L'Oise Agricole 03 avril 2020 à 10h00 | Par Dominique Lapeyre-Cavé

"Résister à ceux qui veulent nous diviser pour mieux régner"

Laurent Pollet, agriculteur au Coudray-Saint-Germer, est le nouveau président du SEA du Pays de Bray. Rencontre.

Abonnez-vous Réagir Imprimer
Laurent Pollet.
Laurent Pollet. - © Dominique Lapeyre-Cave

Quel parcours vous a amené à devenir agriculteur au Coudray-Saint-Germer ?

Mon exploitation est celle de ma famille. Mes arrière-grands parents Pollet sont arrivés de Belgique entre les deux guerres, puis ont transmis cette ferme à mes grands-parents qui, à leur tour, l'ont laissée à mes parents. Maintenant, je suis la quatrième génération, c'est ma passion depuis toujours et je me devais de poursuivre le travail de mes ancêtres, ils peuvent en être fiers et je souhaite que mes enfants en fassent de même.

Titulaire du bac pro CGEA grandes cultures, du BTS technico-commecial en agro-fourniture, puis d'un certificat de spécialisation en mécanique agricole, j'ai travaillé plusieurs années en dehors de l'exploitation avant de m'installer en 2019. En 2003, j'ai parcouru la France en poids lourd pour réaliser des démonstrations de semoirs directs Semeato, une technique innovante pour l'époque, aujourd'hui appelée agriculture de conservation des sols. Cela est resté une belle expérience et l'occasion de découvrir du pays !

Puis j'ai été vendeur dans deux concessions agricoles plusieurs années avant de revenir salarié sur l'exploitation familiale. Je suis ravi d'avoir eu ce parcours qui m'a apporté de l'expérience en communication et une ouverture d'esprit que je n'aurais pas eue en revenant sur la ferme aussitôt mes études terminées.

Je suis polyculteur, je cultive de façon conventionnelle du blé, de l'escourgeon, du colza, du lin textile et des betteraves sucrières. Je réalise une rotation de labour pour les betteraves et le lin ou lorsque le ray grass résistant est problématique. Pour le reste, je pratique plutôt des TCS (techniques culturales simplifiées) ou du semis direct derrière colza. Je suis éleveur ovin. Mes pâtures autour du corps de ferme sont destinées à ma troupe de 55 brebis et à leur suite.

Je suis aussi prestataire de travaux agricoles sur d'autres exploitations. Passionné de machinisme innovant, je préfère investir dans du matériel plus performant, plus confortable, afin de proposer mes services, ce qui me permet de sortir de chez moi et de voir du monde, c'est une opportunité de diversification. Je réalise du battage, du labour, du déchaumage, de l'entretien de haies et voiries au lamier et broyeur. Je me suis spécialisé dans le semis avec un semoir polyvalent, un Horsch Pronto double distribution. Cela me permet d'apporter l'engrais de fond au semis en localisé et de supprimer ainsi le coût du passage et de main-d'œuvre en plein, mais aussi d'économiser 20 à 30 % sur la quantité et le coût de fertilisation. L'engrais est mieux valorisé par la culture. L'apport de phosphore au colza et céréales a un effet starter à la levée, les cultures sont plus vigoureuses et mieux enracinées, notamment cette année plus que d'autres, à cause de l'excès de pluies automnal et hivernal.

Je note une hausse des demandes de prestations de semis avec associations d'espèces telles que orge et triticale avec pois ou féveroles, notamment pour la conversion en agriculture biologique par quelques voisins. Le semis me passionne, c'est un point clé pour la réussite d'une culture.

Comment vous êtes-vous engagé syndicalement ?

Historiquement, dans la famille, nous avons toujours adhéré à la FDSEA. Cela nous apporte des services et informations utiles à nos prises de décisions, des conseils aussi, mais le but est de défendre nos intérêts. Mes grands-pères et mon père étaient eux-mêmes délégués communaux, je le suis depuis peu sur ma commune.

