichère aux Galapagos, n’a ainsi pas souhaité se faire certifier. «Elle ne croit pas vraiment à ces labels bio.»

Protection des sols

Les agriculteurs ont conscience des limites agricoles et climatiques de l’île. «L’archipel est très jeune donc la formation des sols au niveau géologique n’est pas aboutie. Il y a peu de terres et d’éléments fertilisants». Marie Mallet a rencontré Daniel Berméo, maraîcher, qui vend ses légumes au marché local des Galapagos. Il fait pousser des caféiers et des arbres chétifs mieux adaptés au climat. Si la labellisation en bio interroge les agriculteurs, c’est moins le cas chez les touristes qui font l’amalgame. «Un parc naturel est chargé de préserver l’environnement donc les visiteurs pensent que tout ce qui est issu du parc est «naturel et bio». Ce n’est pas le cas», explique l’animatrice. Un parc naturel classé au patrimoine mondial de l’Unesco n’a pas l’obligation de faire de l’agriculture biologique. De plus, 98 % des marchandises sont importées, notamment d’Equateur. Pour Karina Bautista, il y a erreur sur la marchandise. «Elle considère que ce n’est qu’en communiquant avec les consommateurs qu’elle montrera la différence entre ces produits et ceux du voisin», précise Marie Mallet.

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