L'Oise Agricole 21 septembre 2020 à 10h00 | Par Alison Pelotier

«Chasser est un droit, protéger est un devoir !»

Bernard Bachasson se revendique chasseur écologiste. Expert de l’histoire de la chasse de l’ère paléolithique à nos jours, il revient sur cette pratique qui n’a cessé de bousculer l’imaginaire collectif au fil des siècles.

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Bernard Bachasson a enseigné pendant quarante ans les sciences forestières et biologiques en lycée agricole et à l’université.
Bernard Bachasson a enseigné pendant quarante ans les sciences forestières et biologiques en lycée agricole et à l’université. - © Alison Pelotier

Pour commencer, à quand datent les premières traces de la pratique de la chasse dans le monde ?

Bernard Bachasson : on considère que les hommes chassent depuis la nuit des temps. Les premières traces de cette pratique très ancienne ont été retrouvées il y a 300 000 ans, à l’époque de l’homo sapiens.

Dans mon dernier livre Les archers préhistoriques de la grande forêt européenne, j’ai plus particulièrement axé mes recherches sur la pratique de chasseur cueilleur, à une période qui se situe de - 12.000 à - 5.000 ans avant notre ère. Cela correspond au début de la déglaciation, au recul des glaciers et des banquises et à l’avancée de la forêt qui a fini par envahir une grande partie de l’Europe.

Qu’avez-vous découvert d’intéressant dans la pratique de la chasse à cette époque ?

B.B. : nous pensons que, dans un premier temps, les chasseurs de l’époque profitaient essentiellement des carcasses des animaux tués par les grands prédateurs. Puis, c’est en regardant voler les vautours et les rapaces au-dessus de leurs têtes qu’ils ont eu l’idée de chasser.

La vallée de l’homo-sapiens en Tanzanie, dans l’Est africain, fait partie de ces territoires originels qui ont vu se développer en premier la pratique de la chasse. Il ne faudrait pas pour autant en déduire qu’elle représentait la totalité des activités humaines. La cueillette a joué un rôle très important aussi, notamment en Afrique où la végétation est florissante. Ici, la chasse ne représentait que 30 à 40 % de l’alimentation des tribus. À l’inverse, en Sibérie et en Europe du Nord, la chasse était largement développée, l’alimentation étant presque exclusivement carnée, en raison du climat froid et d’une végétation plus pauvre tout au long de l’année.

De quelle manière la chasse structurait-elle l’organisation sociale à cette époque ? Et aujourd’hui ?

B.B. : les hommes étaient obligés de chasser pour des raisons alimentaires. C’est une activité qui leur demandait beaucoup d’efforts. Il leur fallait probablement 4.000 calories par jour pour, d’abord trouver de quoi chasser, et ensuite ramener la nourriture au camp. C’est pour cela qu’ils se déplaçaient toujours en groupe (c’est toujours le cas aujourd’hui, ndlr).

La chasse a développé chez les hommes des idées de stratégie, de contournement, d’approche, de tir, tout en intégrant les femmes à cette organisation. En Afrique et en Océanie, elles participaient largement à la gestion des stocks de nourriture. Dans certaines tribus, elles demandaient aux hommes d’aller chasser quand il n’y avait plus de viande.

Aujourd’hui, dans la grande majorité des pays occidentaux, cette pratique est quasi-exclusivement masculine. Beaucoup d’ethnologues disent que les femmes ont du mal à tuer parce qu’elles donnent la vie.

C’est donc contraire à l’essence-même de ce pourquoi elles ont été conçues. Cette pratique est plutôt devenue l’apanage des hommes qui ont, depuis toujours, trouvé une grande satisfaction dans la pratique de la chasse.

Qu’est-ce qui motive depuis des siècles les hommes à chasser ?

B.B. : aujourd’hui, on ne chasse plus pour se nourrir ! C’est une activité qui est devenue ludique. Malgré les milliers d’années qui les séparent, il y a quelques points communs entre l’homo sapiens et l’homme civilisé du XXIe siècle. Chasser, ça entretien avant tout leur ego !

Lorsque les hommes préhistoriques revenaient au camp avec de gros animaux, ils étaient bien vus par leur tribu. Souvent les chasseurs ne mangeaient pas leurs proies, ce qui les glorifiait encore plus. La collectivité est, aujourd’hui encore, une valeur universelle liée avant tout à la répartition des produits de la chasse. On chasse en équipe et on partage en famille, entre amis depuis toujours… La chasse, c’est une aventure collective ! Il y a une dose d’adrénaline, de risque, d’aventure qui motive chaque chasseur.

Pourquoi aujourd’hui la chasse est-elle si méconnue et décriée par l’opinion publique ?

B.B. : aujourd’hui, il y a un vrai manque de connaissance. Il n’existe pas vraiment de cours sur la chasse dans l’enseignement scolaire, du coup ça se ressent sur le terrain. Ce que je reproche aux chasseurs, c’est qu’ils connaissent très peu la faune sauvage.

D’un autre côté, les écologistes méconnaissent cette pratique. Quand on regarde du côté du Québec, de la Russie, de l’Afrique du Sud et même de l’Europe centrale, on s’aperçoit que les rangers sont des chasseurs qui font aussi de la protection de la nature. Il n’y a qu’en France qu’il faut choisir un camp.

Chez nous, il y a un vrai problème culturel qui nous oblige à faire un choix : soit on est du côté des écolos et on nous considère comme des tueurs, soit on est du côté des chasseurs et on nous considère comme des partisans extrême de l’écologie.

Ce qui est aberrant car beaucoup de problématiques, comme la réglementation des espèces protégées, sont souvent traitées en commun. Les deux missions doivent être menées de front. Chasser est un droit, protéger est un devoir !

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