Lorsque notre ancien président de SEA, Adrien Dupuy, est devenu président d'arrondissement de Beauvais Sud, Régis Desrumaux m'a proposé de prendre la relève. Par ailleurs, je participe activement aux manifestations, dont celles sur les ZNT dernièrement.

Défendre notre métier, c'est défendre nos valeurs, notre avenir et celui de nos enfants. Je ne supporte pas le contexte actuel avec les médias et réseaux sociaux qui dénigrent sans cesse nos pratiques afin d'influencer l'opinion publique contre nous et inciter les politiques à prendre des mesures radicales et néfastes à la rentabilité de nos exploitations.

Quelles sont les particularités du SEA du pays de Bray ?

Ma ferme est situe sur le plateau du Coudray-Saint-Germer, un des points les plus hauts de l'Oise, qui surplombe la boutonnière du pays de Bray, à tendance herbagère et bocagère. On y trouve essentiellement des exploitations mixtes de polyculture avec élevage laitier et, sur le plateau qui borde la forêt de Thelle, des exploitations de polyculture, certaines avec de l'élevage bovin viande. C'est une nécessité de maintenir l'équilibre de l'élevage car les pâtures sont utiles à la biodiversité, c'est ce qui fait la beauté de ce paysage verdoyant, boisé et bocager. Le pays de Bray est traversé par la RN 31 (Beauvais-Rouen), un axe majeur autour duquel beaucoup de néo-ruraux viennent s'installer et construire une maison.

L'impact des ZNT peut être très lourd dans cette région pour certains agriculteurs car les parcellaires sont plutôt éclatés et morcelés. Certains ne pourront même plus cultiver leurs parcelles. Ce n'est pas acceptable, comparé à cette même mesure appliquée dans une zone de plaine. Les enjeux économiques sont plus importants dans le pays de Bray.

Quelles sont les qualités nécessaires pour être président de SEA ?

Il faut une expérience du dialogue, s'informer pour comprendre et communiquer pour se défendre. Les attentes de chacun ne sont pas forcément les mêmes, il faut avoir connaissance des dossiers en cours. Il faut agir rapidement et fermement, dès le départ des sujets scabreux face à nos politiques sinon, demain, ce seront encore des contraintes supplémentaires. L'union fait la force, nous devons résister à ceux qui veulent nous diviser pour mieux régner. Polyculteur et éleveur, chacun doit y trouver son intérêt afin de préserver sa rentabilité économique.

Sur quels sujets souhaitez-vous travailler ?

Je crains que le ras-de-bol de l'agribashing n'ait pas été compris. Malgré la dénonciation de ce sujet auprès des autorités et malgré l'actualité Covid-19, les pics de pollution étant en baisse significative, les associations écologistes en remettent une couche avec les particules fines liées à la reprise des travaux agricoles, lesquelles pourraient impacter négativement les malades. N'oublions pas que le printemps est la saison des pollens et du rhume des foins.

J'aimerais beaucoup que nos concitoyens nous fassent à nouveau confiance, cela redonnerait un sens aux valeurs de notre agriculture qui a pour but de nourrir les hommes avec des produits de qualité et sains, sans mycotoxines. Nous ne sommes pas des empoisonneurs comme certains bobos écolos ou autres associations comme Partisans des coquelicots, Générations futures, peuvent le penser.

Il faut communiquer sur les soins apportés aux cultures, notamment sur les produits phytosanitaires nécessaires à la santé des plantes, afin d'offrir une alimentation saine aux consommateurs. Les phytos sont les médicaments des végétaux. L'homme a besoin de médicaments pour se soigner. Par exemple, la chloroquine, dont on parle tant et qui est une lueur d'espoir face au Covid-19, c'est un médicament. Quand on parle de matière active en agriculture, les médias écrivent ou disent "pesticide" pour créer la psychose. Il faut que cela cesse. Notre agriculture est la plus propre au monde, c'est reconnu !

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. L'Oise Agricole se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 20 unes régionales aujourd'hui