L'Oise Agricole 03 janvier 2019 à 09h00 | Par Dominique Lapeyre-Cavé

«La filière française multiplication de semences est leader mondial»

Agriculteur de l’Oise, Thomas Bourgeois a été élu président de la Fnams (Fédération nationale des agriculteurs multiplicateurs de semences) le 26 novembre.

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Thomas Bourgeois, président de la Fnams
Thomas Bourgeois, président de la Fnams - © Dominique Lapeyre-Cavé

Que représente cette responsabilité pour vous ?

Du travail, qui sera collectif avec les membres du bureau. Chaque président de section (céréales-protéagineux, betteraves porte-graines, potagères et fourragères) est vice-président et membre du bureau de la Fnams. Il en est de même pour les représentants du chanvre, du maïs, du lin et des oléagineux. Pour ma part, je suis aussi président de la section céréales-protéagineux de la fédération.

Il faut savoir que la Fnams, en plus d’être un organe syndical, joue le rôle d’institut technique de la semence. Par exemple, pour le persil porte-graine, qui ne couvre que 200 ha de multiplication, nous assurons des essais techniques au champ, par exemple pour l’homologation de produits phytosanitaires. Côté syndical, nous travaillons sur la production de références de coûts de production, car les agriculteurs multiplicateurs travaillent avec des contrats dont les prix sont fixés à partir de nombreux indicateurs technico-économiques spécifiques à chaque culture de semences. Nous n’avons pas attendu la loi Egalim pour cela.

Dans quel état se trouve la filière française de la multiplication de semences ?

La filière française se porte bien. Nous sommes leader aux niveaux européen et mondial. Nous exportons beaucoup de semences potagères, de maïs et tournesol. En céréales et protéagineux, la filière semence exporte peu. La balance commerciale de la filière est excédentaire d’un milliard d’euros et nous vendons à plus de cent cinquante pays différents, toutes semences confondues. Nos semences potagères connaissent un grand succès, par exemple le melon au Japon, dont chaque graine est vendue 50 centimes d’euros. Ces semences nécessitent de la mécanisation et de la main-d’oeuvre (pollinisation à la main), mais génèrent une forte valeur ajoutée.

Il faut dire que la France bénéficie de nombreux atouts : climat favorable, sols adaptés et surtout un savoir-faire des agriculteurs multiplicateurs. Avec la contractualisation, la filière est extrêmement sécurisée. Cela rassure les sociétés semencières qui, après être allées faire produire dans d’autres pays à moindres coûts, reviennent finalement en France où elles sont assurées du résultat !

Notre principale difficulté, ce sont les produits phytosanitaires retirés du marché sans solution de rechange. Comme je l’ai dit, nous assurons des essais qui permettent l’homologation de matières actives déjà validées sur les cultures conventionnelles ou légumières pour avoir une extension d’usage sur les semences. Comme les semences ne sont pas consommées, nous n’avons pas à mesurer les résidus, et l’homologation sur cultures porte-graines est simplifiée.

Ne craignez-vous pas que le classement par l’Europe des techniques modernes de mutagénèse en OGM vienne limiter la recherche semencière ?

Cette problématique ne nous concerne pas directement, mais impacte les obtenteurs et, à ce titre, nous suivons avec eux le dossier.

Vers quelles caractéristiques s’oriente la recherche ?

La moindre utilisation de produits phytosanitaires, et donc la résistance aux maladies, sont un des critères de la recherche génétique. Mais également la qualité intrinsèque des semences, les facultés boulangères pour les blés meuniers, par exemple. La résilience face aux aléas climatiques (trop d’eau en hiver et sécheresse en été) est aussi un critère de sélection. D’ailleurs, la gestion de la ressource en eau est un dossier sur lequel la Fnams veut s’impliquer fortement. En effet, le sud et le centre de la France, qui sont de grandes régions productrices de semences potagères, de betteraves porte-graines par exemple, connaissent des difficultés à ce titre, car les contrats signés exigent de pouvoir irriguer l’été. Pourtant, les pouvoirs publics font obstacle à toutes les demandes de création de retenue d’eau. Stocker de l’eau l’hiver quand il y en a trop, pour en bénéficier l’été alors qu’il fait sec, n’a rien d’illogique. Sans lever cet obstacle, la filière semences pourrait rencontrer des problèmes dans certaines régions.

Pourquoi la filière semences française, pourtant leader mondial, est-elle si méconnue ?

Nous ne vendons pas directement au grand public, qui achète seulement des graines pour les potagers amateurs. D’ailleurs, dès que l’on parle de semences et de sélection, le débat dévie sur les OGM et s’enflamme. A propos des graines potagères, nous avons échappé à un texte de loi qui prévoyait que les jardiniers amateurs puissent faire commerce de leur production de graines en franchise de toute réglementation. C’était au mépris du contrôle sanitaire que subissent toutes les semences avec des normes, comme l’absence de maladies et des parasites de quarantaine, dont la suppression pourrait engendrer des problèmes sanitaires préjudiciables pour la santé humaine.

Quelles actions souhaitez-vous mener à la tête de la Fnams ?

Outre la veille sur les produits phytosanitaires et la gestion de la ressource en eau déjà évoquées, nous travaillerons au développement de la filière semences en agriculture biologique et, de manière plus générale, des méthodes dites alternatives qui peuvent concerner tous les multiplicateurs. En effet, les semences bio manquent et des dérogations sont accordées pour que des producteurs bio puissent utiliser des semences conventionnelles non traitées. Mais une filière spécifique semences bio doit se mettre en place, à l’instar de l’obtenteur Lemaire-Deffontaines. Voilà un axe sur lequel la Fnams doit travailler pour éviter que des producteurs bio ne soient obligés d’acheter leurs semences à l’étranger.

Chiffres

- Nombre d’agriculteurs multiplicateurs en France : 19 000, dont 1 800 en Hauts-de-France

- Surface : 390 000 ha, toutes espèces confondues

- Cultures multipliées : céréales-protéagineux, potagères, fourragères, betteraves porte-graines pour les espèces Fnams et maïs-sorgho, lin, chanvre, pommes de terre et plants aromatiques et médicinales pour les autres associations

- Chiffre d’affaires : 3,3 milliards d’euros

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