Quelle gestion de l’eau pour l’agriculture des Hauts-de-France?
La gestion de l’eau est un sujet crucial pour le monde agricole. C’est pourquoi la FRSEA conviait de nombreux acteurs à en débattre vendredi 9 janvier, dans une exploitation agricole presque intégralement située sur un captage d’eau potable ultra-prioritaire, à Rumilly-en-Cambrésis (59). Les réserves d’eau étaient notamment évoquées.

Vendredi 9 janvier, la FRSEA a convié de nombreux acteurs pour échanger sur les aspects qualitatifs et quantitatifs de l’eau. Cette rencontre a eu lieu à Rumilly-en-Cambrésis (59), sur une exploitation agricole presque intégralement située sur le captage d’eau potable ultra-prioritaire de Proville. Étaient présents la Chambre d’agriculture régionale, des représentants des agriculteurs, les agences de l’eau, l’Office français de la biodiversité, la Direction régionale de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt (Draaf), la DDTM du Nord, la Région Hauts-de-France, Tereos… ainsi que le préfet de région Bertrand Gaume.
La gestion quantitative de l’eau a constitué le coeur des débats. La consommation tend à augmenter en raison du dérèglement climatique et des sécheresses de plus en plus intenses. La question des réserves d’eau pour l’agriculture a longuement été débattue. Tereos envisage une reconversion des bassins comme retenues d’eau agricoles, idée saluée par les participants. Ce dispositif permettrait de stocker l’eau pour l’utiliser en période de rareté et de réduire les prélèvements tout en maintenant la production agricole.
Chaque année, le sujet prend davantage d’importance : comment concilier la demande croissante d’eau pour l’agriculture avec une ressource limitante l’été, mais parfois pléthorique l’hiver ?
Les solutions agronomiques évoquées s’articulent autour des 7 R : Réserve utile, Résistance des plantes, Réduction des quantités d’eau, Remplissage des nappes, Réutilisation des eaux, Reconception de l’assolement. Les retenues d’eau en font partie, visant à stocker l’eau en hiver, période de hautes eaux, lorsque l’impact sur l’environnement est nul. Sur ce point et pour être cohérent avec l'impact des prélèvements sur les eaux de surface, la DDTM du Nord précise que l’instruction de ces projets se fera dans le cadre de la déclaration plutôt que de l’autorisation.
Un constat partagé par tous les participants : il est nécessaire de travailler sur la gestion de l’eau en Hauts-de-France. À la suite des inondations de 2024 dans le Nord-Pas-de-Calais, le sujet de l’entretien des cours d’eau avait déjà été évoqué. Vendredi, l’importance de l’entretien des cours d’eau et des berges a été rappelée. Les agriculteurs ont souligné que cet entretien doit pouvoir se faire dans un cadre juridique simple et lisible.
La qualité, problématique prégnante
Le second sujet abordé lors de cette rencontre a été la qualité de l’eau, qui a suscité de vifs débats. La problématique est particulièrement prégnante sur les AAC (aires d’alimentation de captage), notamment sur les captages ultra-prioritaires comme celui de Proville. Deux enjeux majeurs ont cristallisé les discussions : les teneurs en nitrates et les produits phytosanitaires.
Des campagnes de surveillance sont réalisées tous les trois ans pour vérifier les niveaux de nitrates. La profession agricole estime que trois ans ne suffisent pas pour évaluer l’impact réel des mesures mises en place. La dégradation de l’eau par les nitrates est un processus long, et la baisse de cette dégradation l’est également. Il est donc primordial de laisser le temps aux mesures visant à contrer cette dégradation de produire leurs effets.
Sur l’aspect qualitatif, l’autre sujet à traiter est l’impact phytosanitaire. Pour y répondre, plusieurs solutions peuvent être envisagées. Les nouvelles cultures avec très peu d’intrants, comme le miscanthus, peuvent être une solution, elles nécessitent cependant de trouver des filières de valorisation structurées et cela peut faire partie d’un projet territorial (chaudière biomasse). Aussi, le passage en agriculture biologique, solution qui se heurte à des aléas de marché pouvant remettre en cause la pérennité économique de l’exploitation si des filets de sécurité ne sont pas mis en place. Enfin, la réduction significative des doses utilisées sur les cultures actuelles est aujourd’hui, au regard de la spécificité de l’agriculture des Hauts-de-France qui approvisionne les industries agroalimentaires, un enjeu fort. Elle passe par plusieurs points, par la recherche sur la résistance des plantes, les nouveaux outils de désherbage mécanique ou les innovations en matière d’application des produits phytosanitaires. Le progrès technologique ou l’intelligence artificielle sont des pistes qui demandent du temps mais d’une efficacité qui semble répondre aux objectifs demandés.
Vers les PSE
Pour le captage de Proville, un programme d’actions doit être défini pour éviter la dégradation de la qualité de l’eau. Dans un second temps, des contrats d’action pour la ressource en eau seront discutés avec la collectivité et la profession agricole. Ces contrats pourraient inclure un accompagnement financier des agriculteurs, sous la forme de paiements pour services environnementaux (PSE).
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