L'Oise Agricole 11 juillet 2019 à 11h00 | Par Dorian Alinaghi

Pour leur tricentenaire, les Grandes Écuries lâchent la bride

Cette année, le Domaine de Chantilly célèbre son tricentenaire avec quatre évènements uniques.

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Pour plus d’informations sur les tarifs et les heures des événements, rendez vous sur le site xww.domainedechantilly.com. (© RENAULDON-RBP)  © RBPRESSE-S.RISPAI  © RBPRESSE-S.RISPAI

En 1719, débutait la construction des plus grandes écuries d'Europe, un bijou d'architecture commandé par Louis Henri de Bourbon, VIIe prince de Condé, auprès de l'architecte Jean Aubert. Depuis trois cents ans, ce véritable palais pour chevaux se dresse près du château de Chantilly et surplombe désormais le célèbre hippodrome de la ville. Tantôt symbole du pouvoir princier et de la monarchie absolue, tantôt refuge pour les armées révolutionnaires, et désormais un lieu de mémoire et d'hommage à la plus belle conquête de l'homme - le cheval -, ce chef-d'oeuvre du patrimoine a traversé les siècles. Et pour fêter cela, quatre événements spectaculaire sont prévus.

La crème des spectacles

300 ans, ce n'est pas rien ! Et pour cela, la fête doit être grandiose. Le premier événement, haut en couleurs et en chevaux, vous contera l'histoire de ce lieu épique et hippique. Du 20 juillet au 22 août, Il était une fois... les Grandes écuries sera racontée visuellement au public avec ces magnifiques numéros, ces costumes exceptionnels et surtout ces chevaux, ânes et poneys artistes qui enchantent le public des Grandes écuries depuis maintenant 35 ans.

Le deuxième événement réserve son lot de surprises avec d'inombrables chef-d'oeuvres. Du 21 septembre au 5 janvier, l'exposition Grandes écuries de Chantilly revient sur l'histoire de la plus grande écurie princière d'Europe, avec, pour la première fois, une étude complète de son décor fastueux et de ses usages au cours les siècles.

À travers une trentaine d'objets du musée Condé et de ses archives, l'exposition s'ouvrira sur un chef-d'oeuvre de ses collections : l'album du comte du Nord, dont la planche consacrée aux Grandes écuries fait état d'une précision et d'un soin exceptionnels, bien qu'elle présente un état du bâtiment jamais réalisé.

La suite du parcours revient alors sur la genèse de ce programme, par sa forme, sa fonction et son décor ; en insistant sur la portée de chacun de ces éléments et les aléas liés à leur réalisation. En effet, après les travaux de sculpture à la fin des années 1730, la mort du commanditaire et de l'architecte laisse le bâtiment inachevé. Étudier les Grandes écuries du château de Chantilly, c'est aussi s'intéresser à leur fonction à travers les siècles. Bâtiment construit face à la giboyeuse forêt de Chantilly, il est avant tout un lieu de chasse. Qu'il reste tout au long du XIXe siècle, grâce aux aménagements et travaux menés par le duc d'Aumale. Avec le développement des courses, sur la façade sud du bâtiment, les activités environnant le bâtiment en changent aussi la fonction en partie.

Le troisième événement met en avant les Grandes écuries avec un spectacle sons et lumières, les 20 et 21 septembre. Conçu, produit et réalisé par l'association Les Amis d'Alain Decaux, à l'initiative conjointe de l'Institut de France, la Fondation pour le Domaine de Chantilly, la mairie de Chantilly, la communauté de communes de l'Aire cantilienne, ce spectacle sera un moyen de découvrir tous ceux et celles qui ont conçu, animé et mis en valeur ces Grandes écuries, dont la réputation dépasse nos frontières. Le palais où le cheval est roi, un spectacle inédit alliant sons, lumières, pyrotechnie et vidéo, mettant en scène musiciens et animations équestres.

Le dernier événement, quant à lui, sera une projection d'un film, du 21 septembre au 5 janvier, un long métrage réalisé par Élodie Jacquet, cavalière de la Compagnie équestre des Grandes écuries de Chantilly. Ce travail de plus de deux années de recherches et de rencontres retrace en images cette épopée architecturale.

Élodie Jacquet, réalisatrice du film Les 300 ans d'histoire des Grandes écuries, est l'une des plus anciennes et non des moins passionnées cavalières de la Compagnie équestre des Grandes Écuries du Domaine de Chantilly. Elle possède une véritable connexion avec ses chevaux, ce qui peut s'apprécier en la voyant travailler en liberté avec Madgik, son magnifique pure race espagnol gris, lors son travail de haute école avec le lusitanien Zanzibar, ou encore aux longues rênes avec Federkiel, un trait Schwarzwälder.

Depuis, elle met en images toute la vie et l'histoire de ce monument à la gloire du cheval pour lequel elle s'est prise de passion. Histoire qu'elle retrace dans son film. Il est donc temps de galoper au tricentenaire des Grandes écuries de Chantilly et d'admirer ce lieu grandiose et de découvrir ou redécouvrir son animal emblématique, le cheval.

