L'Oise Agricole 19 février 2026 a 08h00 | Par Sandrine Hubsch

PTGE de l’Aronde: comment les agriculteurs prennent place dans le projet

À cause d’une ressource en eau sous pression, le bassin de l’Aronde s’organise pour bâtir un projet de territoire où les agriculteurs ne sont plus seulement «usagers», mais co‑auteurs des solutions.

Abonnez-vous Reagir Imprimer
- © P. Cronenberger

En 2025, le Projet de territoire de gestion de l’eau (PTGE) de l’Aronde est pleinement entré dans sa seconde phase. Seul PTGE des Hauts-de-France, il fait figure de modèle et son déroulement est très suivi. 

Qu’est-ce qu’un PTGE ?
Selon le ministère de l’Agriculture, un PTGE est une démarche reposant sur une approche globale et co-construite de la ressource en eau sur un périmètre donné, ici le bassin de l’Aronde. Il aboutit à un engagement de l’ensemble des usagers d’un territoire (eau potable, agriculture, industries, navigation, énergie, pêches, usages récréatifs, etc.) permettant d’atteindre, dans la durée, un équilibre entre besoins et ressources disponibles. 
Il s’agit de mobiliser à l’échelle du territoire des solutions privilégiant les synergies entre les bénéfices socio-économiques et les externalités positives environnementales, dans une perspective de développement durable du territoire. 
Sur le secteur de l’Aronde, cette phase du projet de territoire est financée par l’Agence de l’eau avec un reste à charge répartie entre le Syndicat mixte Oise-Aronde (SMOA) et la Chambre d’agriculture de l’Oise. Ces deux dernières structures en assurent la co-gouvernance. 

Une co-construction par étapes
Un diagnostic partagé a été établi en phase 1, validé en décembre 2024 par le préfet : tous les acteurs (profession agricole, élus locaux, État et collectivités, société civile et vie du territoire, autres acteurs économiques) reconnaissent la tension sur la ressource, la nécessité de préserver les milieux aquatiques, sécuriser l’eau potable et le maintien des activités économiques, en particulier agricoles. 
Pour cela, il existe de nombreuses solutions techniques (optimisation, sobriété, infiltration, traitement, ressources alternatives), mais leur mise en œuvre suppose un cap politique commun, co‑construit et compris par tous. 
La méthode choisie repose sur la facilitation stratégique : créer un climat de confiance, lever les incompréhensions, passer d’une lecture uniquement technique des données à une lecture stratégique qui permette de décider et d’agir malgré les incertitudes. Cette méthode a été mise en œuvre par l’équipe de facilitatrices et de facilitateurs coordonnée par Helixeo. 
L’an passé, cinq familles d’acteurs  ont été réunies en séminaires : profession agricole, autres acteurs économiques, État et collectivités, société civile et vie du territoire, élus locaux (environ 49 participants au total). 
Chaque famille a travaillé sur la même question : «Conditions et moyens d’une gestion durable de l’eau sur le bassin versant de l’Aronde : comment construire un projet de territoire ambitieux compte tenu du contexte sur la ressource en eau ?», avec libre engagement, confidentialité des propos. 
La synthèse interfamilles a permis de croiser les diagnostics, identifier ce qui est partagé sans gommer les divergences.
Trois grands thèmes de travail ont été dégagés : optimisation, sobriété, infiltration et traitement de l’eau ; connaissances et gouvernance ; ressources alternatives pour les milieux, l’eau potable et l’économie. 
La phase suivante a reposé sur la tenue des séminaires thématiques avec pour objectif de faire émerger un programme d’actions concrètes partagées, et pour chaque action un porteur pressenti, l’identification de dispositifs de financement ou d’appui, et un mode de gouvernance pour le suivi. 
En résumé, le PTGE de l’Aronde est une démarche structurée qui vise à partager le diagnostic sur l’eau, à définir des priorités de territoire et à construire un programme d’actions où l’agriculture est pleinement partie prenante. Il offre un cadre pour peser dans les arbitrages. 
Son succès dépendra autant de la qualité des relations entre acteurs que des outils techniques mis en œuvre. Rappelons que la démarche repose sur le volontariat, la confiance et la capacité des participants à «sortir des tranchées». Sans portage politique clair et suivi, les actions décidées risquent de rester sur le papier.

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions emises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. L'Oise Agricole se reserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et reglements en vigueur, et decline toute responsabilite quant aux opinions emises,