L'Oise Agricole 03 octobre 2019 à 08h00 | Par Dorian Alinaghi

Incendie de Lubrizol: plus de 40 communes touchées dans l’Oise

Le nuage formé par l’incendie de l’usine à Rouen s’est étendu sur la région Hauts-de-France et a même dépassé les frontières de la Belgique et des Pays-Bas. Inquiets par les retombées des suies, les représentants agricoles de l’Oise ont rencontré le préfet Louis Le Franc, lundi matin.

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Les communes touchées au 1er octobre.
Les communes touchées au 1er octobre. - © L'Oise agricole

Ne s’arrêtant pas aux frontières comme le nuage de Tchernobyl, l’incendie de Lubrizol à Rouen commence à laisser des traces, notamment de suies. L’arrêté préfectoral du 29 septembre, pris à la suite de l’incendie et concernant une quarantaine de communes dans l’Oise, inquiète les agriculteurs du département. Des questions ont surgi lors d’une réunion à la prefecture de l’Oise ce lundi, avec les représentants agricoles du département (FDSEA60 et JA60), le président de la Chambre d’agriculture de l’Oise, Hervé Ancelin, le directeur départemental de la protection des populations, Pierre Lecouls, la conseilllère chargée de l’agriculture au Conseil départemental de l’Oise, Martine Borgoo, ainsi que le préfet. «L’arrêté va sûrement évoluer de manière croissante sur plusieurs communes... Pour le moment, la zone identifiée par les gendarmes sur le terrain et basée sur des signalements d’habitants, concerne une quarantaine de communes situées au Nord-Ouest du département», souligne Louis Le Franc, prefet de l’Oise.

 

«La priorité, c’est la santé publique»

Avec un nuage qui a bien survolé le département, l’arrêté vise à restreindre certaines activités, comme la mise sur le marché de produits alimentaires d’origine animale et végétale (lait, œufs, miel…) jusqu’à l’obtention de garanties sanitaires sur les productions. «Dès samedi matin, nous avons organisé une cellule de crise. Tout au long de la journée, nous avons suivi l’évolution, en relation avec la Chambre d’agriculture et la préfecture. Très vite, nous avons jugé utile la création d’un groupe composé d’élus de l’Oise, de la Somme, du Pas-de-Calais et de l’Aisne ainsi que de Laurent Degenne (président de la FRSEA) et de Luc Smessaert (vice-président de la FNSEA)» indique Régis Desrumaux, secretaire général de la FDSEA de l’Oise.

Dans la journée de lundi, des prélèvements d’échantillons ont eu lieu dans 5 élevages bovins et 2 de volailles. Une opération qui devrait se poursuivre tout au long de la semaine «Nous devons enlever tous les doutes possible. En attendant les résultats des analyses qui peuvent prendre plusieurs jours, on applique le principe de précaution. On ne sait pas ce qu’il peut y avoir dans ce qu’on a retrouvé : du plomb, des métaux lourds, du PCB…» explique Louis Le Franc.

 

Une crise qui doit être évitée

Depuis le 26 septembre, le lait collecté sera détruit. Le représentant de l’État a voulu relativiser en indiquant qu’il n’y a aucun risque concernant l’eau du robinet et la qualité de l’air. «Cependant, ne laissons aucune place au doute ! Sur toutes les productions venant du milieu agricole notamment le lait, nous allons tracer les litrages. C’est une crise importante pour cette filière, notamment pour les élevages qui se trouvent en plein air» poursuit-il.

«C’est toute la question du stockage, de la nourriture des cheptels et de ce qui a été récolté en plein air qui va être examiné par les services vétérinaires de la direction départementale de la protection des populations (DDPP)» ajoute Pierre Lecouls, son directeur.

Toutefois, l’agriculture traverse une nouvelle fois une crise majeure. «Il s’agit d’un drame pour cette profession... Les agriculteurs adhèrent pleinement au fait de lever tout soupçon aujourd’hui quant à leurs produits qui seront mis en vente demain. Nous attendons maintenant que les résultats des analyses arrivent rapidement afin de reprendre le travail normalement et de pouvoir commercialiser les produits. Nous essayons de mettre tout en œuvre afin que l’agriculteur ne soit pas l’oublié et la double victime de la situation. L’État doit s’engager dès maintenant à être l’interlocuteur des agriculteurs.» exprime Regis Desrumaux. Pour Thierry Bourbier, président de la FDSEA60, il faut agir avec plusieurs plans de secours. «Et si la pollution devait continuer ? Nous avons envisagé des pistes. Si, par exemple, il faut amener de la pulpe de betterave, qui est un sous-produit de l’activité sucrière, pour les éleveurs dans la zone impactée, ça se fera» assure-t-il.

L’autre grosse inquiétude concerne les délais d’indemnisation qui peuvent être relativement longs. «Que ce soit Lubrizol ou l’État, il faut que les agriculteurs soient rapidement indemnisés, mais ça n’est pas à nous de payer» spécifie Régis Desrumaux.

Hervé Ancelin, président de la Chambre d’agriculture de l’Oise, souhaite que tout soit mis en œuvre pour la sécurité de la population, mais aussi des animaux. «Nous ne pouvons pas nous permettre d’être dans cette situation. Avec tous les organisme agricoles ainsi que l’aide de l’État, nous arriverons à trouver des solutions».

Dès lors, dans la soirée de lundi, le préfet s’est rendu à Sarcus dans l’Oise afin d’aborder ces différents sujets et d’apporter des réponses aux questions. Quant au ministre de l’Agriculture, Didier Guillaume, il s’est déplacé à Rouen lundi après-midi pour s’adresser à la profession agricole.

Le mardi 1er octobre, en soirée, la préfecture de Rouen annonçait que ce sont 5.243 tonnes de divers produits (graisses de moteur, solvants, lubrifiants, additifs) qui étaient entreposés sur le site de Lubrizol. Parallèlement, l’arrêté préfectoral a été modifié dans la journée du mercredi 2 octobre en prenant en compte les interrogations de la profession agricole. L’arrêté précise la possibilité de poursuivre la récolte des végétaux à condition de consigner ces derniers ; la confirmation que les cultures sous abri ne sont pas concernées par les mesures de restriction ; ainsi que la suppression de l’article 4 qui prévoyait que, après levée des mesures de restriction, la mise sur le marché des produits s’effectuait sous la responsabilité de l’exploitant.

Qui plus est, le Cniel (Centre national interprofessionnel de l’économie laitière) a mis en place un fond d’intervention d’urgence dans l’attente de l’indemnisation promise par les pouvoirs publics. La FNPL (Fédération nationale des producteurs de lait ) se coordonne avec les fédérations départementales pour récupérer les éléments qui permettront aux laitiers d’en bénéficier. L’avance de trésorerie sera indexée sur le prix de base avant une régularisation qui tiendra compte de la composition matière référente auprès de chaque laiterie. Il s’ajoutera à cette avance des coûts forfaitaires de stockage.

Le formulaire a été envoyé aux agriculteurs touchés par courriel. Si cela n’a pas été le cas, les agriculteurs doivent passer par la FDSEA pour obtenir ce formulaire. «Le syndicat doit absolument récupérer rapidement les documents remplis pour transmettre les volumes à la FNPL. De plus, nous poursuivons l’accompagnement et la recherche de solutions pour les autres productions concernées par l’arrêté et impactant l’activité (maraîchage, arboriculture,…).» explique Linda Monnier, directrice de la FDSEA 60.


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