Un peu d'histoire

Oeuvre d'un visionnaire, Louis-Henri de Bourbon, septième prince de Condé, petit-fils du roi Louis XIV, elles ont été conçues par l'architecte Jean Aubert, élève de Jules Hardouin-Mansart, premier architecte du roi à Versailles. Les Grandes Écuries ont aussi une légende : le prince les aurait fait édifier car il croyait en la métempsychose et pensait se réincarner en cheval dans un palais digne de son rang, mais laissons-là cette fable. Les travaux débuteront en 1719 et cesseront seize ans plus tard en 1735. Les Grandes Ecuries sont quasiment achevées à la mort du prince en 1740, il manquera à jamais quelques statues au-dessus des porches des différentes cours et surtout le pavillon Nord, laissé inachevé et dont seule demeure la Porte-Saint-Denis enjambant la route. Dès le début, la magnificence des écuries délie les langues, le Duc de Croÿ les trouve «ridiculement belles et plus superbes qu'aucun château avec sa belle pelouse». Elles feront l'attrait des visites du domaine et jusqu'à la Révolution. Des hôtes de marque les visitèrent comme le frère de Marie-Antoinette, l'empereur Joseph II, le roi de Suède, Gustave III ou le futur tsar Paul Ier. Leur coupole, où se tiennent aujourd'hui les spectacles équestres, a été d'ailleurs le cadre de somptueux dîners.

Erigées pour la vénerie, c'est à dire l'art de la chasse à courre, que les princes pratiquaient chaque jour, les Grandes Ecuries abritaient au XVIIIe siècle jusqu'à deux cent quarante chevaux, tous en stalles, à l'attache, dans chacune des deux nefs. La fontaine leur servait d'abreuvoir. Jusqu'à quatre cents chiens de meutes pour le daim, le lièvre, le sanglier, le chevreuil ou le cerf étaient hébergés dans la Cour des Chenils. Les calèches stationnaient dans les remises devenues aujourd'hui les salles d'exposition du Musée du cheval. Imaginez un peu la vie de ces écuries au XVIIIe siècle... départs de chasse par la porte centrale de la coupole, chiens aboyant, chevaux battant le pavé, hennissant, personnel pléthorique, plus de cent personnes entre les valets de chasse, piqueux, palefreniers, selliers.

Arrivées et départs d'attelages, fêtes somptueuses, sonneurs jouant de la trompe en haut de la galerie en fer forgé du dôme... Mais la Révolution sonne le glas. Le prince de Bourbon s'exile, prend la tête des Emigrés, le château est pillé, en partie rasé, les Grandes Ecuries auraient dû subir le même sort. Miraculeusement, elles seront sauvées, l'armée voyant en elles un magnifique lieu de casernement. Seules les statues en plomb, métal précieux pour les munitions, comme la Renommée du sculpteur Coysevox, située sur le toit du dôme, les chevaux et dauphins de la fontaine et celle de la Cour des Chenils seront détruites. Une copie fidèle de la Renommée sera reposée sur le faîte du dôme en 1989 par Yves Bienaimé. Les Grandes Ecuries serviront aux troupes de Napoléon jusqu'en 1815. Le prince revient d'exil, les chasses reprennent, mais ayant perdu son fils et seul descendant, le Duc d'Enghien, fusillé dans les douves du château de Vincennes à la demande de Napoléon, le prince Louis-Henri de Bourbon choisit de léguer son domaine à son filleul et petit-neveu Henri d'Orléans, Duc d'Aumale, cinquième fils du Roi Louis-Philippe. Le duc d'Aumale n'a que 8 ans en 1830 lorsqu'il hérite de Chantilly. C'est à l'issue d'une chasse à courre organisée par son frère, le Duc d'Orléans, que quelques gentlemen font une course depuis l'orée de la forêt jusqu'aux écuries. Ils se rendent compte alors que la pelouse des Grandes Ecuries aurait la taille et la qualité parfaites pour accueillir un hippodrome. Il ne faut pas plus d'un an pour donner naissance au projet. Les premières courses de Chantilly ont lieu le 15 mai 1834, le prix du Jockey-Club en 1835 et le Prix de Diane en 1843. Ce jour-là 25 000 personnes prennent part au spectacle. Les courses sont une activité assez récente qui date de la fin du XVIIIe siècle, dont les spécialistes sont les Anglais avec la création de leurs fameux «pur-sang».

La forêt de Chantilly, (aménagée au XVIIe siècle par le célèbre jardinier paysagiste André Le Nôtre dont Chantilly a célébré le 400ème anniversaire en 2013) fut percée d'allées se rejoignant en différents ronds-points afin de permettre de suivre les chasses en attelage. Tout naturellement les entraîneurs de chevaux de courses se rendent compte que ces fameuses allées cavalières pourraient être utilisées comme pistes d'entrainement pour leurs champions. Et c'est ainsi que Chantilly est devenu peu à peu le plus grand centre d'entraînement français de chevaux de courses. Aujourd'hui encore près de 2 800 pur-sang s'entraînent sur le domaine. En 1897, le Duc d'Aumale s'éteint. Ayant perdu ses deux fils (il en a eu sept dont deux ayant atteint l'âge adulte), il décide dès 1884 de léguer son Domaine à l'Institut de France, aujourd'hui encore propriétaire.

Les Grandes Ecuries deviennent après la seconde guerre mondiale un centre équestre réputé. En 1982, Yves Bienaimé, écuyer ayant enseigné dans les Grandes Ecuries dans les années 1960, propose à l'Institut de France de les louer afi n d'y créer le Musée vivant du cheval. En un quart de siècle, ce musée de référence aura accueilli plus de quatre millions et demi de visiteurs ! En 2006, Son Altesse le prince Aga Khan rachète l'exploitation et les collections du Musée vivant du cheval et les offre à la Fondation pour la Sauvegarde et le Développement du Domaine de Chantilly dont il est le président. En 2013, un nouveau Musée du cheval voit le jour rassemblant des collections privées et de somptueuses oeuvres du musée Condé. Les Grandes Écuries sont aujourd'hui sauvées et le cheval y est toujours roi.

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